L'exode argentin

Par Aurélie ALBERT, le 28 janvier 2002 à 09h38 , mis à jour le 27 janvier 2002 à 09h47

Les "piqueteros", chômeurs et pauvres argentins se rassemblent aujourd'hui devant le palais présidentiel, pour réclamer du travail. Dans le même temps, nombre d'Argentins font la queue devant les Consulats pour obtenir les papiers du départ vers l'Europe.

argentine exode consulat espagnol afp © INTERNE

Où sont-ils les pionniers du siècle dernier qui arrivaient en masse depuis l'Europe sur la terre promise Argentine ? Peuplée à 90% par des immigrants, le pays s'est jadis enrichi de ces apports économiques, technologiques et culturels qui en ont fait un pays riche et influent. Ce schéma aujourd'hui caduc a commencé à s'inverser brutalement dans les années 80, avec la répression militaire et la crise économique. Aujourd'hui l'Argentine s'est convertie en un pays d'émigration. Les images des longues files d'attentes sous le soleil devant le Consulat s'associent à celles des émeutes quotidiennes, des manifestations, des commerces saccagés, et aux réalités de la montée des prix, des faillites et de la pauvreté croissante, qui touche plus de 45% des Argentins.

"L'Argentine a faim, le désespoir pousse à partir du pays"

Chaises pliantes, coussins, sandwichs, et même une tente au cas ou les averses de printemps les surprendraient : les Argentins sont équipés pour patienter devant les Consulats. Rosa Molinos a 50 ans. Pour elle il n'avait jamais été question de partir. Jusqu'ici. Mère de trois enfants, elle a pourtant attendu toute la nuit à la porte du Consulat espagnol pour retirer une demande de nationalité italienne. Elle est prête à partir n'importe quand. " J'ai toujours défendu l'idée de rester en Argentine, mais j'ai perdu espoir. Je me sens étrangère dans mon propre pays. Je resterais pour défendre la patrie, mais la patrie des Argentins, pas celle de ces voleurs qui partent avec l'argent, les mêmes depuis toujours!" commente-t-elle. "Je n'ai pas l'impression d'abandonner le navire, j'ai l'impression qu'on m'en expulse".

Javier Fioras, 33 ans, est petit-fils d'espagnol. Il fait la queue depuis près de 20 heures pour tenter d'obtenir l’un des cinq numéros qui lui permettra d'entrer aujourd’hui au Consulat italien et de faire la demande de la nationalité espagnole ou obtenir un passeport. "Ce n'est pas une question d'argent, mais de perspectives d'avenir, de tranquillité, de sécurité" affirme Javier. D'un seul souffle, il énumère les raisons de son choix qui lui restent à la gorge : "à cause des délinquants politiques qui manipulent nos vies, à cause de l'abus de tolérance du peuple, parce que l'effort des professionnels n'est pas valorisé ni reconnu, à cause des contrats indignes, parce que je ne vois pas d'espoir de changement".

L'Europe, nouvel Eldorado

Tout comme Rosa et Javier, la majorité des candidats à l'exode opte pour l'Europe. Les démarches sont facilitées par la présence de proches sur place disposés à les accueillir. Les moins chanceux choisissent d'autres destinations, fonction de leur religion, ou de la proximité géographique, tels Israël, le Chili, le Brésil et l'Uruguay. On voit même se développer de tristes commerces de mariages en blanc. Cet exode, notamment des jeunes, devient problématique pour le pays, et inquiète, en Europe, les gouvernements italiens et espagnols, principaux destinataires de ce nouveau flux.

(Photo : les candidats à l'exode, crédit afp)

Par Aurélie ALBERT le 28 janvier 2002 à 09:38
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