Guerre ouverte entre Berlusconi et les magistrats italiens

Par F.L., le 13 janvier 2002 à 21h59 , mis à jour le 13 janvier 2002 à 22h05

Le malaise des magistrats italiens est devenu explosif pour le gouvernement de Silvio Berlusconi, fragilisé par plusieurs procès en cours pour ses affaires, après l'appel à "résister" lancé au cours du week-end par le procureur général de Milan.

berlusconi gouvernement © INTERNE

Les magistrats italiens sont tout près de déclarer la guerre à Silvio Berlusconi. L’un d’eux, et non des moindres puisqu’il s’agit du procureur général de Milan, l’a déjà fait. Les tensions sont alimentées par un projet de réforme touchant à l'indépendance des parquets et par les rancoeurs héritées des enquêtes pour corruption ayant provoqué la déchéance de dirigeants politiques proches de Silvio Berlusconi il y a dix ans, puis l'entrée en politique du magnat de la communication. Le conflit a déjà provoqué la démission début décembre d'un membre du gouvernement, le sous-secrétaire au ministère de l'Intérieur, Carlo Taormina. Il a repris de plus belle lors de la rentrée judiciaire samedi, lorsque de nombreux juges italiens ont saisi l'occasion pour protester en revêtant la toge noire des audiences ordinaires, au lieu de la tenue de cérémonie.


Le procès SME

Instruit à Milan, il concerne la tentative de rachat en 1985 d'une société publique alimentaire, la SME. Silvio Berlusconi est accusé avec ses avocats d'avoir corrompu des juges romains. Le déroulement du procès est perturbé par une guerre des recours menée par les défenseurs du chef du gouvernement. Les manoeuvres ont semblé trouver un relais au gouvernement lorsque le garde des Sceaux Roberto Castelli est intervenu sur l'affectation d'un des juges, Guido Brambilla. Le procès aurait dû repartir de zéro, si le président de la cour d'appel de Milan, Giuseppe Grechi, n'avait pas décidé jeudi, contre l'avis du ministre, de maintenir "à temps plein jusqu'au 31 octobre" le juge Brambilla au procès SME.

Le procureur général de Milan, Francesco Saverio Borella, a été plus loin et a carrément vidé son sac. Dans une salle pleine à craquer, il a longuement dénoncé "les accusations superficielles de partialité formulées contre les juges par de hauts représentants de la classe politique et martelées avec l'insistance de bonimenteurs de télévision". Le haut magistrat bientôt en retraite a invité à "résister à l'effritement dangereux de la volonté générale et au naufrage de la conscience civique dans la perte du sens du droit".

Réforme de la justice et procès SME

La tactique de Silvio Berlusconi a été d'isoler l'incident en évitant toute réaction à chaud, et dans l'ensemble, la consigne a fonctionné. Le haut magistrat s'est attiré une plainte du ministre de l'Intérieur, pour avoir affirmé que les escortes avaient été diminuées "comme par hasard" pour les juges traitant les affaires du chef du gouvernement. Et sa sortie a été jugée contre-productive par la plupart des commentateurs italiens.

Il n'empêche, le procureur met le gouvernement en difficulté car son réquisitoire enterre tout espoir d'éviter un affrontement avec l'opposition à propos de la réforme de la justice, estime le journal Corriere della Sera. "Berlusconi est de nouveau seul face à son drame personnel et politique: le procès SME et ses conséquences", ajoute le Corriere.

Par F.L. le 13 janvier 2002 à 21:59
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