La Ligue arabe accouche d'un texte

Par Léonard VINCENT, le 28 mars 2002 à 00h00 , mis à jour le 26 mars 2002 à 17h58

Le sommet de la Ligue arabe s'est achevé, avec l'accouchement difficile d'une version modifiée de l'initiative de paix saoudienne. Israël, comme il était prévisible, la juge "inacceptable" en l'état.

sommet arabe © INTERNE

Au lendemain de l'ouverture psychodramatique du sommet de la Ligue arabe à Beyrouth, les délégations ont achevé leurs travaux sur un consensus laborieusement obtenu autour de l'initiative de paix saoudienne. Et comme il était prévisible, l'Etat d'Israël a jugé "inacceptable" en l'état le texte voté, estimant que le point consacré au droit de retour des réfugiés signifiait "la destruction d'Israël". "Nous ne pouvons accepter un Etat palestinien indépendant, a ainsi déclaré à l'agence Reuters un porte-parole de la diplomatie israélienne, et d'autre part voir tous les Palestiniens venir en Israël." Depuis longtemps, Israël s'oppose à toutes les formulations jusqu'ici proposées du "droit de retour", estimant que la résolution 194 de l'ONU qui le mentionne est obsolète et confuse.

Un responsable américain a toutefois qualifié la "déclaration de Beyrouth" de "développement positif". Une position à peu de choses près identique à celle du député travailliste israélien et ancien ministre Yossi Sarid, qui l'a qualifié de "raisonnable" et "à développer".

Un difficile accouchement

Le texte adopté

DOCUMENT tf1.fr vous propose le texte de "l'initiative arabe de paix" adoptée jeudi à l'unanimité par le sommet arabe de Beyrouth, selon une traduction intégrale non officielle. Cliquez ici.

Conflit israélo-palestinien

A Beyrouth, une session de clôture était prévue à 10 heures locales, mais a été retardée de trois heures pour faire droit aux exigences libanaises sur cette question sensible des réfugiés palestiniens. La veille, un comité des pays voisins d'Israël avait été constitué sur proposition du président syrien Bachar al-Assad, pour régler les différents sur ce dossier, seul point d'achoppement des 22 pays arabes dans la résolution de "paix globale" avec l'Etat hébreu. L'initiative de paix présentée par le prince héritier d'Arabie saoudite a fait l'objet d'une publication à part de la cinquantaine de résolutions élaborées par les délégations, sous le titre de "déclaration de Beyrouth".

Une réunion a eu lieu toute la matinée, entre le ministre saoudien des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal, le président libanais Emile Lahoud et le Premier ministre jordanien Ali Abou Ragheb pour tenter de trouver un compromis sur la question des réfugiés à insérer dans le texte de la résolution finale.

Un haut responsable arabe ayant requis l'anonymat a expliqué qu'une première formulation, élaborée dans la nuit par le comité spécial, mentionnait "le règlement de la question des réfugiés conformément à la résolution 194 [de l'Assemblée générale de l'ONU, ndlr] et le refus de leur implantation en tenant compte des spécificités de chaque pays." Mais le Liban, où se trouvent de nombreux camps de réfugiés, refusait "toute implantation" dans les pays d'accueil et insistait pour que soit clairement formulée cette idée, qui selon elle est conforme au texte de l'ONU. Peu avant midi, un accord a été trouvé (voir ci-dessous).

Le psychodrame a pris fin

Entre-temps, la délégation palestinienne a décidé de rejoindre les travaux du sommet, après avoir bruyamment claqué la porte la veille. Furieux des manigances libano-syrienne pour empêcher que le discours de Yasser Arafat soit diffusé en direct aux délégations, les mandataires palestiniens avaient dénoncé le procédé et exigé des "explications". Même la délégation saoudienne avait demandé des "excuses" aux Palestiniens. Les Jordaniens avaient exprimé leur soutien, tandis que les Emiratis avaient réduit leur niveau de représentation à Beyrouth, en guise de protestations. Un sommet qui se voulait être historique virait peu à peu au fiasco. Afin de faire revenir les Palestiniens à de meilleures dispositions, un compromis sur le sujet a finalement été trouvé jeudi matin. Le président libanais Emile Lahoud a obtenu que soit distribué aux participants une copie écrite du discours du "vieux chef" palestinien, bloqué dans son QG de Ramallah.

Par Léonard VINCENT le 28 mars 2002 à 00:00
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