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Chypre : comment naît une guerre en Europe

Edité par
le 06 décembre 2001 à 07h55
Temps de lecture
5min
chypre coup d'etat 1974 prisonniers grecs

Crédits : INTERNE

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MondeLe dirigeant chypriote-turc a reçu à dîner le président chypriote-grec, mercredi soir, dans sa résidence de Nicosie. Rauf Denktash et Glafco Cléridès, depuis le désastre de 1974, ont traversé l'histoire tumultueuse de Chypre, chacun d'un côté d'une ligne de front sans cesse réactivée.

1956. Les mandarins britanniques qui gouvernent la colonie de Chypre ne veulent rien savoir. Ils nient qu'il existe un problème chypriote et refusent de parler de quoi que ce soit, encadrés par la soldatesque de Sa Majesté et les apparats de la Couronne. En 1955 a surgi le premier feu de la lutte de l'EOKA pour l'Enôsis, l'union de l'île à la Grèce, sous la férule du jeune colonel Grivas.

Chypre étouffe sous l'état d'urgence, seule réponse qu'ait apporté Londres aux demandes d'autodétermination des leaders hellènophones. Le plus digne d'entre eux, l'ethnarque Makarios, est en exil forcé aux Seychelles. Les Britanniques appuient la répression anti-grecque sur des milices issues de la minorité turque, dont les caïds sont formés par Ankara. Apparaissent alors les groupes d'autodéfense turcs de la TMT, dont l'un des fondateurs se nomme Rauf Denktash. En juin 1958, à Gunely, les gros bras de la TMT entament une campagne sporadique et brutale de "purification" de l'île, en s'en prenant à leurs compatriotes parlant le grec, en massacrant ici et là, à l'occasion, et en chassant les indésirables du quartier turc de la capitale, Nicosie.

Supplétifs commodes

Chypre en chiffres

Durant "l'Opération Attila", 160.000 Chypriotes-grecs ont été chassés du nord de l'île et ont fui vers le sud. Seuls 20.000 d'entre eux étaient restés dans la zone contrôlée par l'armée turque. Mais, au fil des ans, les conditions de vie impossibles les ont poussé à l'exil. Il en reste à peine 300 aujourd'hui. En 1975, la Turquie a obtenu le retour des Chypriotes-turcs vivant dans le sud dans la partie nord. 95.000 tucs natifs de Chypre vivent aujourd'hui dans ce secteur, qui est de loin le plus riche, du point de vue industriel et touristique. 105.000 colons ont été installés par la Turquie sur le territoire de la "République turque du nord de Chypre".

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Depuis l'irruption des premiers troubles fomentés par l'EOKA, les Britanniques utilisent la TMT et ses séides pour faire le coup de poing contre les Chypriotes-grecs, qui représentent 80% de la population. Bastonnades, heurts intercommunautaires, arrestations, exécutions, tout est bon pour ne pas entendre l'appel à l'Enôsis.

Mais les diplomates du Premier ministre conservateur Harold Macmillan finissent par se ranger aux arguments de la classe politique grecque, qui plaide inlassablement pour un règlement du conflit. Athènes envoie même au Royaume Uni ses plus brillants esprits, dont le grand poète Giorgos Séféris, nommé ambassadeur de Grèce à Londres en 1957, après qu'il eut effectué un voyage à Chypre qui a bouleversé sa vie et son œuvre.

Enfin, le 19 février 1959 sont signés les traités de Londres et de Zurich, sacrant la nouvelle "République de Chypre", dont l'indépendance est "garantie" par la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie. Bien sûr, les troupes du Royaume-Uni conservent deux bases sur l'île, tandis que Mgr Makarios est élu président et affiche bientôt, face à Kennedy et Kroutchev, un net penchant pour les non-alignés au sein de l'ONU. Dans ces conditions, il était inévitable que l'indépendance fut proclamée, le 16 août 1960, dans la grande redistribution de la fin des empires coloniaux.

Impossible indépendance

Mais la minorité turque, dont les velléités nationalistes sont toujours attisées par Ankara, use et abuse du droit de veto que lui accordaient les accords d'indépendance. Lassé, Mgr Makarios propose en 1963 de réformer la Constitution, ce que les responsables chypriotes-turcs se sont empressés de refuser. Leurs représentants quittent le gouvernement et poussent leurs compatriotes, appuyés par la TMT, à constituer des enclaves "pures".

Funeste idée, qui pousse les plus radicaux des activistes de l'EOKA à tenter de briser les menées des turcophones, jusqu'à provoquer un affrontement généralisé en décembre 1963, lors d'une sinistre "semaine noire" où les massacres de civils ensanglantent les deux communautés. Les premiers Casques bleus de l'ONU interviennent en mars 1964, accompagnés de malheureux diplomates nommés à New York, qui veulent faire entériner la partition de l'île : le nord serait rattaché à Ankara et le sud à Athènes. Makarios refuse et les combats reprennent. Les troupes loyalistes chypriotes-grecques ravageant l'enclave de Mansura, par où la TMT et ses supplétifs font passer les armes en provenance de Turquie. Ankara réplique en envoyant son aviation. Voici enfin novembre 1967, où une guerre gréco-turque manque d'éclater, alors qu'à Nicosie, Mgr Makarios échappe à une tentative d'assassinat. L'apaisement sera de courte durée, le temps pour les Chypriotes-turcs de former une administration autonome et pour le colonel Grivas de lever une nouvelle guérilla patriotique, côté grec.

La situation de Chypre commence à prendre la forme que nous lui connaissons. A Athènes, une démocratie vermoulue venait de chanceler sous les coups de botte d'une armée nationaliste, menée par trois colonels rétrogrades. En juillet 1973, à Chypre, cette dictature grecque chancelante inspire un coup d'Etat de cette Garde nationale que s'efforçait de purger Mgr Makarios, lequel est renversé sans ménagement, embarqué dans un hélicoptère britannique et envoyé de nouveau en exil.

C'est ainsi que le 20 juillet 1974, au nom du traité de garantie de 1960, les troupes turques lancent "l'Opération Attila", débarquant 10.000 hommes de troupes sur les côtes chypriotes et faisant jouer sa puissante aviation pour repousser les Chypriotes-grecs au-delà de la "ligne verte" encore en vigueur aujourd'hui, et qui balafre l'île d'ouest en est. Au nord, les Chypriotes-grecs sont déportés, les noms de ville "turquisées", la partition entérinée, des colons peu à peu importés de Turquie, plus de 1.600 prisonniers civils et militaires "disparaissent". L'ONU tente bien de trouver un compromis, mais en vain. Côté grec, les pantins de la Garde nationale s'effacent bientôt, tandis que le président du parlement, le conservateur Glafco Cléridès, est nommé président par intérim de la seule partie de l'île reconnue par la communauté internationale, Turquie exceptée.

Rien n'y aura fait, depuis cette date. En Grèce et dans le sud de l'île, la déchirure chypriote est douloureuse. Côté turc, le chef de bande Rauf Denktash est élu et réélu président. Côté grec, les présidents se succèdent, jusqu'au retour de Cléridès. Le 14 janvier 1975, une première rencontre entre Cléridès et Denktash ne donne rien.

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