L'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic a entamé avec détermination son temps de parole au deuxième jour de son procès devant le TPI, mercredi en début d'après-midi. Après que le juge-président Richard May lui eut proposé de reporter au lendemain la présentation de son cas, l'accusé Milosevic s'est penché sur le micro posé devant lui et a fait une intervention préalable, souhaitant annoncer pour jeudi sa déclaration liminaire à proprement parler.
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Contestant la validité du procès en s'appuyant sur des éléments précis de procédure, notamment en ce qui concerne son arrestation "illégale" et la "partialité du procureur", l'accusé de l'affaire IT-02-54 a martelé son raisonnement d'un ton ferme, le visage grave et fixe, interpellant le juge-président Richard May. De l'autre côté de la salle de la troisième chambre du TPI, le procureur Carla Del Ponte, bête noire de Slobodan Milosevic, a écouté l'ancien chef d'Etat, interdite, attentive à la traduction simultanée diffusée dans ses écouteurs. Accusant ensuite Carla Del Ponte d'avoir déjà "proclamé la sentence" à l'avance, il s'est plaint de la campagne médiatique dirigée par Mme Del Ponte contre lui. "Un procès parallèle a lieu dans les médias", a-t-il lancé à la cour.Le juge-président a alors rappelé que toutes les questions évoquées avaient déjà fait l'objet d'un débat au sein du TPI, que des décisions avaient été prises et que Milosevic aurait pu en prendre connaissance s'il avait "pris la peine de lire les documents". L'audience a été suspendue peu avant 16 heures, après que le président de la chambre eut refusé d'accorder le droit au premier témoin de l'accusation de prendre connaissance de la déclaration annoncée de Slobodan Milosevic.
Une accusation pour l'histoire
Prise de pouvoir par Milosevic et ses hommes, crise du Kosovo en 1987, embrasement de la Croatie puis de la Bosnie, apartheid et invasion militaire du Kosovo en 1998-1999 : le détail des épisodes qui ont amené à la désintégration de l'ex-Yougoslavie avait auparavant constitué la présentation par le substitut du procureur du TPI des actes d'accusation de Slobodan Milosevic. Geoffrey Nice avait commencé à présenter le cas Milosevic par le menu mardi à la mi-journée après que le procureur Carla Del Ponte eut brossé un portrait cinglant de l'accusé (cf. notre article "Le Procureur vs. Slobodan Milosevic").
Le bureau du procureur, par la voix du magistrat britannique chargé des dossiers croates et bosniaques, avait exposé des documents, projeté des vidéos, fait des démonstrations. Son objectif était de prouver que des liens existaient entre les milices serbes de Krajina et de Slavonie et les autorités de Belgrade, que la courroie de transmission entre les Serbes en armes de Bosnie-Herzégovine et l'armée fédérale était active depuis 1992 et remontait jusqu'au cabinet de Milosevic. Il avait ainsi été beaucoup question de Radovan Karadzic, le leader politique des Serbes de Bosnie, et du milicien Arkan, qui se vantait de prendre ses ordres auprès de Milosevic. Initialement prévue pour durer "au moins une journée", la déclaration liminaire de l'accusation avait pris du retard et s'était terminée mercredi en milieu d'après-midi, après le récit de l'offensive de l'armée fédérale sur le Kosovo, au cours de l'année 98, par un autre substitut du procureur.