Timor : jour d'apothéose pour Xanana Gusmao

Par Léonard VINCENT, le 14 avril 2002 à 00h00 , mis à jour le 12 avril 2002 à 17h17

Après avoir passé la moitié de sa vie dans les maquis ou en prison, Xanana Gusmao, 56 ans, devrait accéder à la présidence du Timor oriental à la suite des élections qui ont eu lieu ce dimanche. Un destin que cet amateur de poésie et de photographie a accepté d'endosser un peu à contrecœur.

Photo : Weda (AFP) © INTERNE

Xanana Gusmao est pour une large majorité d'habitants du petit territoire du Timor oriental un symbole, un leader au charisme certain, et le dirigeant susceptible de porter sur ses épaules l'immense tâche de bâtir une nation de toutes pièces. Même s'il s'est finalement décidé avec réticence, la victoire lors de la présidentielle de dimanche ne devrait pas échapper à celui qui a été parfois surnommé le "Nelson Mandela d'Asie" face à son seul rival, Francisco Xavier do Amaral. "J'ai toujours caressé le rêve qu'après l'indépendance, j'aurais du temps libre pour cultiver des potirons et élever des animaux", expliquait-il pourtant il y a encore quelques mois à ses partisans.

Une vie de combat

La vie de M. Gusmao est intimement liée à la lutte pour l'indépendance. Quand les troupes indonésiennes ont débarqué en décembre 1975 au Timor oriental, après le retrait du Portugal de sa colonie, il était déjà engagé dans le Fretilin, le mouvement d'inspiration marxiste qui a proclamé l'indépendance du territoire. Quelques mois plus tard, il quitte sa femme Amelia Baptista et ses deux enfants et gagne les montagnes pour participer à la lutte armée.

En 1981, il devient chef de la guérilla. Traqué sans relâche par les Indonésiens, il finira par être arrêté à Dili en 1992. Accusé de subversion, il est emprisonné à Jakarta. Dans sa cellule, il continue à diriger le combat pour l'indépendance, tout en s'adonnant à la peinture et à la poésie. En 1998, la démission forcée du général Suharto ouvre une nouvelle période de démocratie en Indonésie. Début 1999, M. Gusmao est placé en résidence surveillée. En septembre 1999, huit jours après le vote de ses compatriotes pour l'indépendance, il est libéré.

Entrée en politique

Il sera accueilli en héros à son retour à Dili. Remarié à une Australienne, Kirsty Sword, en juillet 2000, père d'un petit garçon, Xanana Gusmao a longtemps hésité à se lancer dans la course à la présidence. Il expliquait être fatigué de la politique, n'être pas sûr qu'il soit bon qu'un ex-guérillero comme lui se mue inéluctablement en président. La pression de ses amis, ainsi que celle des principaux pays occidentaux, auront fini par le faire changer d'avis. Il a mené sa campagne en promettant notamment une réconciliation entre l'immense majorité de ses compatriotes qui avaient voté pour l'indépendance en 1999 et les anciens partisans du maintien au sein de l'Indonésie, et en avertissant que la reconstruction du petit territoire appauvri et ravagé par les violences des années passées serait une œuvre difficile et prendrait de longues années.

Vote massif

La participation à l'élection a atteint 86,3%, selon des chiffres provisoires annoncés à Dili par la commission électorale indépendante. 379.116 électeurs ont pris part au vote. Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Le résultat provisoire doit être annoncé mercredi.

Par Léonard VINCENT le 14 avril 2002 à 00:00
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