Tunisie : oui ou non à Ben Ali à vie

Par Léonard VINCENT, le 26 mai 2002 à 00h00 , mis à jour le 24 mai 2002 à 16h55

Les Tunisiens sont invités ce dimanche à se prononcer par référendum sur une réforme de la Constitution, ouvrant la voie à un quatrième mandat pour le président Ben Ali. Boycottée par l'opposition, la réforme est présentée par le pouvoir comme une amélioration de la démocratie.

Photo : Fethi Belaid (AFP) © INTERNE

Pour le président tunisien, il s'agit de renforcer la démocratie. Pour l'opposition, souvent non reconnue, il s'agit d'instaurer une nouvelle présidence à vie, augmentée d'une immunité à vie. Les électeurs tunisiens sont appelés à se prononcer ce dimanche pour ou contre les réformes constitutionnelles élaborées par le régime de Zine el Abidine Ben Ali. Celles-ci prévoient non seulement une modification de la représentation parlementaire et quelques réformes institutionnelles, mais également la non-limitation du nombre des mandats présidentiels jusqu'à 75 ans et l'immunité pénale pour ses présidents et anciens présidents.

Blanc pour "oui" ou noir pour "non" : le bulletin qu'ont à choisir les Tunisiens permettra en effet au président Ben Ali, 65 ans, de briguer, en dépit de ses promesses de 1999, un nouveau mandat en 2004. Dans un pays étroitement surveillé comme l'est la Tunisie, ce référendum, que le président Ben Ali est quasiment sûr de remporter malgré les multiples appels au boycott, apparaît donc comme une manœuvre plébiscitaire politicienne, alors que les défenseurs du régime le présente comme une amélioration de la démocratie, "destinée à jeter les fondements de la république de demain".

Ben Ali, rempart ou obstacle

Le président Ben Ali, qui dirige d'une main de fer un pays relativement prospère dans un environnement dangereux, est en effet vu comme le seul rempart contre l'islamisme ou l'aventurisme. Dans un éditorial paru la semaine dernière dans un quotidien gouvernemental, un ministre expliquait ainsi que "le président Ben Ali, qui a sauvé la République des griffes de la théocratie religieuse obscurantiste et du despotisme du régime d'un seul homme, a été capable de reconstruire le système républicain en quinze ans à peine".

Mais la survie du régime parlementaire s'est faite au prix d'une répression féroce contre les islamistes — ou présumés tels et contre les intellectuels et défenseurs des droits de l'Homme, qui accusent Ben Ali d'être un homme de "clans mafieux". A titre d'exemple, la presse, largement aux ordres du pouvoir au point que le président lui-même s'en est ému à plusieurs reprises, n'a pas relayé les critiques et appels au boycott de nombreuses organisations d'opposition, et non des moindres. L'expression publique libre, dans un pays de 10,5 millions d'habitants qui compte autant de policiers que la France, est quasi inexistante.

Mais les cercles proches du pouvoir, qui se targuent des 34 députés "d'opposition légale" au parlement, ne peuvent que renvoyer vers le texte de la réforme pour se défendre : il s'agit en effet d'instaurer un parlement bicaméral, des élections présidentielles à deux tours et un élargissement des pouvoirs du Conseil constitutionnel. Mais les opposants rétorquent que la démocratie tunisienne n'est que de façade, arguant du score à la soviétique obtenu par Zine el Abidine Ben Ali au dernier scrutin présidentiel.

A l'ombre de Bourghiba

Soumise aux beys ottomans, la Tunisie devient un protectorat français en 1881. Le 20 mars 1956, elle devient indépendante. Le 25 juillet 1957, la République est proclamée, la dynastie des beys destituée. Habib Bourguiba, premier président de la République de 1957 à 1987, est écarté du pouvoir pour "sénilité" le 7 novembre 1987 par son Premier ministre Zine El Abidine Ben Ali, 51 ans. Constatant "la vacance du pouvoir", il occupe le poste de président avec l'assentiment de la majorité de la classe dirigeante. Unique candidat, il est élu le 2 avril 1989 pour 5 ans et réélu le 24 octobre 1999. Le pays est l'objet de vives critiques d'organisations de droits de l'Homme pour son régime de type autoritaire et l'absence de libertés publiques.

 

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