Sharon : un sommet pour court-circuiter Arafat

Par Léonard VINCENT, le 08 avril 2002 à 00h00 , mis à jour le 08 avril 2002 à 12h20

Ariel Sharon a prononcé un discours devant la Knesset, où il a proposé aux Arabes "modérés" un sommet pour négocier la paix. Le président américain a, pour la troisième fois, appelé Israël à se retirer "sans délai".

sharon tv israelienne © INTERNE

"Je suis prêt à me rendre n'importe quand n'importe où pour négocier la paix sans conditions préalables." Ainsi s'est exprimé le Premier ministre israélien, lundi à la mi-journée, lors d'une session spéciale de la Knesset retransmise à la télévision. Loin d'inviter le gouvernement de Yasser Arafat, cette proposition de sommet s'adressait, à quelques jours de l'arrivée de Colin Powell en Israël, aux seuls dirigeants arabes "modérés et responsables", court-circuitant une Autorité palestinienne identifiée comme un "régime terroriste". Inflexible, il a dû faire face, de nouveau, aux injonctions du président américain George W. Bush, qui a répété pour la troisième fois lundi qu'Israël devait se retirer "sans délai" des villes réoccupées. Dans la soirée, une rencontre entre Anthony Zinni, l'émissaire américain au Proche-Orient, et Ariel Sharon, n'a rien donné.

Au cours de son discours, Ariel Sharon a accueilli  avec prudence la "déclaration de Beyrouth", inspirée de l'initiative de paix saoudienne et adoptée au sommet de la Ligue arabe il y a deux semaines, jugeant toutefois qu'elle comportait "un élément positif". Mais il a estimé que cette proposition concrète resterait "vide" tant qu'Israël et les pays arabes n'auraient pas discuté de ses modalités. Ariel Sharon a annoncé qu'il discuterait de ce point de vue et de son offre de sommet avec le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, attendu à la fin de la semaine à Jérusalem. Il a toutefois clairement spécifié qu'Israël refuserait la clause du "droit de retour" des réfugiés palestiniens, ce vieux point d'achoppement de toutes les négociations israélo-arabes depuis de nombreuses années, mais néanmoins inscrit dans la déclaration de la Ligue arabe.

Discours dans l'agitation

Conflit israélo-palestinien

Sous les bravades des députés arabes de la Knesset auxquels répondaient les interpellations de la droite, Ariel Sharon a réitéré ses virulentes critiques à l'égard de Yasser Arafat et la "bande de meurtriers" dont il est le chef. Entre autres documents accusateurs, il a notamment brandi une lettre adressée au grand argentier de l'Autorité palestinienne, Fouad Shoubaki, par le groupe terroriste dit des "Brigades des martyrs d'al-Aqsa", issu du Fatah, et montrant "combien coûte l'assassinat d'un Juif".

Ariel Sharon a enfin justifié l'opération "temporaire" de son armée en Cisjordanie, entrée lundi dans son onzième jour, en affirmant que son seul but était de démanteler "l'infrastructure terroriste". "Lorsque l'armée aura achevé sa mission, elle se retirera dans des zones de sécurité déterminées, a-t-il annoncé. Dans ces zones de sécurité, nos forces se déploieront pour faire tampon entre les territoires palestiniens et notre territoire, pour empêcher des infiltrations vers les localités israéliennes ou des attentats et pour faire échec à des tentatives d'agression."

Alors seulement, selon le chef du gouvernement israélien, pourra s'engager une phase politique, si les Palestiniens parviennent à porter à leur tête "une direction palestinienne responsable". S'adressant directement au peuple palestinien, Ariel Sharon a lancé : "Nous ne voulons pas vous faire la guerre ni vous contrôler. Nous voulons vivre avec vous, à vos côtés, dans la dignité et l'honneur. Vous devez prendre votre destin en main. Vous devez rejeter les forces qui vont ont poussé à la catastrophe."

De nouveaux ministres

Enfin, il a annoncé qu'à compter d'aujourd'hui, le gouvernement de coalition et son cabinet de sécurité compterait trois nouveaux ministres : l'ancien général et leader de l'ultra-droite Effi Eitam du Parti national religieux (PNR), ainsi que l'un de ses adjoints, et le centriste David Levy, du parti Gescher. Alors que le parti travailliste est agité par une contestation interne sur sa participation au gouvernement, et que les éditorialistes israéliens estiment que Shimon Peres et ses amis devraient quitter le pouvoir, le gouvernement Sharon s'adjoint le vote de sept nouveaux députés. Mais, afin de ne pas faire vaciller l'exécutif en temps de crise — ce que ni la population ni l'armée ne lui pardonneraient — Shimon Peres a fait savoir que la participation de la gauche travailliste au gouvernement serait discutée après la fin des opérations militaires.

Monté à la tribune après Ariel Sharon, le leader de la gauche israélienne Yossi Sarid a contesté les vues du Premier ministre Sharon. Evoquant Yasser Arafat, il a lancé : "Vous vouliez l'isoler, mais pour le moment, c'est Arafat qui nous isole", demandant aux députés de se poser la question de savoir comment Ariel Sharon "avait amené Israël au point où le monde entier s'oppose à nous". "Que vous le vouliez ou non, a-t-il encore lancé, Yasser Arafat est non seulement le leader élu du peuple palestinien, mais il est également le héros du peuple palestinien, et maintenant — à cause de vous — plus que jamais." Se tournant vers le ministre de la Défense israélien, le travailliste Benyamin Ben Eliezer, il a martelé : "Disons que nous allons tuer 500 terroristes. Est-ce que 1.000 ou 2.000 ou 5.000 autres ne vont pas se lever pour prendre leur place ?"

"La fin de l'Autorité palestinienne"

L'offensive d'envergure de l'armée israélienne en Cisjordanie, et l'annonce par le Premier ministre israélien Ariel Sharon de la création de zones de sécurité après la fin de celle-ci, signifie "la fin du processus de paix, la fin des accords d'Oslo et la fin de l'Autorité palestinienne, a expliqué le chef négociateur Saeb Erakat, qui s'exprimait en direct sur CNN. Nous n'avons plus d'Autorité palestinienne", a ajouté M. Erakat, qui avait auparavant dénoncé le discours de M. Sharon comme "le plus désastreux" qu'il ait jamais entendu.

Par Léonard VINCENT le 08 avril 2002 à 00:00
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