Dévaluation de la confiance en Argentine

Par Aurélie Albert, le 06 janvier 2002 à 09h02 , mis à jour le 06 janvier 2002 à 09h27

Le congrès argentin a entamé samedi un débat parlementaire sur une loi donnant au nouveau président de vastes pouvoirs lui permettant de réformer le système de changes monétaires et ouvrir ainsi la voie à une dévaluation douloureuse du peso. Banques et entreprises ne cachent pas leurs inquiètudes, ni les Argentins leur impatience.

argentine parlement députés © INTERNE

"Nous sommes en faillite, nous sommes ruinés " : face à un pays asphyxié par la récession, dépourvu de fonds, en proie à un chômage record et menacé par le soulèvement populaire, le nouveau Président péroniste, Eduado Duhalde ne souhaite pas commettre les mêmes erreurs que son prédecesseur Rodriguez Saa. Il a donc du opter pour la solution proposée par ses hommes de confiance : la fin de la convertibilité et de la parité " peso-dollar " initiée en 1991 par Carlos Menem pour sortir l’Argentine d’une terrible inflation. Après près de neuf heures de débat, les députés argentins ont approuvé la nuit dernière à main levée ces mesures, dans le cadre d'une loi d'urgence économique. Mais les débats ne sont pas clos, chacun des 21 articles devant encore être débattus avant que le texte de loi ne soit transmis au sénat ce dimanche.

Les incertitudes du nouveau plan économique

Cette "loi d’urgence publique en matière économique, financière et de changes " doit conférer des pouvoirs spéciaux au gouvernement pour les deux prochaines années. Entre autres, il s’agit de dévaluer la monnaie nationale, réguler les prix, créer les "conditions de croissance compatibles avec le nouveau change", convertir en pesos les dettes contractées en dollars et "dédollariser" les tarifs publics. La loi permet en outre à l'Etat d'émettre des bons libellés en monnaie étrangère  et garantis par un impôt sur les exportations d'hydrocarbures pour compenser les  pertes des banques suite à la restructuration des dettes.

Avec ces mesures, Duhalde s’est gagné de dangereux ennemis : les banques et les entreprises de services. Les entreprises étrangères s’inquiètent d’une éventuelle modification des tarifs des services publics et de la mise en place d’un nouveau régime fiscal, mesures que la Loi d’urgence rendraient possibles. Si Duhalde s’est dit décidé " à mettre fin à l’alliance entre les pouvoirs politique et financier " qui était la règle sous les gouvernements Menem et De la Rua, le coût risque d’en être plus élevé que prévu. Les banques disposent de puissants instruments de pression et les entreprises privées menacent de recourir à la justice pour défendre leurs intérêts.

Les Argentins s'impatientent

Avec la dévaluation apparaissent d’autres priorités, comme celle de trouver une solution aux dettes et hypothèques en dollars des Argentins, et garantir que les dépôts en dollars soient retribués en dollars. Les dépôts en monnaie américaine sont estimés à quelque 46 milliards de dollars. Le gouvernement a proposé la "pesification" des emprunts inférieurs à 100 000 dollars. Mais la tension monte chez les Argentins fatigués d’être patients. Les files d'attentes devant les banques n'en finissent plus pour obtenir le peu d'argent auquel ils ont droit, toucher leur retraite ou effectuer n'importe quelle opération bancaire. Les banques se disent menacées de faillite face aux demandes croissantes de liquidités de leurs clients. La Banque Centrale a annoncé la prolongation de la fermeture du marché des changes lundi et mardi prochain.

Un autre spectre qui hante les esprits est celui du maintien ou de l’agravation des restrictions sur les retraits bancaires. Surnommé le "corralito" (petit enclos), ce système a été mis en place par Cavallo en décembre dernier pour immobiliser les salaires et les dépots bancaires, et éviter la pénurie de liquidité dans les banques. L’incertitude plane également sur les mesures réelles du gouvernement sur ce point.

Parallèlement, Duhalde s’est lancé en quête d’une " paix sociale " qui mette fin aux manifestations et aux révoltes de la classe moyenne. Mais les effets de la dévaluation ont déjà des répercussions sur les prix des produits essentiels du panier familial, et les Argentins pourraient ne pas supporter bien longtemps les hésitations et les bafouillages. Le peuple a démontré qu’il n’était plus disposé à tolérer de marge d’erreur.

Par Aurélie Albert le 06 janvier 2002 à 09:02
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