Nigeria : Safiya Husaini ne sera pas lapidée

Par F.L., le 25 mars 2002 à 17h01 , mis à jour le 25 mars 2002 à 17h14

Une cour d'appel islamique a acquitté Safiya Husaini, qui risquait la lapidation pour adultère, et dont la condamnation avait suscité des protestations dans le monde entier. Presque aussitôt, on apprenait qu’une autre Nigériane avait été condamnée à la même peine.

Safiya Husaini © INTERNE

Au Nigeria, les partisans de la loi islamique font de la résistance. Malgré les pressions internationales des défenseurs des droits de la femme et les appels du propre président nigérian, ils persistent à vouloir appliquer la charia dans toute sa rigueur. En témoignent les sorts de deux femmes reconnues coupables d’adultère par un tribunal islamique. La condamnation de la première, Safiya Husaini, à la lapidation, avait suscité un large mouvement de protestations dans le monde ; lundi, la cour d'appel islamique de l'Etat de Sokoto l’a acquittée. Mais peu après, une source officielle annonçait la condamnation d'une autre femme accusée d'adultère, vendredi dernier, par un tribunal de Bakori (Etat de Katsina).

La fracture nigériane

Le cas d'Amina Lawal risque de provoquer le même émoi au sein de la communauté internationale que l'affaire Safiya. Amina, divorcée depuis fin 2000, a déclaré à la cour qu'elle était sortie ces onze derniers mois avec un homme de son village, Yahaya Mohammed, affirmant qu'il lui avait promis de l'épouser si elle consentait à avoir des relations sexuelles avec lui. Alina Lawal est alors tombée enceinte, donnant naissance à une petite fille au début de l'année 2002. Elle a été arrêtée le 4 mars par des gens de son village. Vendredi dernier, devant la Cour, Mohammed a admis sa relation avec Amina, mais a nié avoir eu des relations sexuelles avec elle, et le tribunal a retiré les charges portées contre lui. Si la jeune femme ne fait pas appel, la condamnation à la mort par lapidation devra être approuvée par un conseil d'Etat sur la charia et par le gouverneur de l'Etat de Katsina, avant d'être exécutée.

Mais au-delà du sort de deux femmes jugées selon la charia, ces deux affaires mettent en lumière la terrible fracture qui traverse le Nigeria. La loi islamique y a été réintroduite depuis 2000 dans une douzaine d'Etats du nord, où l'islam est la religion dominante. Les chrétiens, majoritaires dans le sud du pays, mais minoritaires dans le nord, où ils ne représentent que 10% de la population, s'opposent à cette réintroduction qui place la justice entre les mains de tribunaux islamiques. Le 21 mars dernier, le gouvernement fédéral a d’ailleurs déclaré la charia contraire à la Constitution. Et déjà, en février 2000, le président Olusegun Obasanjo, un chrétien du sud, avait déclaré que l'application de la charia dans les affaires criminelles "violait la Constitution". Les tribunaux islamiques, pourtant, continuent à juger. Et après Safiya, c’est désormais Amina qui risque de mourir lapidée…

Photo d'ouverture : Safiya Husaini, acquittée lundi - DR

Par F.L. le 25 mars 2002 à 17:01
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