© INTERNEResponsable d'assassinats de dirigeants, inspirateur de missions suicides, organisateur de meurtriers combats… Le portrait de Velupillai Prabhakaran est pour le moins sanglant. Une image qu'il tente aujourd'hui de changer en troquant ses habits de militaire pour ceux plus respectable d'homme politique. Une tâche peu évidente pour celui qui porterait une capsule de cyanure autour du cou, au cas où il serait capturé par l'armée cingalaise et qui traîne une réputation de combattant impitoyable.
Sanglante guérilla
Figure historique de la lutte armée contre l'Etat cingalais, Velupillai Prabhakaran est né en 1954 dans la péninsule de Jaffna, au nord du Sri Lanka. Dès l'adolescence, prenant conscience des discriminations dont sont victimes les Tamouls, il s'engage contre le gouvernement. Politiquement puis militairement. En 1972, il fonde le mouvement rebelle des "Tigres de Libération de l'Eelam tamoul". Son objectif : la création d'un état tamoul indépendant au nord du pays. Dans les années 80, la guérilla commence à ensanglanter le pays. Pour renforcer sa lutte, Velupillai Prabhakaran crée une section de terroristes kamikazes appelé les "Tigres noirs".
Le leader de l'Eelam mettra dès lors un point d'honneur à choisir lui-même les combattants chargés des missions suicides. Après un dernier dîner en compagnie du chef vénéré, l'élu partait faire sauter les explosifs plaqués sur son corps.
217 combattants ont déjà accompli cet ultime sacrifice depuis le premier attentat de ce type en 1987. Des actions particulièrement efficaces dont seront victimes un des présidents du Sri Lanka, Ranasinghe Premadasa et l'ancien premier ministre indien, Rajiv Gandhi. L'actuelle présidente, Chandrika Kumaratunga, a échappé de justesse à l'un de ces attentats, perdant un œil dans l'explosion.
Evolution positive
Les premiers signes de changement chez le chef suprême des Tigres remontent à novembre 2000. Lors d'une rencontre avec l'émissaire de paix norvégien, Erik Solheim, il parvient à convaincre ce dernier de sa volonté de trouver une issue au conflit. Il entame des négociations avec le gouvernement et est parvenu récemment à un accord sur la mise en place d'un cessez-le-feu. Autre signe de détente, la décision commune de rouvrir à la circulation une autoroute reliant le nord du pays qui avait été l'objet de sanglants combats faisant plusieurs milliers de morts des deux côtés.
Velupillai Prabhakaran, combattant de la liberté pour les uns, incarnation du diable pour ses adversaires, semble aujourd'hui décider à faire des compromis. Celui qui reste recherché par Interpol, affichera mercredi sa nouvelle respectabilité lors d'une conférence de presse dans son repère de Kilinochchi au nord du pays. Une première depuis douze ans.
Un espoir de paix est enfin permis au Sri Lanka. Surtout si Velupillai Prabhakaran réitère son discours de novembre dernier. Il avait alors déclaré pour la première fois que sa lutte ne visait pas à l'indépendance et qu'il était prêt à chercher un accord sur l'autonomie politique.
Les Tigres ne renoncent pas à la lutte |
Selon les propos tenus par Velupillai Prabhakaran, leader des Tigres tamouls, au cours de sa conférence de presse dont il avait proscrit les caméras, les conditions pour que son organisation renonce à la lutte armée ne sont pas réunies. Il a réaffirmé sa volonté de voir le gouvernement sri lankais reconnaître le droit à un pays et à l'autodétermination pour la minorité tamoule. Il a également posé comme conditions préalables à la tenue de négociations, la levée par les autorités de Colombo de l'interdiction de son mouvement. |
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