Powell : sept jours pour rien

Par Léonard VINCENT, le 17 avril 2002 à 11h57 , mis à jour le 17 avril 2002 à 12h13

Un ministre palestinien a qualifié de "catastrophique" la rencontre entre Colin Powell et Yasser Arafat. Avant de rentrer à Washington, le chef de la diplomatie américaine a pourtant réaffirmé un certain nombre de principes fondamentaux, sans lesquels rien n'est possible.

Powell Arafat avril 2002 © INTERNE

Moins d'une demi-heure après la fin de la visite de Colin Powell au QG de Yasser Arafat à Ramallah, l'entourage du président palestinien ne cachait pas sa colère. Après le départ de la délégation américaine, le négociateur Saëb Erakat s'est adressé à la presse, en accusant le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'avoir "saboté" la tournée de Colin Powell au Proche-Orient. Les journalistes présents sur place ont raconté que le secrétaire d'Etat américain, au dernier jour de son indébrouillable mission de paix, a quitté Ramallah sans dire un mot, la mine sombre.

Appels aux deux parties

Rentré aussitôt à Jérusalem, Colin Powell a réaffirmé un certain nombre de principes, à l'exclusion desquels rien n'est possible. Selon lui, Yasser Arafat, avec lequel il aurait eu un rendez-vous pudiquement qualifié de "vigoureux", "ne peut plus tergiverser" et doit rapidement lutter pour "mettre fin au terrorisme". Il doit faire "un choix stratégique" et "éloigner son peuple de la voie de la violence". Mais, à ses yeux, aucun cessez-le-feu n'est possible sans la "fin des incursions israéliennes" et la reprise des contacts sécuritaires. Il a affirmé qu'Israël lui avait fourni un "calendrier" de retrait de ses unités armées. "J'ai souligné au Premier ministre l'urgence d'achever le retrait et reçu des assurances qu'il y aurait de vrais résultats dans les prochains jours", a-t-il expliqué.

D'autre part, il a indiqué qu'Israël pourrait dans un proche avenir permettre au président palestinien de participer à une conférence sur le Proche-Orient sous l'égide des Etats Unis "s'il montre un engagement réel pour la paix". Il a enfin affirmé qu'il envisageait de revenir au Proche-Orient "pour faire avancer les choses", mais n'a pas indiqué de date. Seule nouveauté, annoncée à la mi-journée par un dirigeant palestinien : le directeur de la CIA George Tenet, négociateur en juin 2001 d'un mécanisme conjoint de cessez-le-feu, va revenir au Proche-Orient d'ici une semaine pour s'occuper des problèmes de sécurité. Alors que Colin Powell, dans sa dernière étape avant Washington, devait se rendre au Caire pour y rencontrer le président égyptien, la rencontre a été annulée dans la matinée, Hosni Moubarak étant "indisposé". Le ministre américain sera donc reçu par son homologue égyptien, Ahmed Maher.

"Il tremblait de fureur"

S'exprimant sur Al-Jazira, le ministre de l'Information palestinien Yasser Abed Rabbo avait quant à lui qualifié le deuxième et ultime rendez-vous entre le chef de la diplomatie américaine et le raïs palestinien de "catastrophique". "Elle s'est terminée sans résultat concret", a-t-il ajouté, alors que les responsables américains avait fait savoir à la presse qu'un texte commun de renoncement à la violence était en cours d'élaboration. "Powell a transmis à la partie palestinienne de fausses promesses sur un retrait", a-t-il enfin déploré.

La rencontre Powell-Arafat a duré deux heures. Un journaliste de CNN a raconté que le président palestinien "tremblait de fureur" en évoquant l'occupation continue des zones autonomes palestiniennes par les Forces de défense israéliennes (IDF). Le président palestinien a pourtant brièvement parlé aux journalistes pour "remercier" Colin Powell "pour ce qu'il a fait et ce qu'il essaie de faire", qualifiant leur entrevue de "très cordiale" et "très importante". Mais il s'est aussi violemment plaint d'être toujours bloqué dans son QG par les blindés israéliens. "Est-il acceptable que je ne puisse même pas sortir", a-t-il demandé d'une voix tremblante qui contenait à peine sa colère. Le président américain George W. Bush, lui, s'est dit "très satisfait" des résultats de la mission Powell, qui a abouti "à quelques progrès".

Par Léonard VINCENT le 17 avril 2002 à 11:57
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