© INTERNEPeu après l'aube, vendredi. Un intense échange de feu est signalé à Ramallah, alors qu'une trentaine de chars et de transports de troupes des Forces de défense israéliennes avancent vers le QG de l'Autorité palestinienne. Des hélicoptères survolent la ville. Quelques instants plus tard, le gouvernement israélien annonce qu'il a autorisé une opération de grande envergure contre l'exécutif palestinien, accusé de superviser la campagne de terrorisme sur le territoire d'Israël et de manipuler l'opinion internationale
(lire notre article "Pour Sharon, Arafat est désormais un 'ennemi'").A peine un quart d'heure plus tard, des bulldozers de l'armée israélienne démolissent le portail du QG de Yasser Arafat, alors que l'Etat hébreu annonce que dorénavant il allait "considérer Arafat, qui est à la tête d'une coalition terroriste, comme un ennemi, qui à ce stade doit être isolé". Un conseiller d'Arafat, Nabil Adu Rdainah, lance alors : "Israël joue avec le feu."
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Feu sporadique
Dans l'après-midi, à Ramallah, la situation était donc peu ou prou stabilisée, mais les combats se sont néanmoins poursuivis. Des bulldozers ont détruit trois constructions, au nord du complexe présidentiel. Des tirs de mitrailleuse lourde ont été signalés sur l'immeuble abritant les bureaux personnels du Raïs palestinien. Les soldats israéliens ne sont toutefois pas entrés dans cette partie de l'immeuble et l'état-major affirme que les tirs étaient une riposte à des tirs venant de l'intérieur. Plus de 70 Palestiniens ont été arrêtés lors de l'exploration pièce par pièce du complexe par les soldats israéliens.
Le ministre palestinien Yasser Abed Rabbo, coincé dans l'immeuble avec Yasser Arafat, est parvenu à joindre l'agence Reuters par téléphone. Il a estimé que la vie du président palestinien était en danger et que Tsahal s'en prenait personnellement à lui. La président et son entourage se seraient réfugiés dans un autre bureau, à un étage inférieur, occupé à battre le rappel des pays arabes par téléphone pour obtenir des pressions contre Israël. Selon son récit, les gardes du corps de la présidence se battent contre les troupes israéliennes avec leurs armes personnelles. Le prince héritier d'Arabie saoudite, initiateur de la "déclaration de Beyrouth" adoptée jeudi par la Ligue arabe, a affirmé qu'il avait eu la garantie des Etats-Unis qu'aucun mal ne serait fait à Yasser Arafat.
Dans les murs d'enceinte du QG, des bulldozers israéliens ont ouvert au moins trois brèches suffisamment larges pour permettre à un char d'y pénétrer. La guérite de l'entrée principale dans l'enceinte du QG est entre les mains de fantassins israéliens. Des tireurs d'élite de Tsahal ont pris position dans des immeubles qui font face aux bâtiments du QG palestinien. A en croire les journalistes étrangers présents dans la ville, quelques combattants palestiniens circulent encore dans les ruelles, armés de Kalachnikov.
Rappel des réservistes
Ariel Sharon a prévenu que l'opération durerait "des semaines au moins". Le gouvernement israélien a rappelé plus de 10.000 réservistes. Ses troupes ont appelé les Palestiniens armés à se rendre. Entre-temps, treize factions palestiniennes, dont le Hamas, ont appelé "tous les groupes militaires à s'unir contre l'agression et à défendre le peuple palestinien dans la bande de Gaza et en Cisjordanie". Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), basé à Damas (Syrie), a menacé de frapper "chaque israélien" partout dans le monde. "Israël payera chèrement" la réoccupation de Ramallah, a menacé un porte-parole du Hamas Abdelaziz al-Rantissi. "Nous allons frapper partout en Israël", a-t-il dit, alors que la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, avait déjà menacé jeudi Israël d'une "vague" d'attentats. "Les prochains jours verront une intensification de la résistance palestinienne sans précédent", a déclaré pour sa part Khaled al-Batch, un haut responsable du Jihad islamique.
"J'espère que Dieu me permettra d'accéder au martyr" |
Retranché dans son bureau, le président palestinien a donné une interview dramatique à la chaîne du Qatar Al-Jazira, dans laquelle il a affirmé que les Israéliens "veulent faire de moi un prisonnier ou ils veulent me tuer, mais je serai un martyr. J'espère que Dieu me permettra d'accéder au martyr, a-t-il affirmé par téléphone, depuis son bureau encerclé par les chars. Nous avons des blessés et nous ne savons pas comment les transporter vers les hôpitaux. Nous irons à Jérusalem [même s'il y aura] des martyrs par millions", a-t-il martelé à quatre reprises. "Que tout le monde comprenne que personne dans le peuple palestinien ou dans le monde arabe ne se mettra jamais à genoux (..) mais nous irons en martyrs par millions à Jérusalem", a-t-il encore affirmé. Interrogé sur "l'offensive" du Premier ministre israélien Ariel Sharon, le président palestinien a affirmé "c'est la réponse israélienne à toute tentative de paix arabe car ils ne veulent pas la paix". |
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