50 tonnes d'armes sur les bras des diplomates

Par Léonard VINCENT, le 08 janvier 2002 à 11h21 , mis à jour le 07 janvier 2002 à 11h38

L'affaire du navire chargé de 50 tonnes d'armes intercepté par Israël domine toutes les conversations politiques. Même l'administration américaine pourrait soutenir les accusations d'Ariel Sharon, selon lesquelles l'Autorité palestinienne était la destinataire de la cargaison.

israel palestine karine a bateau cargaison © INTERNE

L'affaire du Karine-A, un cargo bourré d'armement arraisonné vendredi en mer Rouge par des commandos israéliens, monopolise l'attention en Israël. Le Premier ministre Ariel Sharon en personne a tenu une conférence de presse dimanche, devant la cargaison, complaisamment exposée sur un quai de la base navale d'Eilat, accusant l'Autorité palestinienne d'assumer "un rôle majeur dans les réseaux du terrorisme mondial". Cette livraison, qu'Israël considère comme étant à destination d'une Autorité palestinienne jouant maintenant ouvertement double jeu, empoisonne le climat diplomatique, les uns ayant trouvé un prétexte idéal pour mettre à genoux le gouvernement de Yasser Arafat, les autres ne pouvant faire l'économie d'une explication.

"Etalage de muscles"

Le Karine-A appartiendrait à un Irakien

D'après la lettre maritime britannique Lloyd's list, le navire intercepté par l'armée israélienne appartiendrait à un Irakien nommé Ali Mohammad Abbas. Connu sous le nom de Rim-K jusqu'à un date récente, le Karine-A a été vendu au mois d'août dernier par la compagnie libanaise Diana K Shipping, basée à Beyrouth, pour une somme de 400.000 US $. Il aurait alors été immatriculé aux îles Tonga le 12 septembre, selon les documents consultés par Lloyd's list.

Conflit israélo-palestinien

Exprimez-vous dans notre forum

Le ministre palestinien des Affaires parlementaires Nabil Amr a, de son côté, ironisé sur cette "comédie israélienne exagérée". Selon lui, "cet étalage de muscles" prouve clairement que les dirigeants et services de sécurité israéliens cherchent "à remonter le moral des Israéliens", après 15 mois d'Intifada. Il reste que, alors que le médiateur américain Anthony Zinni se démène depuis jeudi pour ranimer ne serait-ce qu'une ébauche de dialogue, ce dossier se retrouve au centre de toutes les conversations diplomatiques dans la région. Même s'il se disait optimiste sur les chances de progrès de sa deuxième mission au Proche-Orient, se disant même "rempli d'espoir et encouragé" à la suite d'une réunion sécuritaire conjointe, Anthony Zinni sait bien que l'affaire du Karine-A pourrait faire basculer les deux parties dans un affrontement assumé.

De fait, lors de son rendez-vous lundi matin avec Ariel Sharon, le Haut représentant de l'Union européenne pour la diplomatie Javier Solana s'est entendu demander une fois de plus de "faire pression sur Yasser Arafat pour qu'il renonce au terrorisme." Javier Solana, qui doit s'entretenir avec des responsables palestiniens dans l'après-midi, ne pourra faire autrement que d'évoquer le sujet et faire comprendre à ses interlocuteurs qu'il est essentiel que la vérité soit connue.

En attendant un soutien américain

Chaque responsable palestinien interrogé sur le sujet depuis vendredi a tenu, à sa manière, à démentir tout lien entre la structure politique dirigée par Yasser Arafat et le Karine-A. Même l'Iran, soupçonné d'être le pays d'origine du bateau, a rejeté les accusations israéliennes. Israël avait en effet considéré dans un premier temps que la cargaison avait été commandée par le Hezbollah chiite libanais, actif à la frontière nord d'Israël et notoirement soutenu par l'Iran. Mais l'administration américaine a fait savoir au New York Times qu'elle publierait prochainement un communiqué soutenant l'affirmation israélienne, selon laquelle les 50 tonnes d'armes étaient destinées aux Palestiniens. L'ancien émissaire de Bill Clinton Denis Ross a même affirmé qu'il n'y avait pas besoin d'autres preuves pour impliquer l'Autorité palestinienne, l'appartenance du capitaine du Karine-A à la police maritime palestinienne suffisant à éclaircir la destination réelle du navire.

Dans le courant de l'après-midi, Radio Israël a cité une interview dudit capitaine, Omar Akaoui, qui a ensuite été diffusée par deux chaînes de télévision israéliennes. L'homme, détenu à la prison Ashkelon, avoue avoir appartenu à la police maritime palestinienne, avant d'intégrer les services du trafic naval du ministère palestinien des Transports, en tant que conseiller. Il affirme recevoir ses instructions d'Adel Moghrabi et de Fathi al-Razem, deux proches de Yasser Arafat. Le délégué palestinien en Grèce, Adel Awadala, lui aurait demandé de préparer un navire à recevoir une cargaison "près de l'île iranienne de Kich", de charger celle-ci à bord et d'amener le Karine-A jusqu'à des rivages contrôlés par l'Autorité palestinienne. Selon la version du colonel Akaoui, la cargaison "devait être réceptionnée en Méditerranée par trois petits navires et transportée ensuite vers le port de Gaza". "Je suis fier d'avoir mené cette tâche à bien, a-t-il insisté. Nous sommes en guerre et il est de notre droit de nous défendre."

Par Léonard VINCENT le 08 janvier 2002 à 11:21
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience