L'armée israélienne évacue Jénine

Par Léonard VINCENT, le 18 avril 2002 à 11h02 , mis à jour le 18 avril 2002 à 11h02

Au lendemain de l'apparent échec de Colin Powell, Israël a commencé à retirer ses troupes de Jénine. Même si un porte-parole militaire ne parle que d'un "retrait partiel" de Jénine, l'Etat hébreu espère achever son retrait "d'ici dimanche" de toutes les villes autonomes.

israel palestine jenine apres evacuation 18 avril 2002 © INTERNE

Comme annoncé par le gouvernement d'Israël, Tsahal a commencé en début de matinée à retirer ses troupes du camp de réfugiés de Jénine. Ce retrait, pour l'heure qualifié de "partiel" par un porte-parole militaire à Jérusalem, intervient au lendemain du départ de Colin Powell, dont la mission a peut-être été moins inutile qu'il n'y paraît. "C'est totalement détruit, c'est comme si un tremblement de terre avait touché le camp, a déclaré l'envoyé spécial de l'ONU Terje Roed-Larsen, qui a visité le camp avec des délégués des Nations unies et de la Croix-Rouge. C'est absolument inacceptable, d'une horreur qui dépasse l'entendement".

Mais le gouvernement israélien, par la voix du porte-parole de Shimon Peres Gideon Meir, a réfuté cet emportement : "La communauté internationale et la presse croient aux mensonges et ne demandent pas de preuves aux Palestiniens. Où sont les preuves ? Il y a dévastation, il n'y a pas de massacre", a-t-il noté. "Contrairement à la plupart des militants des droits de l'Homme, [M. Terje Roed-Larsen] connaît les faits et a visité les endroits où les terroristes ont lancé des attentats-suicides. Il sait pourquoi Israël est à Jénine", a-t-il ajouté. Le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer a en outre fait savoir que, sur 48 corps retrouvés dans les décombres de la ville, 45 portaient l'uniforme du Jihad islamique.

L'Autorité palestinienne, de son côté, n'a pas eu de mots assez durs pour qualifier la "partialité" du secrétaire d'Etat américain et le "sabotage" de sa mission par Ariel Sharon. Colin Powell a atterri dans la nuit à Washington et doit rendre compte de son voyage au président George W. Bush, alors que ce dernier est pressé par ses conseillers conservateurs de soutenir plus activement Israël et freiné par les chancelleries occidentales de s'engager trop partialement.

Deux derniers points de crispation

Le travailliste Benyamin Ben Eliezer avait annoncé plus tôt que les troupes des Forces de défense israéliennes (IDF) se retireraient "d'ici à dimanche de Naplouse et Jénine, et partiellement de Ramallah." Si les unités blindées des IDF ont pris position autour de Jénine après s'être retirées du centre-ville et du camp de réfugiés, elles n'ont pas encore fait mouvement à Naplouse, Bethléem ou Ramallah, où se trouve le QG de Yasser Arafat.

Ces deux dernières villes risquent d'ailleurs de demeurer les points les plus chauds de Cisjordanie. Les négociations menées autour de la Basilique de la Nativité de Bethléem semblent au point mort. Benyamin Ben Eliezer a répété que les Palestiniens armés qui s'y sont réfugiés devaient "soit être jugés, soit expulsés." Et Israël continue d'exiger de l'Autorité palestinienne, dont l'essentiel de l'exécutif se trouve toujours dans le palais de la Mouqataa de Ramallah, qu'elle livre les assassins du ministre du Tourisme Rehavam Ze'evi, retranchés eux aussi dans le complexe présidentiel. Le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres a estimé qu'il fallait faire appel à des "solutions créatives" pour résoudre les équations complexes autour de ces deux points de crispation, qui pourraient à terme devenir les derniers. Shimon Peres, considérablement affaibli par le coup de barre à droite qu'Ariel Sharon a donné à son gouvernement la semaine dernière, ainsi que par l'impasse politique dans laquelle il se trouve, a dit s'attendre à "une période très sensible".

Quelques nouveautés malgré tout

A Washington et à New York, les diplomates américains et onusiens se trouvent face à une apparente impuissance, après que Colin Powell n'a quasiment rien obtenu de l'Etat hébreu et de l'Autorité palestinienne. Mais le chef de la diplomatie américaine, qui a fait savoir qu'il pourrait retourner dans la région d'ici quelques semaines, a laissé sur place son adjoint William Burns et l'émissaire Anthony Zinni. Le directeur de la CIA George Tenet pourrait également se rendre au Proche-Orient, afin de trouver des mécanismes de coopération sécuritaire israélo-palestinienne, pour redonner confiance aux uns et aux autres.

Echaudés par le semblant d'échec de Colin Powell, les pays arabes s'efforceraient de pousser le Conseil de sécurité de l'ONU de voter une nouvelle résolution, exigeant le retrait israélien des zones autonomes de Cisjordanie. Mais il est peu probable qu'ils y parviennent. La rédaction d'une quatrième résolution en un mois se heurtera probablement à un veto américain et à la crainte des pays occidentaux que cela n'envenime la situation sur le terrain. A la mi-journée, lors d'un discours prononcé à huis-clos, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a demandé une nouvelle fois "le déploiement d'une force multi-nationale armée dans les territoires palestiniens occupés".

Infiltrations ratées

Quatre Palestiniens armés ont essayé de s'infiltrer mardi soir dans l'implantation juive de Dagit, dans la bande de Gaza. L'un d'eux a été abattu par les soldats israéliens qui surveillent les abords de la colonie, tandis que ses trois complices se sont enfuis. Des grenades et des explosifs ont été trouvés près du corps du Palestinien tué. D'autre part, un jeune homme a été tué par balles, dans la nuit, alors qu'il essayait de s'infiltrer dans la bande de Gaza depuis l'Egypte. Selon Le Caire, cet égyptien de 23 ans voulaient aller se battre aux côtés des Palestiniens en pénétrant illégalement sur le territoire israélien.

Par Léonard VINCENT le 18 avril 2002 à 11:02
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