© INTERNEMohammad Omar Ajondzada, alias Amir-ul-Mumineen "Commandeur des croyants" Mullah Mohammad Omar Moujahid, alias Mollah Omar, est un fou. C'est du moins ce qu'ont affirmé certains de ses proches, décrivant ses fréquentes bouffées délirantes infantiles, sa façon d'ancrer ses décisions politiques dans des rêves bruegeliens faits dans la nuit, son parler apocalyptique. Cet homme de moins de quarante ans est "très grand, très fin, il a perdu un œil et il est très vilain", a raconté au Monde un ouvrier du bâtiment ayant vécu deux ans aux côtés du chef suprême des taliban. Cœur et cerveau du système taleb depuis 1994, c'est un personnage opaque et rustique, capable de longues plages de rêverie incompréhensible dignes d'un Mao-Tsé-Toung pachtoune et du pragmatisme sécuritaire d'un Kadhafi de Kandahar.
Le jeune imam devenu chef de milice
Quel avenir pour l'Afghanistan ?
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Démobilisé lorsque les généraux du Kremlin décident de retirer leurs troupes de l'infernal bourbier afghan, ce jeune imam sans diplôme, charismatique à force d'être étrange, s'installe près de Singesar, où il fonde son école coranique. Il y met sur pied, avec la logisitique pakistanaise, la milice des moines-soldats dont le nom est "tâlêban", littéralement "étudiant", sous-entendant "séminariste". A la faveur du désastre qui règne en Afghanistan entre 1992 et 1996, cette secte-milice devient l'instrument privilégié de ceux qui souhaitent à la fois rétablir une stabilité politique dans le pays, contrôler ses nouveaux maîtres ou étendre leur influence jusqu'au cœur de l'Asie centrale : les Etats-Unis, le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Après avoir, selon la légende, été visité en songe par l'ange Gabriel, Omar lance les pick-up de ses hommes à l'assaut de l'Afghanistan, entre en vainqueur dans son fief de Kandahar en 1994 et laisse ses lieutenants entrer dans Kaboul en 1996.
Potentat mystique d'un émirat fantôme
Mais la réalité des luttes politiques rattrapent ce demi-halluciné qui a imposé à l'Afghanistan une charia ubuesque, défendue par une police religieuse butée et brutale. En août 1999, un camion bourré d'explosifs ravage sa maison et tue une dizaine de personnes, dont l'un de ses fils. Il n'a dès lors quasiment plus quitté l'immense complexe résidentiel tout neuf, avec mosquée, que lui avait fait construire son nouvel ami milliardaire, Oussama ben Laden. Celui-ci avait délégué auprès de lui ses ingénieurs militaires. Omar "se préoccupait des questions de décorations, raconte dans Le Monde l'ouvrier Mohammed Charef. Il nous a ordonné de repeindre cinq fois sa maison parce qu'il changeait d'avis sur la couleur des murs. Il a aussi commandé des lustres du Japon".
Depuis, reclus à Kandahar à de rares exceptions près, il s'était enfoncé dans le mystère, écoutant parfois la BBC en pachto et pestant contre cet Occident qui a transformé ses femmes en "poupées peinturlurées et en objet sexuel", incapables, puisque vivant sans burqa, de "développer leurs ressources spirituelles". Officiellement, il détenait la seule connexion à l'Internet de tout l'Afghanistan, invitant qui voulait consulter le réseau à se présenter à lui, muni d'une demande précise. Ses fidèles affirment qu'il s'est fait adouber "Commandeur des croyants" par les oulémas et les vieilles barbes blanches pachtounes, en se drapant dans la cape du prophète Mahomet pour se faire acclamer du haut d'un toît de Kandahar. Ne se déplaçant que sous la protection d'une centaine d'hommes, à bord d'un convoi d'une dizaine de 4x4 strictement identiques, il a partagé son temps entre la gestion des affaires, ses multiples femmes, la prière et les soins maniaques apportés aux quatre vaches qui vivent dans son jardin personnel. Caractériel, secret, silencieux, il donne ses ordres sur de petits bouts de papier, refuse de recevoir des non-musulmans et n'a parlé que deux fois à la radio : la première fois l'année dernière, à l'occasion d'un prêche de l'Aïd-ek-Kébir, la deuxième fois le mois dernier, pour promettre aux Etats-Unis "des tremblements de terre et des tornades de Dieu, le tout puissant Allah".
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