L'armée d'Israël continue sa traque

Par Léonard VINCENT, le 02 avril 2002 à 11h12 , mis à jour le 02 avril 2002 à 12h29

Les troupes israéliennes ont continué leurs offensives sur deux nouvelles villes de Cisjordanie et un faubourg de Ramallah. L'Etat hébreu a déclaré être à la recherche des complices du terrorisme au sein de l'Autorité palestinienne.

israel palestine char israélien tourelle © INTERNE

Au cinquième jour de l'opération "Bouclier défensif", les Forces de défense israéliennes ont pris le contrôle des villes de Bethléem et Tulkarem. Dans la matinée de mardi, des unités d'infanterie appuyées par des chars ont, de plus, eu raison du quartier général de la Sécurité préventive israélienne en Cisjordanie, à Beitunia, un faubourg de Ramallah. Cette dernière place forte de la ville, défendue par des policiers palestiniens en arme, était le poste de commandement du chef palestinien Jibril Rajoub, qui fut jusqu'à une date récente un interlocuteur fréquent du gouvernement d'Israël, à tel point que Yasser Arafat l'avait violemment pris à partie le mois dernier.

Selon le site Internet du quotidien Ha'aretz, quelque 200 Palestiniens en armes qui s'y étaient retranchés se sont rendus à Tsahal, alors que 200 autres résistent encore. En vertu d'un accord négocié par les Etats-Unis, les hommes arrêtés seront détenus par l'Etat d'Israël 24 heures, afin d'être identifiés, tandis que les unités de Tsahal auraient l'autorisation de fouiller l'immeuble.

Des sources militaires israéliennes ont en effet affirmé que Jibril Rajoub avait donné refuge à près de 35 militants arabes, figurant sur la liste des hommes les plus recherchés par Israël, notamment le secrétaire général du Fatah de Yasser Arafat en Cisjordanie, Marwan Barghouti. Cet homme charismatique et tempétueux, bien qu'accusé de longue date d'être l'une des plus importantes courroies de transmission du terrorisme, n'avait jamais été arrêté par Israël, en raison du soutien populaire dont il jouit.

Pression sur les VIP palestiniens

Conflit israélo-palestinien

Sur le front politique

Parallèlement aux opérations militaires de l'armée israélienne, le front politique est toujours aussi agité. Alors que des tiraillements se font jour au sein du gouvernement d'Israël, des débuts de concessions sont faites sur le terrain. Cliquez ici pour lire l'article.

En milieu de matinée, des tanks et des hélicoptères israéliens avaient ouvert le feu sur le grand bâtiment carré, percé de petites fenêtres blindées, exigeant la reddition des militants armés, dont certains auraient été exfiltrés de la bande de Gaza. Le quotidien Ha'aretz, sans citer de source, affirme que des experts du Hamas et du Fatah, spécialisés dans la fabrication de bombes et l'organisation d'attentats, se trouvaient à l'intérieur.
 
Interrogé par Radio Israël, Jibril Rajoub, lui-même absent de Ramallah, avait précisé que Marwan Barghouti ne s'y trouvaient pas. Il avait ajouté qu'il n'avait pas "éduqué son peuple à se rendre. (…) Je ne peux donner aucun autre ordre que celui de se battre jusqu'à la dernière balle."

L'armée israélienne a, par ailleurs, annoncé que le couvre-feu en vigueur à Ramallah avait été levé dans l'après-midi, sauf autour du QG de Yasser Arafat, de manière à permettre aux civils de se ravitailler. Le site Internet de Tsahal a publié la liste des denrées livrées au bureau présidentiel de Yasser Arafat, incluant plusieurs dizaines de kilos de nourriture, de l'eau minérale et des médicaments.

La pression exercée sur Marwan Barghouti explicite toutefois un peu plus les objectifs d'Israël, qui affirme mener l'opération de police que Yasser Arafat n'a jamais voulu mener, pour démanteler les réseaux terroristes et leur complicité interne, au sein de l'Autorité palestinienne. Le renforcement de la pression sur Jibril Rajoub et ses hommes n'avaient toutefois pas fait l'unanimité au sein du cabinet de sécurité israélien. Plusieurs responsables de la sécurité avaient fait valoir que le chef de la Sécurité préventive palestinienne en Cisjordanie, avec lequel Yasser Arafat était rentré en conflit récemment, est l'un des hommes avec qui Israël pouvait négocier.

Scènes de guerre dans Bethléem

Au sud de Jérusalem, des combats de rues ont lieu dans la ville autonome de Bethléem, notamment autour de la place Manger, près de l'Eglise de la Nativité. Selon des images d'agence, des Palestiniens armés affrontent les troupes israéliennes autour de cette place, alors que les tanks de Tsahal sont postés en retrait, ripostant à la mitrailleuse lourde. Un soldat israélien aurait d'ores et déjà été légèrement blessé dans l'échange de feu. Selon le site de Ha'aretz, les Palestiniens auraient tiré à la roquette sur les tanks israéliens, sans faire de victime.

Une étrange histoire est venue révéler l'ampleur de la confusion des combats et la difficulté d'obtenir des informations dans cette zone de guerre urbaine. En fin de matinée, l'agence catholique MISNA a affirmé qu'une personnalité catholique de haut rang, le frère salésien Jacques Amateis, avait été tué dans une église de Bethléem, au cours de féroces combats où des Palestiniens armés tentaient de repousser l'avancée de chars israéliens. Mais peu après, l'agence officielle du Vatican, Fides, affirmait quant à elle que Jacques Amateis était bel et bien vivant. Par la suite, l'agence MISNA, par la voix de son rédacteur-en-chef, a confirmé que l'information faisant état de la mort de M. Amateis était erronée, affirmant que M. Amateis avait téléphoné à sa mère en Italie, ainsi qu'à la nonciature de Jérusalem. On ignore donc l'identité de la victime, tuée au cours des combats dans ou autour de l'église de la Nativité de Bethléem.

Menaces autour de Naplouse

Une Palestinienne a été tuée par des tirs israéliens, alors qu'elle quittait l'hôpital de Ramallah. Quelques heures plus tard, le directeur de l'hôpital a annoncé que ses services avaient commencé à enterrer des corps de victimes de la réoccupation israélienne de la ville dans le jardin, en raison de la saturation de la morgue et de l'impossibilité d'atteindre le cimetière. Un Palestinien de 13 ans a été tué par des tirs israéliens au check point d'Al-Toufah, à Khan Younès, au sud de la bande de Gaza. Plusieurs chars et bulldozers et un véhicule de déminage israéliens ont pénétré en zone autonome près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, et tiré sur des positions de la sécurité publique palestinienne, suite à une explosion dans la matinée près du point de passage de Soufa, reliant le territoire à Israël, qui a endommagé un char israélien. En début d'après-midi, un photographe de l'Agence France Presse a fait savoir que des tanks de l'armée d'Israël se massaient aux alentours de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.

Par Léonard VINCENT le 02 avril 2002 à 11:12
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