Pour Sharon, Arafat est désormais un "ennemi"

Par L.V., le 29 mars 2002 à 21h48 , mis à jour le 28 mars 2002 à 21h59

Alors que ses chars ont pris le contrôle du QG d'Arafat, le Premier ministre israélien a déclaré que son cabinet considèrerait dorénavant le président palestinien comme "un ennemi, qui à ce stade doit être isolé".

Ariel Sharon gros plan mars 2002 © INTERNE

Le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait convoqué son cabinet de sécurité jeudi soir, pour décider de la riposte à l'attentat dévastateur de Netanyia, mercredi soir, au cours duquel 22 personnes ont été tuées et une centaines d'autres blessés, dans la salle des fêtes d'un hôtel, un soir de fête de Pâque. Au bout de huit heures de discussions, le gouvernement d'Israël a décidé de passer à l'offensive contre le président palestinien Yasser Arafat, accusé de duplicité par l'Etat hébreu (lire notre article "Le QG d'Arafat sous contrôle israélien"). Ariel Sharon, le visage fermé et la voix grave, a annoncé lors d'une conférence de presse télévisée vendredi matin que son "gouvernement a décidé de considérer Arafat, qui est à la tête d'une coalition terroriste, comme un ennemi, qui à ce stade doit être isolé."

Conflit israélo-palestinien

Les déclarations de ce dernier, qui s'était in extremis prononcé hier soir pour "un cessez-le-feu immédiat et sans condition", n'y ont rien fait. Dans la nuit, le président palestinien avait annoncé une série d'opérations de police contre le Hamas et le Jihad islamique, mais en vain. Pour le Premier ministre israélien, les Palestiniens "ont fait échouer la mission de l'émissaire américain Anthony Zinni", citant à l'appui de son affirmation l'attentat de Netanyia et deux infiltrations meurtrières dans des colonies juives, jeudi soir et vendredi matin. "Tout cela s'est produit dans un moment où la main d'Israël était tendue vers la paix", tandis qu'en réponse à ses efforts, l'Etat hébreu n'avait eu que "du terrorisme, du terrorisme et plus de terrorisme." En conséquence, "face à l'escalade du terrorisme, nous avons donné notre feu vert à l'armée, et nos forces se trouvent déjà à la Moukataa [le QG de M. Arafat, ndlr] où elles poursuivent leur action jusqu'à son terme", a poursuivi Ariel Sharon.

Abstention de Shimon Peres

Prenant la parole ensuite, le ministre travailliste de la Défense, Benyamin Ben Eliezer, a affirmé qu'Israël n'avait pas l'intention de reconquérir à proprement parler les territoires autonomes, et qu'il était prêt à se retirer dès qu'un cessez-le-feu entrerait en vigueur. Le seul objectif de Tsahal, selon lui, est de "combattre l'infrastructure du terrorisme". A la tribune, le visage fermé et les traits tirés, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres n'a pas dit un mot. Au cours de la réunion du cabinet, il n'avait pas approuvé le lancement de l'opération militaire. Lui et son collègue Matan Vilnai s'étaient officiellement abstenus. Tout au plus sait-on qu'il avait obtenu, en compagnie des ministres travaillistes, que le gouvernement n'adopte pas de mesure de bannissement à l'encontre de Yasser Arafat.

La réplique de l'appareil politique palestinien est claire. Le ministre palestinien Saëb Erakat, de retour du sommet arabe de Beyrouth, a qualifié les membres du cabinet de sécurité de "criminels de guerre". "Le gouvernement israélien, a-t-il déclaré à l'agence Reuters, qui pratique le terrorisme d'Etat, a déclaré une guerre totale et Sharon a l'intention de détruite l'Autorité palestinienne et le processus de paix." Dans l'interview qu'il a donnée à Al-Jazira depuis son QG de Ramallah, Yasser Arafat a qualifié Ariel Sharon "d'épicentre du terrorisme", affirmant que les Palestiniens ne craignaient pas ses offensives. Celle du matin est, selon lui, la réponse d'Israël à l'initiative de la Ligue arabe adoptée la veille à Beyrouth. Il a appelé les Etats-Unis à intervenir pour éviter un conflit régional.

De son côté, l'émissaire américain Anthony Zinni a fait savoir qu'il ne quitterait pas la région. Il doit rencontrer séparement Israéliens et Palestiniens dès aujourd'hui et a promis personnellement à Yasser Arafat, avec qui il s'est entretenu par téléphone, de s'efforcer de "calmer les choses".

Inquiétudes internationales

Le Liban, qui assure la présidence du sommet de la Ligue arabe, a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis, la Russie et l'UE à intervenir pour stopper "l'agression israélienne barbare". L'Egypte, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, considère qu'Israël a déclaré "la guerre", qualifiant l'occupation de Ramallah "d'agression et d'acte stupide". Cité par Radio Israël, le représentant de la diplomatie européenne Javier Solana a réaffirmé qu'à ses yeux Yasser Arafat était le représentant légitime du peuple palestinien.

La Russie, co-parrain du processus de paix au Proche-Orient, envisage de "nouvelles démarches" communes avec Washington, l'UE et l'ONU pour enrayer "la dynamique alarmante" de la situation dans la région, ont vendredi indiqué des sources russes, citées par Interfax. A Paris, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a déclaré que la solution au conflit entre Israël et Palestiniens ne sera pas trouvée "à coups de chars" contre la résidence de M. Arafat.

Par L.V. le 29 mars 2002 à 21:48
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