© INTERNE"Samedi, je resterai à la maison avec mon mari" : Lolita est Tchétchène et comme des centaines d'Africains ou d'Azerbaïdjanais elle restera cloîtrée chez elle à Moscou le jour anniversaire de la naissance d'Hitler par peur d'être attaquée par des skinheads. "Travailler ou ne pas travailler samedi", c'est l'unique sujet de conversation sur le marché de Dynamo (nord-ouest de Moscou) parmi les vendeurs originaires de Géorgie, d'Azerbaïdjan ou du Tadjikistan. Rafi, un colosse azerbaïdjanais moustachu affirme que les "crânes rasés" ne lui font pas peur. "J'ai besoin de travailler pour nourrir ma famille. Qu'ils viennent, je les attends. Sous le communisme, c'était mieux, il n'y avait qu'un seul pays, on se battait ensemble à Berlin ou à Kaboul", regrette-t-il. Nikolaï, Géorgien, hésite. "Je n'ai pas encore décidé. On a raconté des choses tellement horribles à la télévision", confie-t-il en épluchant ses oignons. S'il travaille, ce sera en tout cas sans sa femme qui restera chez eux avec leur fils.
"Nous allons tuer tous les étrangers pour fêter la naissance d'Hitler"
Les marchands ont quelque raison d'avoir peur. Une descente de néo-nazis a fait trois morts en octobre dernier - un Azerbaïdjanais, un Tadjik et un Indien - sur le marché de Tsarytsino (sud de Moscou). Mais la tension est nettement plus vive depuis quelques jours parmi cette communauté d'immigrés où nul n'ignore plus qu'Hitler est né un 20 avril grâce à un message électronique d'un groupe de skinheads, envoyé à de nombreuses ambassades et auxquels les médias ont fait un large écho. "Le nombre d'étrangers est un problème que nous allons résoudre. Nous allons tuer tous les étrangers pour fêter la naissance d'Hitler". Le message, écrit en mauvais anglais, est signé Ivan. L'ambassade du Gabon l'a reçu lundi. "Nous avons sensibilisé nos étudiants pour qu'ils ne sortent pas, ou s'ils sont obligés de le faire, pour qu'ils sortent en groupe", confie un conseiller de l'ambassade Sébastien Nzigou. "La psychose est bien là. Depuis quelques mois déjà, je ne prenais plus les transports en commun après avoir été frappé au visage un soir", ajoute-t-il.
Moins de 10% de xénophobes actifs en Russie
L'ambassadeur du Congo à Moscou, Jean-Pierre Louyebo, a mis en place une permanence spéciale. "La situation m'inquiète de plus en plus. Les skinheads ne se cachent plus, ils nous préviennent d'avance. Nous avons donné pour consigne à nos ressortissants d'éviter les attroupements et les sorties inutiles", confie l'ambassadeur. La vigilance a également été conseillée aux quelque 200 élèves du lycée français. Et la presse russe s'est emparée du sujet. "Les skinheads tapent dur, frappent leurs victimes à coups de pied et leur cassent des bouteilles sur la tête", écrit le quotidien Novyé Izvestia tandis que l'hebdomadaire MN a donné la parole à un skinhead.
"Au lieu d'inspirer l'indignation, les journalistes suscitent de l'intérêt pour ce phénomène", accuse le sociologue Iouri Levada. "Il y a moins de 10% de xénophobes actifs en Russie mais ce qui est extraordinaire c'est la tolérance de la société vis à vis de l'extrémisme. C'est là qu'est la vraie menace", ajoute-t-il. Selon le ministère de l'Intérieur, quelque 10.000 Russes - sur une population de 144 millions - seraient membres d'organisations racistes. "Les autorités n'ont pas réagi et puni à temps. Cette impunité a encouragé" les extrémistes, accuse Alexandre Axelrod de la Ligue anti-diffamation, ajoutant que c'est "toute la société qui doit être soignée contre le racisme". Selon la Ligue, il y a eu près d'une centaine d'incidents racistes depuis le début de l'année, en forte augmentation par rapport à 2001. Le dernier en date : un Afghan a été battu à mort lundi par des skinheads en plein centre-ville.
Plusieurs milliers de policiers seront mobilisés pour ce week-end à haut risque : outre l'anniversaire d'Hitler, un match de football important est prévu dimanche. La police russe lance une opération nationale pour prévenir les actes racistes.
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