Serbie : le vice-Premier ministre aux arrêts

Par Léonard VINCENT, le 15 mars 2002 à 15h11 , mis à jour le 15 mars 2002 à 15h24

L'ancien chef d'état-major de l'armée yougoslave a été arrêté par la police militaire. Il est soupçonné d'espionnage au profit des Etats-Unis. Momcilo Perisic est, depuis 1998, un leader de l'opposition démocratique et occupe le poste de vice-Premier ministre de Serbie.

Photo : Srdjan Suki (AFP) © INTERNE

"M. Perisic a été arrêté par la police militaire, nous n'avons pas d'autre information. Cela s'est produit dans la nuit, à Belgrade." Ce sont les seules informations dont dispose pour l'heure le bureau du vice-Premier ministre serbe, Momcilo Perisic, ancien chef d'état-major de l'armée yougoslave limogé en 1998 par Slobodan Milosevic. La cour militaire a expliqué dans la soirée que Peresic est soupçonné d'"espionnage et de divulgation de secret militaire". Son directeur de cabinet Nejbosa Mandic a déclaré qu'il ignorait le lieu de détention de l'ancien général de l'Armée populaire yougoslave (JNA), devenu l'une des figures les plus éminentes de l'opposition démocratique après avoir publiquement critiqué la politique de Belgrade au Kosovo.

Couvert par l'immunité parlementaire, Momcilo Perisic est toutefois susceptible d'être poursuivi pour des crimes dont la peine excéderait cinq ans de prison. La radio B92, généralement bien informée, indique que la rumeur à Belgrade veut que l'ancien gradé ferait l'objet d'une enquête pour espionnage, coupable d'avoir transmis des secrets militaires à l'administration américaine. Peut-être est-ce la raison pour laquelle un responsable de l'ambassade des Etats-Unis à Belgrade a été arrêté et détenu pendant quinze heures dans la nuit de jeudi à vendredi, pour avoir "rencontré un haut responsable du gouvernement serbe dans un restaurant", selon des sources diplomatiques américaines.

Ce haut gradé de la JNA, francophone, marié et père de deux enfants, a souvent été taxé de sympathies pro-américaines. Son absence de la scène politique durant la guerre au Kosovo et la campagne de bombardements de l'Otan, qui a traumatisé les Serbes, a poussé certains fidèles de l'ancien régime à l'appeler "le général américain".

Dissident courageux ou criminel de guerre

Agé de la 58 ans, Momcilo Perisic a été un brillant officier du premier cercle du pouvoir yougoslave, avant de devenir l'un des leaders politiques les plus en vue. En 1991, proche des socialistes réformateurs de Zoran Lilic, c'est l'officier serbe Perisic qui dirigeait l'Ecole d'artillerie de Zadar, en Croatie. Lorsque les combats font rage entre les forces de Zagreb et les troupes fédérales autour de la ville, les Croates l'accusent de crimes de guerre. Jugé in absentia, il écope de 20 ans de prison. Il rejoint alors la Bosnie, où il a la charge de la quasi-totalité du territoire de Herzégovine. En mai 1992, il supervise avec succès le retrait des troupes fédérales hors du territoire, laissant une guerre fratricide aux mains des milices. De retour sur le territoire serbe, il est nommé chef d'état-major de la JNA et le restera durant toute la guerre de Bosnie, y compris en juillet 1995, lors du massacre de Srebrenica, où les troupes fédérales ont joué un rôle non négligeable.

C'est en 1998 que le différent avec Slobodan Milosevic se fait jour avec le plus de violences. Il critique ouvertement la politique de répression menée au Kosovo et est immédiatement limogé. Durant l'essentiel des bombardements de l'Otan, de mars à juin 1999, il se réfugie en province et ne revient à Belgrade que quelques semaines avant la signature des accords de Kumanovo, entérinant la défaite serbe dans la province du sud albanais. Avec un ancien officier ayant participé aux négociations de Dayton, il fonde alors, au beau milieu de la galaxie de partis politiques qui fleurissent à Belgrade, le Mouvement pour une serbie démocratique (PDS). Il se joint à la coalition démocratique DOS, qui renverse le régime Milosevic en octobre 2000. Ses liens privilégiés avec l'armée sont plus qu'utiles lorsqu'il s'agit de protéger le soulèvement populaire. Il est nommé vice-Premier ministre de Serbie en janvier 2001.

Par Léonard VINCENT le 15 mars 2002 à 15:11
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