© INTERNEtf1.fr — Lorsque les éditions Michalon vous ont commandé une édition de Mondes rebelles pour les enfants, quelle a été votre première démarche ?
Elisabeth COMBRES — Nous avons utilisé l'ouvrage principal des éditions Michalon, Mondes rebelles, en effectuant d'abord une sélection de 27 conflits à proprement parler, en faisant l'impasse sur les violences politiques. Nous avons évidemment choisi de traiter des conflits les plus médiatisés d'une part. Et des conflits oubliés d'autre part, afin de compléter la vision globale des conflits planétaires, en donnant une large part à l'Afrique, notamment.
tf1.fr — Lorsqu'il s'agit d'histoire, quelle a été votre méthode d'écriture ?
E.C. — Notre première tâche a été de faire un choix dans les informations publiées. Certaines données n'auraient fait que compliquer la lecture. Pour la Somalie, par exemple, nous n'avons pas voulu livrer une explication chronologique des conflits qui ont opposé tel et tel mouvement armé, parmi les très nombreux mouvements qui sont actifs dans ce pays. Nous avons expliqué que le conflit général en Somalie était basé sur des querelles de clans. Nous avons choisi de présenter la complexité et non de la détailler.
C'est très complexe d'écrire pour les enfants. Il s'agit de chasser ce qui est implicite, se méfier de soi-même, de notre propension à dire : "Ça, tout le monde le sait". Il s'agit de trouver l'équilibre entre l'exhaustivité et la simplification, sans tomber dans la caricature. Les retours de nos lecteurs sont bons, tant de la part de ceux qui ont appris quelque chose dans notre livre que de la part de ceux qui maîtrisent bien les dossiers que nous avons traités. Nous proposons aux enfants d'entrer dans l'univers des conflits. S'ils veulent en savoir plus, ils peuvent continuer.
tf1.fr — Lorsque vous avez traité d'un conflit comme le conflit israélo-palestinien, n'avez-vous pas eu la crainte d'être accusées de partialité ? Comment avez-vous géré cette difficulté ?
E.C. — Le conflit israélo-palestinien est à la fois compliqué à expliquer et générateur de réactions passionnelles plus nombreuses que beaucoup de conflits. L'exercice est sans doute réussi, étant donné que les réactions n'ont pas été plus nombreuses dans un sens que dans l'autre. Nous nous sommes efforcés d'expliquer nos choix. Mais il est vrai que, s'agissant de ce conflit là, notre vigilance était d'autant plus grande, chaque détail ayant son importance. Cela dit, le problème s'est posé pour d'autres pays, comme le Burundi par exemple. Nous avons évoqué les Tutsis et les Hutus, bien qu'une lectrice nous a demandé pourquoi nous n'avions pas traité d'un troisième groupe humain présent dans le pays et impliqué dans le conflit. Nous avons choisi de résumer la question burundaise aux deux grands groupes humains que sont les Tutsis et les Hutus parce que nous n'avons pas voulu ajouter de la confusion à une situation déjà complexe. Nous avons choisi une ligne éditoriale et nous nous y sommes tenues.
tf1.fr —
Les médias ont tendance à simplifier les dossiers internationaux, eux aussi. Le conflit indo-pakistanais, par exemple, a été souvent réduit au risque de guerre nucléaire. Qu'avez-vous essayé d'apporter de plus ?E.C. — Nous nous sommes efforcés de replacer les conflits dans leur contexte historique et géo-politique. Si les enfants se contentent de regarder les journaux télévisés, ils ont tendance à croire que les guerres émergent comme des tremblements de terre et disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Nous avons voulu compléter les médias, en montrant que ce sont les comportements humains, les choix stratégiques de dirigeants plus ou moins scrupuleux qui entraînent les conflits. Il s'agissait de faire le lien entre le passé et l'actualité. Nous l'avons envisagé comme une démarche citoyenne, puisqu'il fallait faire comprendre aux enfants que les actes d'hier font l'actualité présente et que les choix font l'actualité de demain. Les guerres sont le résultat de choix humains.
tf1.fr —
Avez-vous un regret sur un conflit que vous n'avez pas traité ?E.C. — Les Philippines. C'est un choix collectif, effectué en commun avec les éditions Michalon. Et pourquoi pas la Corse, puisque nous avons traité de la question de l'ETA en Espagne ? Mais au fond, nous n'avons pas de regret, puisque nous sommes conscientes d'avoir fait un choix. La prochaine édition sera sans doute augmentée. Sans doute évoquerons-nous le Zimbabwe. Comme l'édition "majeure" de Mondes rebelles, Mondes rebelles junior est appelé à évoluer avec l'histoire.
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