© INTERNEAlors que les critiques commençaient à pleuvoir sur la proposition d'Ariel Sharon de conférence de paix excluant Yasser Arafat, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a avancé lundi une variante, susceptible de débloquer la situation. Proposant que ladite conférence internationale puisse ne se tenir qu'au niveau ministériel, Colin Powell a estimé que, par là même, la présence de Yasser Arafat n'était "pas nécessairement requise". De même, à l'inverse, que la présence d'Ariel Sharon, qui pourrait par conséquent déléguer ses représentants. Car il est vrai que si l'essentiel de la classe politique israélienne déteste Yasser Arafat, l'essentiel des pays arabes détestent au moins autant Ariel Sharon.
Des critiques de tous bords
Plus isolé que jamais, le Premier ministre israélien était parvenu à s'isoler un peu plus au sein de son propre pays, après avoir laissé entendre que cette conférence pourrait se tenir prochainement, en l'absence du président palestinien. Certes, il est probable que cette proposition, en pleine offensive militaire, était d'abord destinée à gagner du temps en formulant un projet diplomatique, à donner un os à ronger aux chancelleries impuissantes. Mais il reste qu'une telle conférence n'est pas totalement exclue, si l'on en croit l'éternel optimisme du ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, les déclarations de Yasser Arafat lui-même et la précision apportée lundi par Colin Powell.
Shimon Peres, une fois de plus en désaccord avec son Premier ministre, avait estimé lundi que "chaque peuple" devait "choisir ses représentants". Lui faisant écho, le ministre travailliste Ofer Pines-Paz avait auparavant estimé que si Israël voulaient "obtenir des résultats", il était "absurde de vouloir exclure Arafat". "On ne peut affirmer d'un côté qu'il est inutile et d'un autre côté qu'il est indispensable, puisqu'il serait responsable de tout", avait-il ajouté. Résumant l'avis général de la gauche israélienne, M. Pines-Paz pensait que la présence du président palestinien était incontournable. "Pas parce qu'Arafat me manque particulièrement, avait-il déclaré, mais parce que son absence serait contre-nature. Il s'agirait d'un diktat d'Israël que personne n'accepterait."
Mais, en Israël, la gauche pacifiste et la gauche de gouvernement n'étaient pas les seules à estimer qu'une telle exclusion serait malvenue. Jusqu'à l'extrême droite religieuse, tous estimaient qu'un grand raout diplomatique sans Yasser Arafat serait non seulement inefficace, mais surtout impossible à convoquer. "Une fois de plus, nous tombons dans le même piège, avait déclaré Yitzak Lévy, nouveau ministre du Parti national religieux (PNR), dominé par les colons. (…) L'idée d'une conférence sans Arafat ne fait que renforcer la stature d'Arafat." Sans doute aussi était-ce le sens du bémol émit par l'administration Bush à l'annonce de la proposition d'Ariel Sharon, qui avait estimé qu'il fallait encore tenir "des discussions (…) sur comment et où l'organiser." La nuance introduite lundi par Colin Powell est la conséquence de cette déclaration.
Un retrait préalable
Outre Yasser Arafat, les autres exclus de cette conférence seraient les "pires ennemis" ou les "faux amis" d'Ariel Sharon : l'éternel ennemi syrien, son vassal le Liban d'où partent les roquettes du Hezbollah, et une Union européenne disqualifiée, selon Ariel Sharon, par ses prises de position pro-palestiniennes répétées et son absence de compréhension du conflit. Même si ses ministres ou conseillers ont balayé d'un revers de la main l'idée de conférence de paix, le président palestinien, de son côté, ne l'a pas exclue. Joint par téléphone par la chaîne américain Fox News, Yasser Arafat a fait savoir qu'il était "prêt pour une conférence, immédiatement, mais celle-ci doit être accompagnée dans le même temps d'un retrait immédiat" des troupes israéliennes des villes autonomes de Cisjordanie.
Une proposition incomplète |
M. Sharon a annoncé dimanche avoir proposé aux Etats-Unis, lors d'une rencontre avec le secrétaire d'Etat Colin Powell, d'organiser une conférence sur le Proche-Orient avec la participation d'une délégation palestinienne, mais sans la présence de M. Arafat qu'il refuse de considérer comme un partenaire crédible. La conférence, organisée sous l'égide des Etats-Unis, comprendrait des représentants israéliens et palestiniens, mais aussi égyptiens, jordaniens, marocains, saoudiens et des Etats du Golfe. Le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres a de son côté affirmé dimanche soir à Tel-Aviv devant des militants du parti travailliste que "la conférence régionale apporterait un horizon politique clair ainsi qu'un plan de relèvement économique des territoires" palestiniens. |
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