Où l'on reparle de la capture de Mladic

Par Léonard VINCENT, le 11 février 2002 à 11h18 , mis à jour le 11 février 2002 à 11h28

La pression exercée par les Etats-Unis et l'ONU sur Belgrade pour l'arrestation des anciens leaders bosno-serbes Karadzic et Mladic pourrait avoir porté ses fruits. Une opération de police serait à l'ordre du jour, à la veille du procès de Milosevic.

yougoslavie bosnie tpi mladic © INTERNE

Lorsqu'elle mentionne la cachette où se trouve Ratko Mladic, la presse de Belgrade utilise souvent les guillemets. Comme si tout le monde savait que l'ancien chef militaire des forces serbes de Bosnie durant la guerre de 92-95 était, comme l'a encore affirmé la semaine dernière le procureur du TPI Carla Del Ponte, dans son appartement de Belgrade, sous la protection de l'armée yougoslave et du président Vojislav Kostunica. Le rédacteur en chef de l'hebdomadaire belgradois Blic News croit même savoir que l'extradition de Mladic vers le TPI est à l'étude, au sein du gouvernement serbe, dans la perspective d'une promesse d'aide économique du Congrès américain et du procès de l'ancien président yougoslave Slobdodan Milosevic, qui s'ouvre mardi à La Haye.

Le procès Milosevic


Mardi 12 février s'ouvre devant le Tribunal pénal international de La Haye le procès de Slobodan Milosevic, pour sa responsabilité dans les guerres de Croatie, Bosnie et du Kosovo.

La disparation de Ratko Mladic et de son mentor politique Radovan Karadzic, depuis leur retrait de la vie publique après la signature des accords de Dayton, a non seulement le don d'empoisonner les relations entre la Yougoslavie et la communauté internationale. Mais elle a fini par envenimer un peu plus les relations conflictuelles entre le président Kostunica, un nationaliste convaincu peu enclin à livrer ses concitoyens à une institution dont il se méfie, et le Premier ministre Zoran Djindjic, un réformiste pro-occidental qui n'a que faire des vieux barons de l'ancien régime.

Trois ou quatre suspects

Mercredi dernier, Zoran Djindjic a affirmé à l'agence Reuters que son gouvernement allait bientôt procéder à l'extradition vers La Haye de "trois ou quatre suspects" sous le coup d'une inculpation. "Il s'agit de suspects parmi les plus recherchés du Tribunal, incluant de proches alliés de Milosevic, ainsi que Karadzic et Mladic." La porte-parole du TPI, l'ancienne journaliste française Florence Hartmann, a répété la semaine dernière que le tribunal de l'ONU savait que Mladic était à Belgrade et que Karadzic se cachait dans la campagne de la Republika Srpska. "Il n'y a aucun obstacle matériel à leur arrestation", a-t-elle précisé à la radio allemande.

Une source proche de Zoran Djindjic a raconté à l'Institute for War and Peace reporting (IWPR) que l'ambassadeur américain à Belgrade avait plus ou moins posé un ultimatum au gouvernement serbe, afin qu'il fasse procéder à l'arrestation de l'ancien "boucher" de Bosnie Mladic. Sans quoi, le Congrès risquait de ne pas adopter le programme d'aide de 114 millions de dollars promis à la Serbie. L'ambassadeur William Montgomery aurait même, selon l'IWPR, rendu visite à la vieille Jovanka Karadzic, mère du psychiatre-poète et ancien chef politique des Serbes de Bosnie, afin de faire pression sur son fils pour qu'il rende compte de son passé aux juges de l'ONU.

Et si, en plus des deux leaders charismatiques de la Republika Srpska, Belgrade extradait quelques-uns des co-accusés de Slobodan Milosevic, le TPI pourrait peut-être consentir à ce que d'autres procès se déroulent à Belgrade, une demande réitérée depuis longtemps par les autorités yougoslaves.

Par Léonard VINCENT le 11 février 2002 à 11:18
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