Afghanistan : les mécontents de Bonn

Par Léonard VINCENT, le 06 décembre 2001 à 09h51 , mis à jour le 06 décembre 2001 à 10h00

Signé et entériné, salué par les chancelleries du monde entier, l'accord de Bonn n'est pas encore appliqué. D'ores et déjà, les premières difficultés ont surgi : deux hommes politiques importants ont exprimé leur mécontentement. Et même plus.

afghanistan dostom négociations © INTERNE

Il existe officiellement au moins deux Afghans mécontents de l'accord de Bonn. Sayed Ahmad Gailani, maître d'œuvre de la conférence d'oulémas, de chefs tribaux, de dignitaires pachtounes et de taliban prêts à la dissidence convoquée à Peshawar au mois d'octobre. "Des injustices ont été commises dans la distribution des ministères, a-t-il estimé jeudi, devant un journaliste de l'agence Reuters. Ceux qui avaient joué un rôle important dans le djihad [guerre contre les Soviétiques, ndlr] n'ont pas été représentés."

L'accord de Bonn

Mercredi matin, les quatre délégations afghanes envoyées à Bonn ont trouvé un accord final sur la composition d'un gouvernement provisoire à Kaboul. Composée de 29 membres, cette instance gouvernera l'Afghanistan pendant six mois, en attendant les prochaines élections. A sa tête : Hamid Karzaï, un chef de guerre pachtoune et ancien vice-ministre afghan des Affaires étrangères, proche des partisans de l'ex-roi Zaher Shah. Les dirigeants moujahidin, se méfiant des conseillers aux mains blanches de l'ancien souverain, n'ont aucun mal à respecter ce chef de guerre, qui, lui au moins, paye le prix du sang pour vaincre les taliban : il est en effet l'un des leaders des armées pachtounes levées dans le sud du pays, pour ouvrir un dernier foyer au coeur des territoires encore tenus par les miliciens du mollah Omar. Hamid Karzaï prendra ses fonctions à Kaboul le 22 décembre prochain. L'accord historique signé à Bonn prévoit également le déploiement d'une force internationale sous mandat de l'ONU à Kaboul et entérine la mise à l'écart du président en exercice Burhanuddin Rabbani, tout en lui exprimant sa "gratitude" pour le travail accompli durant la résistance.

Quel avenir pour l'Afghanistan ?
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Jugeant sans doute que les chefs tribaux et les commandants pachtounes n'avaient pas reçu la part belle, masquant mal sa détestation des Tadjiks qui ont succédé au commandant Massoud et qui ont conservé l'essentiel des portefeuilles ministériels, il n'a pourtant pas menacé d'agir contre le nouvel exécutif provisoire qui prendre ses fonctions le 22 décembre. Ajoutons que ce "baron" en exil est le chef du Front national islamique d'Afghanistan (FNIA), un parti pachtoune à la fois traditionaliste et royaliste, pourfendeur des taliban comme du Front uni depuis des années, suspecté de défendre essentiellement les intérêts du voisin pakistanais.

Dostom veut boycotter

Plus grave, l'autre mécontent se nomme Abdul Rachid Dostom, le général ouzbek et chef du parti Junbish-i-Milli. Ce potentat du nord fut le milicien supplétif du régime communiste avant de rejoindre le commandant Massoud. Après un exil iranien, puis turc, il avait levé une nouvelle armée dans le nord du pays, alors que la guerre contre les taliban semblait perdue. Ses soldats, alliés à ceux du commandant tadjik Mohammad Daoud, ont fait chuter, le mois dernier, la grande ville du nord de Mazar-i-Sharif, une cité importante dont il avait été gouverneur avant le triomphe de taliban. Ils contrôlent aujourd'hui l'essentiel du nord de l'Afghanistan, aux frontières du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan.

"Nous annonçons notre boycott du gouvernement, a-t-il déclaré jeudi matin, dans une conversation téléphonique avec l'agence Reuters. Nous n'irons pas à Kaboul tant q'un gouvernement juste ne sera pas installé." Estimant que son parti aurait dû recevoir le portefeuille des Affaires étrangères — conservé par le conseiller de Massoud, Abdullah Abdullah —, il a déploré "une humiliation" subie et ajouté qu'il refuserait à l'administration intérimaire l'accès aux secteurs qu'il contrôle. Le Junbish-i-Milli n'a en effet bénéficié que des ministères de l'Agriculture, des Mines et de l'Industrie. Au sein du Front uni, il n'est pas rare que des déclarations à l'emporte-pièce soient effectuées. Reste à savoir si cet emportement sera suivi d'actes. Sans doute le général Dostom va-t-il recevoir dans les heures qui viennent des coups de téléphone rassurants des chefs du Front uni et peut-être apaisera-t-il son irritation. Pour l'heure, son coup de colère n'a provoqué aucune réaction officielle.

Par Léonard VINCENT le 06 décembre 2001 à 09:51
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