© INTERNELa presse internationale se félicite lundi de la lourde défaite de Jean-Marie Le Pen mais prédit des lendemains difficiles à Jacques Chirac.
"Une leçon de démocratie"
"Le président |
Soulagement dans les journaux du monde entier : "La très large victoire de Chirac écrase Le Pen" (The Times, Grande-Bretagne), "Triomphe de Chirac, la France recale Le Pen" (Corriere della Sera, Italie), "L'écrasant triomphe de Chirac ferme la porte à l'extrême droite" (El Pais, Espagne), "L'épidémie a été enrayée" (Yédiot Aharonot, Israël).
La presse internationale salue "une belle, une éclatante victoire de la démocratie" (Le Soir, Belgique) et fait l'éloge d'un "exercice démocratique exemplaire avec des urnes pleines contre la xénophobie et l'exclusion" (ABC, Espagne). "Les Français ont donné au monde une belle leçon de vigilance républicaine", confirme le Standard (Autriche) tandis que le Vietnam News précise que "le peuple français a bien maintenu les valeurs (...) de sa révolution sociale historique (1789)". "Chirac réconcilie les Français", se félicite le quotidien gouvernemental El Moudjahid (Algérie).
"Président par défaut"
Toutefois, Jacques Chirac apparaît comme le "meilleur des pires" (Cumhuriyet, Turquie), "un pis-aller" (Maariv, Israël). Bref, un "président par défaut" (La Dernière Heure, Belgique), dont la victoire est "excessive" (ABC) ou "sans gloire" (Kronen Zeitung, Autriche). Certains journaux n'hésitent pas à qualifier le président réélu de "caméléon politique" par (Basler Zeitung, Suisse), de "politicien corrompu et usé" (Die Presse, Autriche), "magouilleur et opportuniste" (Aftonbladet, Suède). "C'est Chirac... mais ça empeste", résume le tabloïd britannique The Sun.
"Un calice empoisonné"
Le "triomphe de Jacques Chirac sera de courte durée", prédit le Berliner Zeitung (Allemagne).
"La victoire d'hier est provisoire. (...) La vraie partie se jouera en juin, quand les Français renouvellerons l'Assemblée", écrit l'ex-ambassadeur italien Sergio Romano dans le Corriere della Sera. La large victoire de Jacques Chirac "est un calice empoisonné", abonde le Sun. "Le président néo-gaulliste est redevable de cet éclatant succès au soutien massif aussi bien des électeurs de la droite classique qu'à ceux de la gauche" (Telegraaf, Pays-Bas). "Après avoir été un président en roue libre, Jacques Chirac voit refluer sur lui une responsabilité politique écrasante", relève La Tribune de Genève (Suisse). "Le président commettrait une erreur potentiellement fatale s'il se contentait de s'envelopper dans le drapeau national et d'offrir des platitudes aux électeurs", prévient pour sa part le quotidien britannique Financial Times (FT).Réformer les institutions et écouter le peuple
Kommersant (Russie) estime que "la plus grande défaite est celle du système électoral français". "Le référendum anti-Le Pen qu'a été le vote de dimanche ne résout aucun des problèmes de la France dont les institutions politiques requièrent des réformes urgentes et profondes", confirme Gazeta Wyborcza (Pologne). Pour le quotidien danois Jyllands-Posten, "la question essentielle de cette élection ne concernait pas Jacques Chirac ou Le Pen, mais de savoir si l'élite française et européenne avait la volonté de tirer les leçons du message du peuple, ou si elle continuait à fermer les yeux sur les courants populaires".
"Une tumeur qui grossit sur le flanc de la société française"
"La lepénisation |
Les résultats du second tour "ne peuvent pas cacher le fait que (...) plus de cinq millions de Français sont encore ancrés à Le Pen, après deux semaines d'accusations incessantes contre son passé", écrit l'envoyé du journal italien La Repubblica à Paris. Le quotidien britannique The Guardian (gauche) prévient pour sa part que "si le nouveau fascisme n'a pas triomphé, il n'a pas échoué non plus". Les quelque 18% des voix obtenus par le parti de Jean-Marie Le Pen "laissent penser qu'il s'agit d'un courant profond et qui gagne en force, comme une tumeur qui grossit sur le flanc de la société française". Même analyse de la part du quotidien américain USA Today : "La lame de fond du mécontentement qui a propulsé un nationaliste démagogue au 2e tour de la présidentielle en France sera difficile à combattre".
"La lepénisation de la société française est réelle et ne s'éteindra pas avec cette défaite (...) Pas plus que les différentes extrêmes droites qui connaissent un enracinement profond et croissant dans nombre de pays européens", indique Le Soir (Belgique). Ce "malaise français" soulève des "questions sérieuses" sur l'extrême droite et révèle une maladie qui frappe de l'intérieur les démocraties européennes, note Die Welt (Allemagne). "La France de Chirac, objet d'un sursis providentiel, et de la gauche (...) saura-t-elle exorciser les démons du fascisme qui font d'elle un exemple à méditer, à redouter ?", se demande enfin La Nouvelle République (Algérie).
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