"Politica non grata" en Argentine

Par Aurélie ALBERT, le 14 janvier 2002 à 08h59 , mis à jour le 12 janvier 2002 à 09h12

A Mendoza, la colère contre les politiques prend des dimensions inédites. Evacués d’urgence des coins les plus populaires de la ville, ils sont aussi interdits d’entrée dans les plus fameux restaurants, ou nouvelles cibles des petits bandits des rues. Croquis d’une espèce en danger.

argentine parlement députés © INTERNE

"On va les sortir des cafés, les politicards" a lancé une des manifestantes regroupées hier en plein centre ville pour protester contre les fonctionnaires, les magistrats et les députés. Au bruit des casseroles, brandissant affiches et autres bannières, un petit groupe d’une quinzaine de personnes s’est avancé dans la Péatonal, la rue piétonne de Mendoza, lieu d’élection depuis des années des hommes politiques, pour boire un verre et débattre un moment entre amis, avant le déjeuner. D’autres hommes et femmes se sont joints à la troupe protestataire, tandis que les autos accompagnaient la marche à grands coups de klaxons. Le bruit de la contagieuse protestation est parvenu aux oreilles du ministre Enrique Vaquié, assis a la terrasse d’un café voisin, qui s’est enfermé dans les toilettes le temps que passe la tourmente.

Evacuation forcée

Le ministre de l’économie n’a pas eu la meme chance... Atablé autour d’un double scotch dans une brasserie à la mode, il a vu s’avancer 50 personnes en colère décidées à évacuer "la peste de la Peatonal". Hommes d’affaires et politiciens confondus ont été soumis à la vindicte populaire et aux questions des manifestants : "Combien gagnes-tu?" a lancé un jeune manifestant. "1800 pesos" répondit le ministre, soudain pressé de rentrer chez lui, tandis que la foule lui bloquait le passage. Evacué en vitesse par deux gardes civils, ses explications ont été abrégées. En à peine une demi-heure, des banderoles improvisées pendaient des balcons. "Que Menem et ses sbires rendent l’argent qu’ils ont volé au pays". D’autres s’adressaient à la Cour Suprême de Justice : "Qu’ils s’en aillent tous. Non aux juges corrompus".

"Interdit aux chiens et aux politiciens"

Le sentiment anti-politique est devenu aigu à Mendoza depuis déjà dix jours. Chaque après-midi, la Maison du Gouvernement est assaillie par les manifestants réclamant le paiement des salaires de novembre et décembre derniers, et des primes de fin d’année. Des échaufourées avec la police locale ont accentué la tension de la situation. La semaine passée, un célèbre restaurant, La Marchigiana, a fait la Une de tous les journaux après avoir interdit l’entrée dans ses locaux aux politiques, députés, sénateurs et magistrats. Les petites pancartes similaires à celles qui interdisent l’entrée aux chiens se sont multipliées aux portes des bars et des restaurants de la ville, provocant la fureur des hommes politiques de la región. "Accès défendu aux éléphants et aux politiciens". Mercredi dernier, un ancien député a été évacué d’urgence d’un ascenseur par quatre personnes en colère.

Ce type de conduites sème l’angoisse parmis les politiques. "Je comprends la hargne des gens, mais je ne tolère pas que nous soyons tous enfermés dans le même sac. Certains d’entre nous travaillent dur, mais les gens ne font pas de distinction, c’est très dangereux" a déclaré un député péroniste. Perçus comme une classe à part, les politiques sont mis en quarantaine par un peuple fatigué des corrompus et des indigents. Ce rejet n’est d’ailleurs pas le seul fait des honnêtes gens. Un groupe de voleurs a fait passer dans toute la ville de petits tracts, demandant aux gens leur participation : "nous ne voulons plus voler les petites gens. Collaborez avec nous en nous faisant parvenir l’adresse des politiques que vous connaissez, et les heures où ils ne sont pas chez eux. Nous les volerons eux, au lieu de vous voler vous" !

Par Aurélie ALBERT le 14 janvier 2002 à 08:59
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