© INTERNEIl existe officiellement au moins deux Afghans mécontents de l'accord de Bonn. Sayed Ahmad Gailani, maître d'œuvre de la conférence d'oulémas, de chefs tribaux, de dignitaires pachtounes et de taliban prêts à la dissidence convoquée à Peshawar au mois d'octobre. "Des injustices ont été commises dans la distribution des ministères, a-t-il estimé jeudi, devant un journaliste de l'agence Reuters. Ceux qui avaient joué un rôle important dans le djihad [guerre contre les Soviétiques, ndlr] n'ont pas été représentés."
Quel avenir pour l'Afghanistan ? |
Dostom veut boycotter
Plus grave, l'autre mécontent se nomme Abdul Rachid Dostom, le général ouzbek et chef du parti Junbish-i-Milli. Ce potentat du nord fut le milicien supplétif du régime communiste avant de rejoindre le commandant Massoud. Après un exil iranien, puis turc, il avait levé une nouvelle armée dans le nord du pays, alors que la guerre contre les taliban semblait perdue. Ses soldats, alliés à ceux du commandant tadjik Mohammad Daoud, ont fait chuter, le mois dernier, la grande ville du nord de Mazar-i-Sharif, une cité importante dont il avait été gouverneur avant le triomphe de taliban. Ils contrôlent aujourd'hui l'essentiel du nord de l'Afghanistan, aux frontières du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan.
"Nous annonçons notre boycott du gouvernement, a-t-il déclaré jeudi matin, dans une conversation téléphonique avec l'agence Reuters. Nous n'irons pas à Kaboul tant q'un gouvernement juste ne sera pas installé." Estimant que son parti aurait dû recevoir le portefeuille des Affaires étrangères — conservé par le conseiller de Massoud, Abdullah Abdullah —, il a déploré "une humiliation" subie et ajouté qu'il refuserait à l'administration intérimaire l'accès aux secteurs qu'il contrôle. Le Junbish-i-Milli n'a en effet bénéficié que des ministères de l'Agriculture, des Mines et de l'Industrie. Au sein du Front uni, il n'est pas rare que des déclarations à l'emporte-pièce soient effectuées. Reste à savoir si cet emportement sera suivi d'actes. Sans doute le général Dostom va-t-il recevoir dans les heures qui viennent des coups de téléphone rassurants des chefs du Front uni et peut-être apaisera-t-il son irritation. Pour l'heure, son coup de colère n'a provoqué aucune réaction officielle.
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