Ce qui attend Colin Powell

Par Léonard VINCENT, le 11 avril 2002 à 00h00 , mis à jour le 10 avril 2002 à 17h30

Le secrétaire d'Etat américain est attendu ce jeudi en Israël, après une tournée en Europe et dans quelques pays arabes. Non seulement la situation militaire est toujours aussi tendue, mais l'état d'esprit des Israéliens est de plus en plus à la défiance.

Photo : Marwan Naamani (AFP) © INTERNE

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell atterrit ce jeudi en Israël, après un détour en Jordanie, au lendemain du premier attentat commis par un groupe terroriste palestinien depuis le lancement de l'offensive israélienne sur les villes autonomes de Cisjordanie. Le contexte de son arrivée au Proche-Orient est d'autant plus brûlant que l'opération "Mur défensif" est au moins aussi populaire en Israël qu'elle est détestée à l'étranger. Mais quelques pistes seront sans doute explorées, alors que le chef de la diplomatie américaine a expliqué qu'il resterait au Proche-Orient "quelque temps".

Les Israéliens s'estiment incompris

Conflit israélo-palestinien

Le répit dans la série d'attentats qui a tué 126 civils au cours du seul mois de mars — un terrifiant record, pour un pays de six millions d'habitants —, avait été accueilli par beaucoup d'Israéliens comme la preuve que l'option militaire choisie par Ariel Sharon était la bonne. Une majorité d'entre eux, civils et politiques, estiment que toutes les missions de paix, fussent-elles menées par "l'allié américain", ne serviront en fin de compte que le "régime terroriste" palestinien, jugé responsable des carnages qui ont décimé les restaurants, les hôtels et les supermarchés de Tel-Aviv, Netanya ou Jérusalem. C'est en ce sens qu'Ariel Sharon a qualifié l'intention affichée par Colin Powell de rencontrer Yasser Arafat "d'erreur tragique", même si elle sera autorisée, comme l'a confirmé mercredi soir le ministre israélien de la Défense.

Et la reprise des attaques aveugles du Hamas risque de crisper un peu plus une population et un gouvernement sûrs d'être incompris par une opinion internationale, soit carrément hostile, au fond, à tout Etat juif, soit manipulée par la propagande pro-palestinienne. Pour George W. Bush, toutefois, cette attaque ne fait que renforcer l'idée qu'il est temps pour les belligérants de cesser de s'entre-tuer. Le gouvernement israélien a pourtant annoncé, avec une ironie amère, que l'attentat de mercredi était "le cadeau d'arrivée d'Arafat à Powell", alors que l'Autorité palestinienne y voyait au contraire la preuve de "l'échec" de la politique de fer d'Ariel Sharon. Mais, pour les citoyens d'Israël, la vue des images de l'horrible scène de l'explosion de mercredi, avec ses témoignages bouleversants et ses morceaux de chair éparpillés, n'aura fait que renforcer l'idée qu'il faut "en finir" avec l'Autorité palestinienne.

De rares options

Jamais en panne d'une rebuffade depuis deux semaines, Ariel Sharon semble disposé à prendre de front la communauté internationale, persuadé que ses décisions sont les seules qui pourront assurer la survie même d'Israël. Il a répété mercredi que l'opération "Mur défensif" irait à son terme, pressions américaines ou pas. Même si Shimon Peres a qualifié de "positive" la déclaration conjointe USA-ONU-UE-Russie élaborée la veille à Madrid, la marge de manœuvre est étroite. Seul le plan de cessez-le-feu de l'émissaire américain Anthony Zinni est accepté par l'Etat hébreu, et non les injonctions de la communauté internationale à un "retrait immédiat". Seul indice sur le mandat donné par George W. Bush à Colin Powell : un communiqué de la Maison Blanche, mercredi, exhortant les parties à "faire marche arrière". Et les quelques propositions concrètes (voir ci-dessous), laissées comme des pierres blanches par Colin Powell sur le chemin de Jérusalem.

Ce que l'on sait des intentions de Powell

Depuis son départ des Etats-Unis, Colin Powell a quelque peu balisé les points précis qu'il souhaite voir concrétisés. Voici les demandes évoquées en public :

Déclarations des 8 et 9 avril à Casablanca (Maroc)

  • Retrait "sans délai" de l'armée israélienne de toutes les villes palestiniennes réoccupées.

Déclarations du 9 avril au Caire (Egypte)

  • Rencontre directe avec Yasser Arafat.
  • Efforts particuliers et officiels de l'Autorité palestinienne pour "contrôler la violence".
  • Appel solennel et sans conditions de "tous les dirigeants arabes et palestiniens" à l'arrêt des attentats-suicide.

Déclarations du 10 avril à Madrid (Espagne)

  • Mise en œuvre immédiate du Plan Tenet et des recommandations du Rapport Mitchell par les deux parties.
  • Envoi "d'observateurs" diplomatiques pour surveiller la mise en place d'un "cessez-le-feu immédiat".
  • Engagement de l'Iran et de la Syrie pour faire taire le Hezbollah, à la frontière nord d'Israël.
Par Léonard VINCENT le 11 avril 2002 à 00:00
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