Prudence calculée autour du "Karine-A"

Par Léonard VINCENT, le 08 janvier 2002 à 12h02 , mis à jour le 08 janvier 2002 à 12h11

Les Etats-Unis font preuve d'une grande circonspection sur l'affaire du cargo chargé de 50 tonnes d'armes, intercepté par l'armée israélienne la semaine dernière. Le gouvernement israélien se dit "déçu", bien que pas dupe des intentions américaines.

israel palestine capitaine karine-a omar akawi © INTERNE

L'essentiel du gouvernement israélien n'est pas dupe de l'exercice d'équilibrisme diplomatique effectué par l'administration américaine, face à l'affaire du Karine-A. Les Etats-Unis, par la voix du porte-parole du département d'Etat, ont évité de reprendre à leur compte la version israélienne des faits, selon laquelle la cargaison de 50 tonnes d'armes était destinée à des groupes radicaux, en pleine intelligence avec l'Autorité palestinienne (Lire notre article "50 tonnes d'armes sur les bras des diplomates"). "Nous voulons connaître les faits avant de commencer à spéculer ou à tirer des conclusions, a déclaré Richard Boucher. Nous ne savons pas qui a affrété le navire, qui était le destinataire, c'est le genre d'informations que nous recherchons." Washington a néamoins demandé des "explications" à Arafat. "Le fait que des Palestiniens soient impliqués dans le transport de ces armes nous paraît très troublant" a ajouté Richard Boucher. 

Seul imprimatur accordé par l'administration Bush à Israël : Washington considère comme "une bonne chose" l'arraisonnement du navire dans les eaux internationales par un commando israélien. Mais la radio militaire israélienne en général bien informée    affirme que l'administration américaine est parfaitement au courant du fait que l'Autorité palestinienne a bel et bien acheté la cargaison du Karine-A. Faisant écho à cette affirmation, le Premier ministre Ariel Sharon a affirmé mardi après-midi que l'administration américaine était "au courant de tous les détails". "Ils savent que l'Autorité palestinienne a déboursé des millions de dollars, a ajouté Ariel Sharon. Ce genre de paiement est toujours avalisé par Arafat."

Commission d'enquête

Le ministre palestinien de l'Information Yasser Abed Rabbo a précisé mardi que quatre responsables palestiniens feraient partie de la commission d'enquête dans l'affaire du Karine-A. Il a indiqué aux journalistes que la commission comprendrait les chefs de la sécurité publique dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, les généraux Abdel Razak al-Majaïda et Haj Ismaïl, ainsi que le chef des renseignements militaires Moussa Arafat et le procureur militaire Khaled al Qidrah. "Nous avons choisi des officiers de haut rang pour nous assurer qu'ils auront accès à toutes les informations et aux personnes nécessaires", a-t-il indiqué.

Conflit israélo-palestinien

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Les ministres israéliens de la Défense, des Transports et des responsables du ministère des Affaires étrangères ont clairement fait savoir à la presse que cette position tiède était surtout destinée à empêcher Israël de répliquer violemment à ce qui est considéré comme un casus belli et la preuve ultime de la duplicité de Yasser Arafat. "Nous sommes déçus par l'attitude des Américains", a expliqué un responsable israélien sous couvert de l'anonymat, "qui refusent d'admettre les preuves incontestables que nous avons fournies sur le fait que ces armes étaient destinées à l'Autorité palestinienne." Une démonstration qui, fondée sur les aveux filmés du capitaine Omar Akawi (photo), est susceptible d'être acceptée par "n'importe quel enfant en bas âge", selon le ministre travailliste des Transports Ephraïm Sneh. En visite en Inde, n'ayant fait aucun commentaire pour l'instant sur la position américaine, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres a fait savoir toutefois qu'il s'opposerait à toute sanction supplémentaire visant l'Autorité palestinienne.

Calme dans les Territoires

Le capitaine Akawi, interrogé par des journalistes des chaînes de télévision Channel One et Two, Fox News et de l'agence Reuters, a expliqué qu'il avait reçu ses ordres de deux proches de Yasser Arafat. Chargé d'acheter un bateau pour le compte de l'Autorité palestinienne, il n'aurait même pas reçu l'ordre de faire demi-tour, avec sa cargaison, lorsque Yasser Arafat a exigé des groupes radicaux palestiniens le respect du cessez-le-feu. Le capitaine Akawi, qui a le grade de lieutenant-colonel dans la police maritime palestinienne, estime toutefois que Yasser Arafat n'était pas au courant du trafic d'armes, alors que les Israéliens disent ne pouvoir imaginer qu'une telle opération passe inaperçue. Washington juge "crédible" cette interview.

Pour l'heure, le Premier ministre Ariel Sharon, qui doit aussi gérer en Israël une vague de froid et de neige qui paralyse une grande partie du pays, ainsi qu'un débat houleux et crispé sur le budget de l'Etat hébreu, n'a pas pris de sanction. L'émissaire américain Anthony Zinni a regagné les Etats-Unis pour rendre compte de sa mission au Proche-Orient, alors que le calme semble quasi total dans tous les secteurs à risque des Territoires.

Par Léonard VINCENT le 08 janvier 2002 à 12:02
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