Rumeurs de guerre autour du Cachemire

Par Léonard VINCENT, le 22 mai 2002 à 11h16 , mis à jour le 22 mai 2002 à 11h21

Face à son armée du Cachemire, le Premier ministre indien a annoncé que l'heure d'un "combat décisif" avait sonné. Côté pakistanais, un leader séparatiste modéré a été abattu par des inconnus. Les diplomates occidentaux admettent sans hésiter le risque d'une nouvelle guerre.

carte cachemire © INTERNE

Visitant les troupes stationnées à la frontière du Cachemire, le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee a prononcé un discours martial, augmentant encore la tension avec le Pakistan, alors que l'éventualité d'une guerre est publiquement évoquée. Dans une allocution retransmise en direct à la télévision mercredi, il a appelé son armée à se préparer à un "combat décisif", certain que "dans cette guerre, nous gagnerons". "Nous devons mener notre propre guerre, nous y sommes prêts, nous nous y sommes préparés", a ajouté le chef du gouvernement de New Delhi devant ses troupes postées face au Pakistan, alors que des duels meurtriers d'artillerie opposent désormais quotidiennement son armée à celle de son voisin musulman.

"Ma venue ici veut dire quelque chose : que notre voisin [le Pakistan] le comprenne ou pas, que le monde le comprenne ou pas, l'Histoire s'en souviendra et nous écrirons une nouvelle histoire de victoire", a déclaré le Premier ministre indien. Rien ne semble donc pour l'heure apaiser la colère des frères ennemis du sous-continent asiatique, après que trois guerres eurent déjà éclaté entre eux à cause du Cachemire, en 1947, 1965 et 1989.

Missions d'apaisement

Inquiet du possible déclenchement d'un nouveau conflit entre deux puissances nucléaires, le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw a annoncé qu'il se rendrait dans la région la semaine prochaine, l'éventualité d'"une guerre" entre les deux pays étant selon lui "réelle et très inquiétante". Londres a d'ailleurs décidé d'inviter ses ressortissants à quitter le pays et de retirer des diplomates, à la suite de "menaces terroristes". De son côté, le département d'Etat américain a dépêché à New Delhi et Islamabad l'un de ses hauts diplomates, Richard Armitage.

Mais comme pour empoisonner davantage l'atmosphère au Cachemire, un leader politique modéré du Cachemire pakistanais a été abattu en public mardi par des inconnus, que l'Inde a accusé d'être des mercenaires à la solde du gouvernement d'Islamabad et que le Pakistan a accusé d'être des agents secrets indiens. Ses funérailles sont prévues ce mercredi. Une grève générale est en cours au Cachemire indien, à l'appel des séparatistes. Le dirigeant politique assassiné, âgé de 70 ans, était connu pour être partisan d'un dialogue avec l'Inde, afin de régler pacifiquement la question d'un Cachemire indépendant et unifié.

Le Pakistan rassure

"Le Pakistan est pour la paix, le Pakistan est opposé à la guerre", a pour sa part déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères dans une déclaration aux médias officiels, après une série de réunions entre le général Pervez Musharraf et les principaux dirigeants du pays, puis des responsables de partis politiques et des directeurs de journaux. "De toutes ces rencontres s'est dégagée une unanimité sur le fait que le Pakistan est pour la paix", a ajouté M. Sattar. "Le Pakistan est désireux de contribuer par tous les moyens possibles à désamorcer la tension en Asie du sud et préserver la paix dans cette région", a-t-il dit.

Le chef de la diplomatie, réfutant les accusations indiennes de "terrorisme transfrontalier", a réaffirmé que son pays "ne pouvait soutenir le terrorisme".  "Au contraire, nous avons adopté une politique ferme d'action à l'intérieur du pays contre l'activisme et le terrorisme, parce que ces phénomènes ont visé le Pakistan lui-même", a-t-il ajouté. M. Sattar a réaffirmé que les différends entre l'Inde et le Pakistan devaient être résolus "par le dialogue", et que le Pakistan souhaitait le déploiement d'observateurs internationaux au Cachemire.

"Tout peut arriver"

Alors qu'aucun dialogue fécond n'a pu être instauré depuis plusieurs années avec l'Inde et le Pakistan, les accrochages et attentats se succèdent dans la région. Un commando musulman avait même attaqué le parlement indien, en décembre dernier. Et le massacre de 34 Indiens, dont des femmes et des enfants, perpétré dans un camp militaire la semaine dernière par un commando musulman, a ravivé une tension que le ministre pakistanais de l'Information résumait ainsi mardi : "Quand deux armées sont si proches, tout peut arriver."

Par Léonard VINCENT le 22 mai 2002 à 11:16
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