Sharon, un faucon pèlerin à Washington

Par Léonard VINCENT, le 06 février 2002 à 17h50 , mis à jour le 06 février 2002 à 17h59

Un an jour pour jour après son accession au pouvoir, le Premier ministre israélien Ariel Sharon s'est envolé pour les Etats-Unis. Il veut s'efforcer de pousser l'allié américain à "ignorer" désormais le président palestinien Yasser Arafat.

Photo : Thomas Coex (AFP) © INTERNE

"J'ai l'intention de proposer au président Bush d'ignorer Arafat, de le boycotter, de n'avoir aucun contact avec lui et de ne lui envoyer aucune délégation." C'est par cette phrase laconique et sans ambiguïté que le Premier ministre israélien Ariel Sharon a défini l'objectif de son voyage à Washington. Si le sous-secrétaire d'Etat chargé du Proche-Orient, William Burns, a affirmé que son gouvernement continuerait à travailler avec l'Autorité palestinienne et son "dirigeant élu", Ariel Sharon n'a pas renoncé à son projet, sûr que l'entourage du vieux chef palestinien saura se débrouiller sans lui.

 

Ménageant Israéliens et Palestiniens, l'administration américaine n'en a pas moins sévèrement critiqué Yasser Arafat ces dernières semaines. L'équipe Bush avait même réussi à entraîner dans son sillage l'Union européenne et l'Egypte, qui ont de concert réclamé du président palestinien l'intensification des efforts pour maîtriser les groupes terroristes. L'idée de fermer le bureau de l'Autorité palestinienne à Washington avait même été évoquée. Toutefois, ni l'UE ni l'Egypte n'avaient accepté de mettre officiellement sur la touche Yasser Arafat, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine ayant publiquement signifié le désaccord européen à la position du gouvernement Sharon.

Certaines mesures seront discutées

Dans ce contexte, la mission du Premier ministre israélien sera ardue. Seule voix discordante — et non des moindres —, le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres s'est abstenu de faire trop de bruit autour de la stratégie d'Ariel Sharon, se contentant de signaler qu'il ne croyait pas à une alternative au sein de l'exécutif palestinien. Sans doute les Américains n'ont-ils pas voulu isoler l'une des rares figures importantes du gouvernement israélien à pouvoir reprendre langue avec les Palestiniens. De plus, un plan de reprise du processus de paix a été élaboré ces dernières semaines, sous l'égide de l'Egypte et de la France. Le chef de la diplomatie égyptienne, après avoir rencontré William Burns mercredi, a répété que tous deux s'étaient mis d'accord "sur certaines mesures à entreprendre afin de sortir de la crise et du cercle de la violence".

En outre, sur l'ordre du jour de la visite aux Etats-Unis du Premier ministre israélien figure également la question de l'Iran et de l'Irak, deux pays inclus avec la Corée du Nord dans "l'axe du mal" dénoncé par George W. Bush dans son récent discours sur l'état de l'Union.

 
Israël a lancé jeudi soir un raid d'hélicoptères contre un bâtiment des services de renseignements palestiniens à Naplouse. Une roquette a explosé à côté du bâtiment, sans faire de blessé. La veille, des chasseurs-bombardiers avaient largué trois bombes sur le quartier général du gouverneur de Naplouse, blessant légèrement cinq Palestiniens, après qu'un membre des Brigades Ezzeddine al-Qassam, la branche armée du Hamas, eut abattu trois Israéliens, dont une femme et une fillette de 11 ans, dans la colonie de Hamra. Israël avait rejeté la responsabilité de cette attaque sur l'Autorité palestinienne et promis de riposter. Jeudi également, au nord d'Israël, pour la sixième fois en moins d'un mois, la défense anti-aérienne du Hezbollah a ouvert le feu en direction d'appareils israéliens qui violaient l'espace aérien libanais, ravivant les craintes israéliennes de voir un second front s'ouvrit à la frontière nord.
 

Par Léonard VINCENT le 06 février 2002 à 17:50
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