Zinni is back

Par Léonard VINCENT, le 14 mars 2002 à 00h00 , mis à jour le 13 mars 2002 à 17h23

L'émissaire américain Anthony Zinni est arrivé ce jeudi au Proche-Orient. Il a reçu mandat d'établir un cessez-le-feu efficace, sur le modèle du plan de l'ancien directeur de la CIA, George Tenet.

Photo : Sven Nackstrand (AFP) © INTERNE

Le mandat de l'émissaire américain Anthony Zinni est simple à formuler et dur à appliquer. Selon le quotidien israélien Ha'aretz, il s'agit ni plus ni moins de mettre en œuvre, immédiatement et sans réserves, le "plan Tenet" de retour au calme, élaboré l'année dernière par l'ancien directeur de la CIA George Tenet (voir ci-dessous). L'ancien général des US Marines, dépêché par le président George W. Bush, est arrivé jeudi après-midi au Proche-Orient pour une mission de conciliation entre Israéliens et Palestiniens, après 17 mois de violences et de terreur. Il a rencontré Ariel Sharon dans la soirée, avant les autorités palestiniennes vendredi.

Une première tentative d'application du plan Tenet avait achoppé sur l'impossibilité de maintenir un calme absolu dans les territoires autonomes. A l'époque, Ariel Sharon exigeait une "période test" de sept jours sans violences, dont il était seul juge, pour envisager d'autres alternatives et une reprise des négociations. De son côté, Yasser Arafat avait soufflé le chaud et le froid, en s'engageant à respecter le cessez-le-feu, tout en laissant la bride sur le cou des plus radicaux de ses hommes.

Certes, le Premier ministre israélien a renoncé à cette exigence intenable. Et le vote, dans la nuit de mardi à mercredi, d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, semble donner une base à Anthony Zinni pour mener des pourparlers efficaces. Unanimement saluée, le texte mentionne pour la première fois "la vision d'une région dans laquelle deux Etats, Israël et la Palestine, vivent côte à côte à l'intérieur de frontières reconnues et sûres". En toile de fond se trouve également l'initiative saoudienne, consistant à proposer à Israël la normalisation de ses relations avec l'ensemble du monde arabe, en échange du retrait des troupes israéliennes au-delà des frontières franchies lors de la Guerre des Six jours en 1967 (Cisjordanie, bande de Gaza, plateau du Golan et moitié est de Jérusalem).

Au chevet d'une situation explosive

Mais pour l'heure, la situation est critique (Cliquez ici pour lire notre article "Ramallah : un journaliste mortellement atteint"). Armée israélienne et activistes palestiniens se font face ou s'affrontent, dans le dédale des rues de Ramallah ou de Tulkarem, autour des routes assurant la jonction entre les colonies juives, le long de la Ligne verte séparant les territoires autonomes et le territoire d'Israël. Au cœur des villes israéliennes, la terreur semée par les porteurs de bombes asphyxie la population. Des échanges de feu font craindre à l'état-major israélien que le Hezbollah libanais n'ouvre délibérément un nouveau front à la frontière nord, pour soulager les combattants palestiniens.

Dans les villes palestiniennes, les brutales incursions de Tsahal — qui, officiellement, est à la poursuite des terroristes responsables des massacres commis dans les villes israéliennes — et les combats de rues qui s'en suivent tétanisent les citoyens arabes. Ramallah, qui était jadis connu comme la "Tel-Aviv de Cisjordanie" pour sa vie économique et sa douceur de vivre, a été presque intégralement occupée par les militaires israéliens dès mardi. Le président palestinien Yasser Arafat est calfeutré dans son QG. Peu avant l'arrivée de l'émissaire américain dans la région, Ariel Sharon a donné ordre à son ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer de retirer les troupes de la ville "par étapes" (Voir notre article "Sharon ordonne un retrait graduel").

"La décision du gouvernement israélien de réoccuper Ramallah n'a laissé aucun espoir pour la réussite de la mission Zinni", avait affirmé mercredi le principal négociateur palestinien Saëb Erakat. Le cabinet de sécurité israélien avait en effet annoncé qu'ordre avait été donné de mener à son terme l'opération de Ramallah, baptisée "Bientôt chez toi", même en présence d'Anthony Zinni. Une réunion houleuse des ministres en charge des questions de sécurité en a décidé ainsi, même si une violente altercation a opposé Ariel Sharon et Benyamin Ben Eliezer, qui avait donné ordre à ses troupes de stopper leur avance, sans l'avis de son Premier ministre.

Le plan Tenet

Le plan mis au point par les belligérants et George Tenet, au mois de juin dernier, prévoit que l'armée israélienne fasse les premiers pas dans les 48 heures, en se retirant notamment derrière les lignes qu'elle occupait avant le déclenchement de l'Intifada, le 28 septembre 2000, et en levant le bouclage imposé aux territoires palestiniens. Pour leur part, les Palestiniens doivent procéder à l'arrestation d'un certain nombre de militants, mentionnés dans une liste fournie par Israël, faire cesser les incitations à la violence par les médias et arrêter les attaques de cibles israéliennes. Cinq jours plus tard, les deux camps doivent théoriquement se rencontrer à nouveau pour évoquer les étapes nécessaires pour consolider le cessez-le-feu et la mise en œuvre du "rapport Mitchell", permettant une reprise des négociations.

Par Léonard VINCENT le 14 mars 2002 à 00:00
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