Porte ouverte pour Arafat

Par Léonard VINCENT, le 30 avril 2002 à 11h07 , mis à jour le 27 avril 2002 à 11h09

Israël a accepté un plan proposé par les Etats-Unis, permettant à Yasser Arafat de recouvrer sa liberté de mouvement. Entre-temps, l'armée d'Israël a lancé une incursion à Hébron, en riposte à l'attaque meurtrière de samedi contre l'implantation de Adoura.

arafat tv © INTERNE

D'intenses tractations initiées par les Etats-Unis ont abouti dimanche à un accord permettant en théorie au président palestinien Yasser Arafat de recouvrer sa liberté de mouvement. Après un long entretien téléphonique avec le président américain George W. Bush et un vote serré obtenu après un cabinet de sécurité houleux, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a fait savoir que l'Etat d'Israël accepterait la levée du siège du palais de la Moukataa de Ramallah, après que l'Autorité palestinienne eut mis en œuvre le mécanisme prévu.

Evacuation en vue à Bethléem

Une quinzaine de civils palestiniens devraient sortir lundi de la basilique de la Nativité, à Bethléem, à la suite d'un accord, selon une source palestinienne contactée à l'intérieur de l'église. Aucune autre précision n'a été apportée sur l'identité des civils en question. La semaine dernière neuf jeunes avaient été évacués au terme d'un accord. Par ailleurs, dans la matinée, un Palestinien, qui était sorti de l'église armé d'une Kalachnikov et tirant en tous sens, a été abattu par un sniper israélien. Les négociateurs palestiniens ont  annoncé à la mi-journée qu'ils gelaient les négociations tant qu'Israël poursuivra ses tirs sur la basilique et n'autoriserait pas son ravitaillement.

Le plan américain prévoit que les cinq membres du FPLP responsables de l'assassinat du ministre israélien du Tourisme, jugés et condamnés dans l'enceinte assiégée du QG de Ramallah, devront être mis sous les verrous, dans une zone palestinienne de la vallée du Jourdain. Leur garde devra être assurée par des soldats britanniques et américains. Un sixième homme, et non des moindres, devra subir le même sort : Fouad Shoubaki, un grand argentier de l'Autorité palestinienne, proche de Yasser Arafat, dont plusieurs documents saisis par les troupes israéliennes dans la Moukataa démontrent son implication dans un trafic d'armes et d'explosifs en provenance d'Iran. Mais aussi sa partie liée avec des groupes palestiniens responsables d'attentats contre des civils israéliens.

Lundi matin, alors que les unités israéliennes n'avaient pas encore fait mouvement autour du QG de Ramallah, l'Autorité palestinienne a fait savoir que le plan américain ne serait mis en œuvre qu'après la levée du siège de la Basilique de la Nativité de Bethléem (voir ci-contre).

Hébron investi après une attaque meurtrière

Parallèlement, le secteur palestinien de la ville de Hébron a été investi tôt dans la matinée de lundi par un important dispositif des Forces de défense israéliennes, appuyées par des tanks et des commandos. Cette opération, qui selon un communiqué de Tsahal sera "limitée dans le temps", intervient en riposte à l'attaque sanglante d'une colonie du sud de la Cisjordanie, samedi, au cours de laquelle quatre Israéliens avaient été froidement abattus par des Palestiniens qui s'étaient infiltrés. Trois hommes, qui portaient des uniformes de l'armée israélienne, avaient pénétré dans deux maisons de l'implantation d'Adoura, tuant une femme et blessant grièvement son mari et son fils de 14 ans alors que le couple était au lit. Les trois Palestiniens ont plus tard abattu une petite fille de six ans cachée sous son lit, blessant ensuite sa mère et deux autres enfants. Sortis dans la rue, deux passants, âgés de 23 et 50 ans, ont été encore tués avant que les assaillants ne s'enfuient. L'un d'eux a été abattu par l'armée israélienne un peu plus tard, un autre lundi à Hébron. Cet attentat a été revendiqué par le Hamas et le FPLP.

Au cours de l'offensive contre Hébron, huit Palestiniens ont été tués, dont un membre des "Brigades des martyrs d'al-Aqsa" et un policier palestinien, membre de la garde personnelle de Yasser Arafat, ainsi que deux adjoints du chef des "Tanzims" pour la région. Une vingtaine de personnes auraient également été blessées, alors que les unités israéliennes étaient soutenues par des tirs d'hélicoptères.

Jénine : nouveau report, toujours des tractations

Ariel Sharon, s'il a accepté une invitation à la Maison Blanche pour début mai, a une nouvelle fois repoussé dimanche la venue d'une mission de l'ONU pour faire la lumière sur les événements du camp de réfugiés de Jénine. Le président du Conseil de sécurité de l'ONU, l'ambassadeur de Russie Sergueï Lavrov, a toutefois annoncé dimanche "attendre une réponse positive d'ici à demain", lundi, sur l'envoi au Proche-Orient de cette mission, alors que le gouvernement israélien doit se réunir pour en débattre. Le groupe arabe à l'ONU a accepté ce troisième report, "à condition qu'il soit bien clair que ce sera le dernier", selon un diplomate qui a relevé, comme d'ailleurs un membre  de la délégation américaine, qu'il "fallait prendre en compte les progrès enregistrés sur la question du siège de Ramallah". Selon des sources officielles israéliennes, la principale réticence de l'Etat hébreu porte sur la possibilité pour ses membres d'interroger qui ils veulent, parmi les militaires, ce qu'Israël considère comme une atteinte à sa souveraineté nationale. Lundi matin, des sources diplomatiques israéliennes affirmaient que "les tractations se poursuivent".

 

Par Léonard VINCENT le 30 avril 2002 à 11:07
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