© INTERNEAffronter la vindicte populaire, pour avoir donné l'ordre à son armée de démolir des habitations privées à Rafah la semaine dernière, n'avait pas fait flancher le Premier ministre israélien Ariel Sharon. Quinze bulldozers et plusieurs tractopelles sont encore intervenus lundi matin dans le quartier palestinien d'al-Issawiya de Jérusalem-est, sous la protection d'unités militaires israéliennes, pour réduire en gravats neuf maisons fraîchement construites. Les habitations étaient vides ou encore inhabitées. Sur les toits des immeubles alentours, et dans les rues du quartier, plusieurs centaines de civils palestiniens ont assisté aux manœuvres.
Officiellement, c'est à la demande de la municipalité de Jérusalem que cette opération a été menée. Dix-sept ordres de démolition auraient ainsi été formulés, tandis que les conseillers municipaux du parti de gauche Meretz ont tenté de faire intervenir la justice pour les faire annuler. En vain. Deux militants du Meretz ont été interpellés alors qu'ils tentaient de s'interposer. Les autorités israéliennes maintiennent que les habitations détruites avaient été construites "sans permis" et qu'elles appliquent la loi équitablement pour les Arabes ou pour les Juifs. Selon le quotidien Ha'aretz, les Palestiniens se plaignent de devoir construire illégalement, étant donné que les autorités municipales israéliennes ne leur accordent de permis de construire que très rarement. La même source précise que des membres du conseil municipal de Jérusalem ont appris que le gouvernement d'Ariel Sharon s'efforce de maîtriser la croissance démographique arabe, dans cette partie disputée de la Ville sainte.
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"Punition collective"
L'opération coup de poing de la semaine dernière, où le génie militaire israélien a détruit une cinquantaine de maisons dans le camp de réfugiés de Rafah et la piste de l'aéroport international de Gaza, a, en effet, fait l'unanimité contre Israël. Tandis que l'Union européenne qualifiait ces destructions "d'injustifiables", le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan s'est élevé lui aussi contre cette "punition collective". Même des membres travaillistes du gouvernement ont ouvertement critiqué cette mesure de rétorsion, après que deux Palestiniens du Hamas eurent semé la mort dans un camp militaire israélien de la frontière égyptienne, tuant trois soldats et un officier avant d'être abattus.
Mais rien ne semble avoir fait fléchir Ariel Sharon, qui parle même désormais d'élargir le corridor de sécurité de la frontière, de manière à empêcher le passage d'armes et d'explosifs en provenance d'Egypte. Son gouvernement avait d'ailleurs annoncé que les démolitions de Rafah avaient pour but de neutraliser des positions de snipers palestiniens et des points de passage de trafiquants.
Diplomatie laborieuse
Sur le front diplomatique, les perspectives sont encore minces. Le Premier ministre Ariel Sharon et son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres devaient se rencontrer lundi matin, pour faire le point sur les contacts maintenus par le chef de la diplomatie avec un conseiller de Yasser Arafat, Abu Ala. Si l'affaire du cargo Karine-A, dont Israël affirme qu'il était à destination des Palestiniens, a rompu le contact direct avec Shimon Peres, son directeur de cabinet Avi Gil n'en a pas moins continué à discuter en son nom. Les deux hommes devront aussi étudier la réponse qui leur semble adaptée, après que l'émissaire américain Anthony Zinni eut fait savoir qu'il ne retournerait au Proche-Orient que lorsqu'Israël lui aura fait connaître la nature de ses nouvelles relations avec l'Autorité palestinienne.
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