Une jeune greffière se lève à la demande du président et annonce le "dossier IT-02-54 : le Procureur contre Slobodan Milosevic". Dans l'enceinte beige et bleue de la troisième chambre du Tribunal pénal international de La Haye, la première audience du procès de l'ancien président de la République fédérale de Yougoslavie s'est ouverte. Comme le prévoit la procédure, la première à prendre la parole a été Carla Del Ponte. Madame le procureur de l'institution judiciaire de l'ONU, chargée de juger les crimes commis lors de l'infernale désintégration de la fédération des Balkans, fondée par Tito au lendemain de la seconde guerre mondiale, a parlé une demi-heure environ, face à un président attentif et un accusé au visage fermé.
A l'occasion de cet événement historique, tf1.fr vous propose des articles ou des vidéos, publiés tout au long de la saga Milosevic, depuis son arrestation à Belgrade, jusqu'à ses deux premières comparutions devant le TPI, dans son dossier spécial. |
Mardi à partir de 9h30, tf1.fr vous propose de suivre l'audience en direct et en vidéo, depuis la Troisième chambre du TPI à La Haye. Cliquez ici pour lancer la vidéo. |
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Grave dans sa robe noire, le cheveux court et blond, la Suissesse Carla Del Ponte a dressé, en anglais, un portrait brutal et dénué de toute admiration de l'homme qui se trouvait face à elle. Silencieux, parfois tendu par une colère diffuse, parfois ostensiblement ennuyé, Slobodan Milosevic l'a patiemment écoutée. Vêtu d'un costume sombre, d'une chemise bleu ciel et d'une cravate à rayures bleues, l'ancien président yougoslave n'a pas ouvert la bouche, ni manifesté la moindre expression, sinon, parfois, pour afficher l'air de demander à Mme Del Ponte où elle voulait en venir. Face à la cour, une sténotypiste appliquée a retranscrit l'intégralité de l'audience."Personne n'est hors de portée"
Slobodan Milosevic, a expliqué le procureur, est jugé pour "les méfaits commis contre son peuple et contre ses voisins". Le tribunal, dit-elle encore, est chargé d'examiner le dossier Milosevic à la lumière de "sa responsabilité individuelle" et non au nom d'une "culpabilité collective" à laquelle elle ne croit pas. Elle a souligné à quel point il était exceptionnel pour elle, assumant sa fonction, de tenir le discours qu'elle était en train de tenir, face à un ancien chef d'Etat, saluant "la justice internationale en action". "Personne n'est hors de portée de la justice", a-t-elle martelé.
C'est en français que Carla Del Ponte a développé, non plus les considérations générales sur sa vision de l'accusation, mais sa perception personnelle de Slobodan Milosevic et de ses actes. "Excellent tacticien, piètre stratège, Milosevic n'a rien fait d'autre que de poursuivre ses ambitions au prix d'indicibles souffrances infligées à ceux qui s'opposaient à lui ou représentaient une menace pour sa stratégie personnelle du pouvoir", a-t-elle expliqué. "Tout, tout pour lui est instrument au service de sa quête du pouvoir." Selon elle, ce ne sont ni des "idéaux" ni un "prétexte nationaliste" qui ont guidé son action à la tête de la Ligue de communistes, puis de la Serbie et enfin de la Fédération yougoslave. "Sa rhétorique grandiloquente et sa langue de bois obsolète" n'ont fait que servir sa soif de "pouvoir personnel".
"Sauvagerie médiévale"
Concluant un exposé empreint de dureté et de passion par une citation de l'écrivain yougoslave Ivo Andric, Carla Del Ponte a ensuite laissé la parole à son substitut Geoffrey Nice. Cet homme brun au visage sec, à la voix profonde, a alors commencé à détailler les éléments essentiels des trois actes d'accusation visant Slobodan Milosevic. Son intervention devrait durer toute la journée. Son récit a commencé par "l'un des crimes, parmi des milliers qui furent commis en Bosnie" : la mise à mort planifiée et froidement exécutée d'une famille musulmane, enfants compris, par des miliciens serbes qui ont, pour reprendre l'expression de Carla Del Ponte, fait preuve d'une "sauvagerie médiévale" en mettant le feu à une maison où elle avait été enfermée.