Le gouvernement italien dans la tourmente

Par , le 21 mars 2002 à 17h59 , mis à jour le 18 octobre 2003 à 16h26

L’assassinat de Marco Biagi, conseiller du ministre du Travail, complique encore la situation de Silvio Berlusconi. Entre la menace de grève générale brandie par les syndicats et l’état d’urgence décrété pour lutter contre l’immigration clandestine, la coalition est de plus en plus ébranlée.

berlusconi gouvernement © INTERNE

Clandestins du "Monica", grève générale des syndicats pour protester contre les mesures favorisant les licenciements, assassinat du collaborateur du ministre du Travail précisément chargé de mettre en place cette réforme décriée : un an après son arrivée au pouvoir, la coalition hétéroclite montée par Silvio Berlusconi traverse sa passe la plus difficile.

Le retour des Brigades rouges ?

Dernier événement en date : la crainte de la résurgence du terrorisme d’extrême-gauche après le meurtre


Marco Biagi, tué mardi à Bologne-
de l'économiste Marco Biagi. Ce conseiller de Roberto Maroni, ministre du Travail, a été tué mardi soir devant son domicile à Bologne. Condamné par l’ensemble de la classe politique et syndicale, cet assassinat a été revendiqué mercredi après-midi par les Brigades Rouges.

Ce retour des BR intervient alors que le gouvernement est contesté sur sa politique sociale. Il tente en effet de réformer l’article 18 du statut du travailleur. Initié en partie par Marco Biagi, le projet prévoit de remettre en cause les différentes modalités de protection contre les licenciements abusifs. De là à penser que son assassinat est lié à sa fonction, il n’y a qu’un pas que les carabiniers devront confirmer ou infirmer. En attendant, les trois principaux syndicats italiens -Cgil (gauche), Csil (catholique) et Uil (modéré)- ont l’intention de maintenir la grève générale unitaire prévue fin avril. En hommage à Marco Biagi, ils organiseront également une retraite aux flambeaux à Rome et dans d'autres villes du pays mercredi prochain.

Etat d’urgence

Autre turbulence gouvernementale : l’affaire du "Monica", et plus globalement, le problème de l’immigration clandestine. Berlusconi doit gérer la colère de la Ligue du Nord. Les cadres du mouvement populiste n'hésitent pas à menacer de quitter la coalition de droite pour les prochaines élections en mai. L’hôte du Palais Chigi n’a pas tardé à donner des gages à Umberto Bossi. Alors que les mille passagers kurdes irakiens ont été transférés mardi à Bari, l’état d'urgence a été décrété mercredi au niveau national. Il donne des pouvoirs accrus aux autorités locales, notamment aux préfets, leur permettant de mieux gérer les situations de crise. Une révision des règles en matière de droit d'asile est aussi envisagée.

Face à cette situation intérieure critique, Silvio Berlusconi peut maintenant s’attendre à un clash au niveau diplomatique en fin de semaine. Attendu au Salon du Livre qui s’ouvre à Paris ce week-end -l’Italie est l’invitée d’honneur-, le président du Conseil doit normalement être accueilli par la ministre française de la Culture. Mais Catherine Tasca a d’ores et déjà annoncé qu’elle refuserait d’accomplir cette obligation protocolaire…

Par Fabrice Aubert le 21 mars 2002 à 17:59
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