Dernier espoir de paix en Colombie ?

Par Franck LEFEBVRE, le 14 janvier 2002 à 19h04 , mis à jour le 13 janvier 2002 à 19h14

Lundi, à quelques heures de la fin du délai accordé par le président Pastrana aux rebelles des FARC pour évacuer la zone de Caguan, les négociateurs réunis auprès de l'émissaire de l'ONU James Lemoyne ont lancé un ultime appel pour la paix. Ils assurent que "les conditions sont réunies pour relancer le processus de paix".

soldats colombie © INTERNE

A moins d'un miracle, les négociations avaient déjà échoué. Ce miracle, les membres du "groupe de dix" et le président de la Conférence espiscopale de Colombie, qui ont rejoint lundi l'Américain James Lemoyne, envoyé spécial de l'ONU, ont voulu y croire jusqu'au bout. Ils ont continué à négocier avec les FARC - alors même que les 48 heures que leur avait accordées le président Andres Pastrana pour évacuer étaient presque écoulées. Et lundi, après une nouvelle journée de négociations fébriles, l'ambassadeur de France à Bogota, au nom du groupe des dix pays facilitateurs du groupe du processus de paix, a lancé un dernier appel à la paix, affirmant que les conditions pour relancer le processus de paix étaient réunies. Appel relayé par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui a demandé au gouvernement colombien et aux rebelles des FARC de "faire tous les efforts possibles, même à cette étape ultime, afin de chercher une solution à la crise".


Depuis 38 ans, la Colombie est prisonnière d’une guerre civile endémique, dont le bilan approche les 200.000 morts. Ce conflit oppose la guérilla d’extrême gauche des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, 16.500 hommes) et de l'ELN (Armée de libération nationale, 4.500 hommes), à l'armée et aux milices paramilitaires d'extrême droite, chacun se finançant par le trafic de drogue. On estime à 130.000  hectares la superficie couverte par les plantations de coca en Colombie, dont 10.000 dans le "laboratoire de la paix" de Caguan. Andres Pastrana a fait du processus de paix et de la lutte contre le trafic de stupéfiants les deux priorités de son gouvernement, en échange de l’aide financière de la communauté internationale et notamment des Etats-Unis. Washington  participe actuellement au Plan Colombie de lutte contre le trafic de drogue à hauteur de 1,3 milliard de dollars sous forme d'aide  économique et militaire.

 

Les prochaines heures seront cruciales. Ces négociations-fleuves ont déjà été rompues plusieurs fois. Depuis plus de trois mois déjà, le processus de paix initié par Andres Pastrana lors de son arrivée au pouvoir restait bloqué. Aux termes d’un pré-accord trouvé entre le gouvernement et les FARC pour discuter des modalités d’un cessez-le-feu, Andres Pastrana avait accepté de maintenir démilitarisée la région de Caguan, baptisée "zone de détente" et déjà laissée sous le contrôle des FARC depuis janvier 1999, tout en autorisant son survol et en renforçant les patrouilles à la périphérie. Mais les FARC, estimant la sécurité de leurs négociateurs menacée, exigeaient la fin de ces contrôles avant toute reprise significative des négociations. La semaine dernière, Andres Pastrana, dont les efforts pour ramener les FARC au dialogue avaient soulevé de nombreuses critiques dans l’opinion publique colombienne, semblait avoir définitivement opté pour la confrontation.

48 heures pour évacuer Caguan

Jeudi dernier, au cours d’une allocution télévisée, le président Pastrana avait lancé un ultimatum aux troupes des rebelles des FARC : il leur laissait jusqu'à samedi soir, 21h30 (soit dimanche, 6h30, heure française) pour reprendre les discussions. Faute de quoi, les FARC devraient quitter la région de Caguan. James Lemoyne se rendait alors à Caguan pour rencontrer les responsables des FARC ; et samedi, au bout de deux jours de travail avec l'envoyé spécial de l'ONU, et quelques minutes à peine avant l’expiration de l’ultimatum, les FARC publiaient un document en quatorze points dans lequel ils s'engageaient à respecter des mesures du processus de paix qui étaient jusqu’alors restées lettre morte. Réponse d’Andres Pastrana : jugeant le texte rendu public par les rebelles "insuffisant", le président colombien, au cours d’une nouvelle intervention télévisée, confirmait l’ordre donné aux FARC d’évacuer Caguan avant lundi, 21h30. Face à la menace de voir enterré définitivement le fragile processus de paix, les ambassadeurs de dix pays – France, Espagne, Italie, Suède, Norvège, Suisse, Canada, Cuba, Mexique et Venezuela – ont tenté fébrilement de réenclencher les négociations lundi avec deux représentants des FARC, aux côtés de James Lemoyne et de l'archevêque de Medellin.

Ces appels de dernière minute en faveur de la paix seront-ils suffisants ? Actuellement, 13.000 hommes de l'armée colombienne, placée en alerte maximum depuis mercredi dernier, se tiennent prêts à investir Caguan. Face à eux, un nombre indéterminé de rebelles, dans cette région stratégique vaste comme la Suisse, et qui, à travers jungle, donne accès aux frontières du Brésil, du Pérou, de l’Equateur ainsi qu’à la côte du Pacifique. Dimanche, avant l'ultime tentative de médiation du "groupe des dix", ils s'étaient déjà engagés à poursuivre la lutte sous toutes ses formes...

Photo d'ouverture : soldats colombiens en patrouille - afp

Par Franck LEFEBVRE le 14 janvier 2002 à 19:04
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