"Se débarrasser d'Arafat"

Par Léonard VINCENT, le 07 décembre 2001 à 11h09 , mis à jour le 07 décembre 2001 à 11h14

Le Premier ministre turc affirme qu'Ariel Sharon lui a dit qu'il souhaitait se débarrasser du leader palestinien. Un récit démenti par le Premier ministre israélien. Reste que la question du leadership de l'Autorité palestinienne est désormais posée.

arafat portrait © INTERNE

"Monsieur Sharon a ouvertement exprimé son intention de se débarrasser du président palestinien Yasser Arafat". Cette affirmation spectaculaire a été lâchée vendredi par le Premier ministre turc Bulent Ecevit devant la presse, en relatant une conversation téléphonique, tenue mardi avec son homologue israélien. Si la quasi totalité des analystes s'interrogeaient depuis les attentats du week-end dernier  revendiqués par les groupes extrémistes palestiniens sur la stratégie du chef du gouvernement de l'Etat hébreu, Bulent Ecevit, lui, la définit clairement. Celui-ci a en outre souligné que "le droit d'Israël à protéger ses citoyens est indiscutable", mais que les "méthodes" utilisées par Israël n'ont pas donné de fruits. Dans le même temps, il a demandé aux Palestiniens de prendre des mesures "plus effectives" contre les éléments extrémistes.

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De son côté, Ariel Sharon a fait démentir l'idée selon laquelle il voulait "se débarasser d'Arafat". Un porte-parole de la présidence du Conseil ayant requis l'anonymat a réaffirmé vendredi après-midi que "le Premier ministre s'est engagé auprès du ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Maher et du président américain George W. Bush à ne pas s'attaquer à la personne de Yasser Arafat". Il reste que n'a plus confiance dans le leader palestinien, qu'il accuse de jouer double jeu. D'un côté, le leader palestinien assurerait de son désir de négocier au plus vite. De l'autre, il entretiendrait le feu du Jihad islamique et du Hamas, qui régulièrement viennent semer la terreur au cœur du territoire israélien. Certes, le Premier ministre israélien avait déjà fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de s'en prendre à la personne de Yasser Arafat, alors que Tsahal affirme détenir "des documents prouvant le soutien direct de l'Autorité palestinienne à des actes de terrorisme". Et même si le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres, n'a pas cessé de rassurer ses partenaires internationaux sur les intentions de son pays, l'idée de pousser le leader historique du Fatah hors de son leadership semble parcourir le gouvernement israélien.

L'Autorité palestinienne mise en doute

Lâchée par les Etats-Unis et par l'essentiel des chancelleries importantes, l'Autorité palestinienne dit pourtant s'efforcer de contenir et d'arrêter les activistes palestiniens. Des efforts qu'Israël juge encore "insuffisants", selon Shimon Peres ou le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer, qui en substance répètent que leur pays "vit sous la pression constante des tentatives d'infiltration" de kamikazes prêts à mourir en martyr sur le territoire israélien.

Les Palestiniens semblent prendre au sérieux la colère d'Ariel Sharon. Si les opérations militaires de Tsahal ont repris jeudi et vendredi (Lire notre article : "Israël relance les représailles"), une réunion sécuritaire conjointe israélo-palestinienne a lieu vendredi après-midi, sous l'autorité de l'émissaire américain Anthony Zinni et de quelques techniciens de la CIA. Mais l'inquiétude et les appels à l'aide se succèdent. Un responsable palestinien a ainsi déclaré à la BBC qu'Ariel Sharon était "un pyromane sur un baril de poudre", souhaitant précipiter la Palestine dans la guerre civile. Les militants et sympathisants du Hamas et du Jihad islamique menacent en effet, dans la rue et dans les communiqués, une Autorité palestinienne qui mettrait trop de zèle à paralyser leur "lutte contre l'ennemi sioniste".

L'Egypte impuissante

Le président égyptien Hosni Moubarak, chef du principal pays arabe à dialoguer encore avec Israël sur la base d'un pacte de non-agression signé il y a plus de vingt ans à Camp David, avait envoyé jeudi son ministre des Affaires étrangères à Jérusalem et à Ramallah pour tenter d'apaiser la crise. Vendredi matin, Ahmed Maher est retourné au Caire, affirmant que sa mission était "un échec". "Il n'y a pas de raisons de maintenir [les efforts de paix] si Sharon continue avec cette politique", a-t-il affirmé vendredi, au lendemain d'une déclaration où il prévoyait que le Proche-Orient plongerait dans "le chaos" si Israël éliminait Yasser Arafat.

Par Léonard VINCENT le 07 décembre 2001 à 11:09
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