© INTERNEEn annonçant, mardi en fin de journée, la dissolution de son cabinet de sécurité restreint au profit d'un comité nettement marqué à droite, le Premier ministre israélien Ariel Sharon donne un nouveau visage à son gouvernement. Non seulement il a sérieusement vexé les travaillistes de son gouvernement, mais il a également court-circuité les dernières voix de retenue au sein de l'exécutif. "Je lui conseille de revenir sur sa décision, a prévenu dans un communiqué le député travailliste Ophir Pinès. (...) Dans le cas contraire, le parti travailliste ne pourra plus faire partie de cette coalition", a-t-il ajouté, faisant écho aux voix qui se sont élevées ces dernières semaines pour exhorter la gauche à se désolidariser d'Ariel Sharon.
Equilibre gouvernemental
Après son élection, au terme de laborieuses tractations, Ariel Sharon avait offert aux travaillistes — outre la diplomatie "avec un droit de veto" — la charge de la Défense, des Sciences, des Sports et de la Culture, des Transports et du Commerce et de l'Industrie, deux ministères sans portefeuille et les Affaires de la Diaspora. Pour faire bonne mesure, le Premier ministre avait confié à la droite israélienne la charge, entre autres, des portefeuilles clés de l'Intérieur, du Travail et de la Sécurité publique, rien de moins.
Mais un mini-cabinet de sécurité avait été constitué, où se prenaient les grandes décisions politiques et sécuritaires. Autour d'Ariel Sharon n'y siégeaient que le chef de la diplomatie Shimon Peres et le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer, président du parti travailliste élu en décembre dernier. La présidence du Conseil israélien a annoncé que le mini-cabinet serait dorénavant remplacé par un comité regroupant les chefs de tous les partis représentés dans la nouvelle coalition, où la droite est largement majoritaire.
Trois figures de la droite
Ariel Sharon a en effet fait entrer lundi, au sein du cabinet de sécurité et du gouvernement, trois figures de la droite dure : l'ancien général de réserve Ephraïm Eitam, partisan de la reconstruction de l'antique Temple juif sur l'actuelle Esplanade des mosquées à Jérusalem, le rabbin Yitzak Levy et le dissident du Likoud David Levy, démissionnaire du gouvernement Barak après les "concessions" d'Israël au sommet manqué de Camp David.
Réclamée depuis de long mois par plusieurs ministres de droite, la dissolution de ce cabinet restreint pourrait précipiter le départ des travaillistes "pragmatiques", qui avaient choisi de se joindre au gouvernement Sharon pour y faire valoir leurs idées. A leur tête, Shimon Peres n'a pas caché sa désapprobation devant les méthodes employées par Ariel Sharon, qui a envoyé l'armée d'Israël à l'assaut des villes palestiniennes de Cisjordanie. Il s'était abstenu, lors du vote autorisant l'opération "Mur défensif". Mais il avait repoussé à plus tard l'examen du départ des travaillistes, estimant sans doute que l'armée et la population ne pardonneraient jamais aux travaillistes le fait de déstabiliser un gouvernement en temps de crise.
Le rapport de force à la Knesset |
A la Knesset, l'ordre hiérarchique qui prévalait sous Barak perdure aujourd'hui sous Sharon. Le Parti travailliste et son satellite religieux du Meimad demeurent la première force du pays, avec 23 députés. A leur gauche se tiennent les 10 députés du parti pacifiste Meretz, emmenés par le brillant journaliste Yossi Sarid, jamais en retard d'un contre-argument face aux certitudes d'Ariel Sharon, mais qui, après avoir été évincé à regret par Ehud Barak, n'est pas revenu aux affaires. Le Likoud, seul, ne compte que 19 députés, 2 de plus que les turbulents ultra-religieux du Shass, dont les exigences et la défection avaient fait plusieurs fois vaciller le gouvernement Barak. S'adjoignant le concours de quelques formations ecclésiastiques, de groupes de colons, de russophones ou de centristes, Ariel Sharon peut compter sur l'écrasante majorité de 90 voix, sur les 120 que compte le parlement. Les seules formations à ne pas figurer aux affaires sont les partis arabes et la gauche pacifiste. |
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