Le Liban sud, l'autre front d'Israël

Par Léonard VINCENT, le 09 avril 2002 à 00h00 , mis à jour le 08 avril 2002 à 17h59

Mobilisation de réservistes, avertissements à la Syrie et au Liban : Israël semblait se préparer à l'ouverture d'un front sur sa frontière nord. L'ennemi désigné est le Hezbollah, qui depuis le Liban voudrait pousser Israël à se battre en Galilée, pour soutenir les Palestiniens.

liban hezbollah homme porte drapeau © INTERNE

De petites routes de goudron qui ne mènent nulle part, des collines arides, de vastes plaines plantées de vergers, des blocs de béton, un mur de grillage et des barbelés. C'est le paysage du Liban sud. A l'est, en altitude, s'étendent les quelques kilomètres carrés du secteur de Chebaa. Pêle-mêle dans les collines, quelques fermes isolées et des postes militaires. Côté libanais, ce sont les miliciens chiites du "Parti de Dieu", le Hezbollah, qui font la loi. Leur drapeau jaune, au centre duquel un bras noir brandissant un fusil AK-47, flotte sur l'essentiel de la zone frontalière, 82 kilomètres entre l'est syrien et la mer Méditerranéenne. De l'autre côté de la frontière, c'est Israël.

Conflit autour de la "ligne bleue"

Conflit israélo-palestinien

Né dans la plaine de la Bekaa aux côtés des combattants iraniens durant la guerre civile, le Hezbollah a toujours eu pour ennemi les troupes d'Israël (voir ci-dessous). En 1982, d'abord, lors de l'opération "Paix en Galilée", supervisée par le ministre de la Défense Ariel Sharon. Le gouvernement d'Israël avait alors décidé de faire taire le harcèlement terroriste dont étaient l'objet ses villages du nord, ses diplomates ou ses gardes-frontière, en pénétrant en force au Liban sud, alors en proie à la septième année d'une guerre civile ravageuse. Tsahal poussera même jusqu'à Beyrouth, pour en déloger les combattants palestiniens de l'OLP, avant de se retirer. Mais même après l'accord de paix, les soldats israéliens et les miliciens chrétiens qui avaient rallié leur cause conservèrent le contrôle d'une vaste bande de territoire. Puis, en mai 2000, Ehud Barak retira ses dernières troupes. Ce fut la débandade. Le Hezbollah prit le contrôle du Liban sud.

L'ONU dépêcha alors dans la région son envoyé spécial, Terje Roed-Larsen. Il supervisa le tracé d'une "ligne bleue" séparant les territoires libanais et israélien, sans que cela ne constitue pour l'ONU "la démarcation d'une frontière". Toutes les parties, y compris la Syrie, s'accordèrent sur cette frontière provisoire, sauf le Hezbollah. Le mouvement chiite estime que le petit secteur des fermes de Chebaa sont "occupées" par Israël, alors que même la Syrie, "propriétaire" officiel, selon l'ONU, de ces quelques collines, ne les revendique pas. Du moins pas officiellement. Beyouth, de son côté, se contente de faire valoir l'appartenance historique de ce versant aride au territoire du Liban.

Pour autant, une force armée multinationale de l'ONU s'est déployée dans tout le secteur, avec l'accord du gouvernement libanais. A l'été 2000, Beyrouth avait à son tour consenti à déployer un millier de gendarmes. Mais ceux-ci avaient été postés dans le nord, pour éviter tout contact avec la frontière. Adepte d'une politique qu'un rapport d'information de l'Assemblée nationale a baptisée de "provocations contrôlées", le Hezbollah jouit d'une très forte popularité. Ainsi, avec l'accord du gouvernement, c'est le Hezbollah qui gère de facto le territoire, grâce également à ses nombreuses écoles, ses centres d'aide sociale et une chaîne de télévision "anti-sioniste".

Accrochages quotidiens

Depuis quelques semaines dans cette zone, pas un jour ne passe sans qu'aux tirs de mortier ou d'orgues de Staline des miliciens du Hezbollah répondent les raids éclairs des F16 israéliens. Lundi, une source militaire israélienne comptait "dix provocations en dix jours". Un nouvel ordre de mobilisation de réservistes a été lancé par Ariel Sharon, pour assurer du renfort aux positions frontalières de Tsahal. Dimanche soir, des tirs en provenance du Liban-sud avaient fait quatre blessés parmi des femmes soldats dans une base militaire située près de la localité d'Avivim, en Galilée. Les civils avaient été appelés à se réfugier dans leurs caves pendant quelques heures. Lundi, c'est un berger druze du Golan qui a été blessé par un obus de mortier. Le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, a menacé lundi d'élargir les combats à toute la frontière du Liban, si Ariel Sharon poussait les Palestiniens à l'exode.

Le Hezbollah, milice d'inspiration khomeyniste

Fondé en 1982, avec pour objectif premier de lutter contre l'invasion israélienne, le "Parti de Dieu" s'est largement inspiré de la révolution khomeyniste iranienne pour structurer son combat et son idéologie. Le mouvement se rendit tristement célèbre durant la guerre du Liban, où son action terroriste était permanente et redoutée. En 1983, un camion piégé lancé contre le QG des Marines américains à Beyrouth fit 241 morts. Les prises d'otages occidentaux se faisaient en son nom. C'est d'ailleurs entre autres Téhéran qui fournit, en outre, l'essentiel de son armement et de son argent. Formation politico-militaire chiite, le Hezbollah a pour double objectif l'instauration d'un régime islamiste révolutionnaire au Liban et, désormais, le soutien à la cause du peuple palestinien en lutte, jusqu'à l'élimination totale de l'Etat d'Israël. Devenue aujourd'hui une force politique importante, si elle a le soutien actif de l'Iran, le Hezbollah bénéficie également de la bénédiction et de l'aval de la Syrie, sans qui rien ne se fait au Liban depuis la fin de la guerre civile.

Classé comme "organisation terroriste" par le département d'Etat américain, le Hezbollah est pourtant considéré par le gouvernement libanais comme un "mouvement de résistance nationale", à la fureur des partis chrétiens libanais. Pas plus que les Etats-Unis, l'Union européenne n'est jamais parvenue à faire entendre raison aux autorités libanaises. Et il reste que le Hezbollah dispose, depuis septembre 2000, de 12 députés. Additionnés aux 18 représentants des autres miliciens chiites du Amal, la force anti-sioniste au Liban sud est pour Israël, sinon une armée autonome capable d'affronter Tsahal, du moins une menace d'importance à la frontière de la Galilée.

Par Léonard VINCENT le 09 avril 2002 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience