Cry for me, Argentina

Par Aurélie ALBERT, le 24 décembre 2001 à 21h37 , mis à jour le 23 décembre 2001 à 21h41

Entre grandes espérances et illusions perdues, les Argentins dansent leur propre tango… Un tango amer et douloureux, volontaire et fougueux. A Mendoza, grande ville située à l’Ouest, les yeux se rivent vers la capitale fédérale, où se joue un destin incertain.

mendoza © INTERNE

En cette fin d’année, l’esprit de Noël s’en est allé bien loin. Peu nombreux sont ceux qui pensent encore à célébrer les fêtes en oubliant "la crise". Les préoccupations sont autres, et pourtant... on n’en attend pas moins un miracle divin pour sauver le pays du chaos. En s’envolant vers le ciel dans son hélicoptère, l’ex-president radical Fernando De la Rua s’en est remis à Dieu pour le destin de la nation.

Un peuple dans l’expectative

De quoi demain sera-t-il fait ? Personne ne sait, et peu espèrent encore. Dans la presse locale, on use sans restriction du conditionnel, on pose des "si" et des points d’interrogation. "Ce week-end, on ne jouera pas au foot" lit-on en première page du Diario de Bolsillo. Le symbole est trop fort pour être tu, c’est le signe infaillible que tout va très mal.

Privé de son argent que les dernières mesures économiques ont bloqué dans les banques, craignant une dévaluation brutale, qui rappellerait à tous des temps que l’on veut oublier, et dans l’attente de la paye d’un improbable treizième mois, le cœur des provinciaux bat avec celui de Buenos Aires. Mais il bat moins fort et moins vite. Et la révolte qui a poussé les "Porteños", habitants de la capitale, à défendre leurs droits sur la Place de Mai n’a pas eu l’incidence souhaitée dans les autres régions du pays.

"Il va bien falloir que quelque chose arrive"

A Mendoza, les télévisions ont retransmis la tragédie d’un peuple au bord de la révolution. Devant les images et les bruits de fureur, réunis dans les bars et les cafés de quartier, d’immobiles spectateurs ont reçu comme un coup de poignard les images du jeudi noir de Buenos Aires. Tous ont tremblé, tous déplorent la situation et se plaignent des politiques. "Il va bien falloir que quelque chose arrive, ça ne peut pas durer" entend-on sous des regards anxieux. L’Argentine s’est embrasée, mais le feu n’a pas encore pris. Lorsqu’il s’agit de descendre dans les rues, de risquer son travail et d’affronter la police à qui l’état d’urgence confère tous les droits, le sentiment nationaliste s’effrite et devient poudre.

Explosera-t-elle ou restera-t-elle poussière, les heures qui viennent seront chargées d’une pesante expectative... Le changement de gouvernement, pour beaucoup, n’est qu’un autre nom donné à un même fléau. Dans la presse, la théorie du complot fait déjà son apparition : le départ de La Rua est davantage perçu comme le résultat d’une conspiration politique que comme le respect de la volonté populaire.

(photo afp)

Par Aurélie ALBERT le 24 décembre 2001 à 21:37
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