© INTERNEAlors même que les terroristes palestiniens sèment la mort quotidiennement, la classe politique israélienne est traversée par une crise qui pourrait bien faire chuter le gouvernement d'Ariel Sharon. Les travaillistes, tiraillés entre partisans de l'unité nationale et défenseurs d'une opposition résolue, osent désormais évoquer la perspective d'élections anticipées. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce ne sont ni les moqueries quotidiennes du Premier ministre à leur égard, ni leur stérile époumonement pour obtenir un cessez-le-feu durable avec les Palestiniens, qui les auront motivé. Mais le vote d'un budget d'austérité.
Mardi soir, c'est par un vote serré de 14 voix contre 12, après 13 heures de débat, que le cabinet Sharon a adopté le budget 2003, incluant 8,7 milliards de shekels d'économies, soit environ 2 milliards d'euros [et non 40, comme indiqué jeudi matin par erreur, ndlr]. Les douze voix hostiles étaient celles des sept ministres travaillistes et des cinq ministres du Shass, le turbulent petit parti ultra-orthodoxe qui, depuis quelques années, fait et défait les gouvernements. "Nous l'avons fait, a paradé le chef spirituel du Shass, le rabbin Ovadia Yosef cité sur Radio Israël, en évoquant Ariel Sharon. (…) Ceux qui l'ont fait Premier ministre feront de lui le chef du ramassage des poubelles."
Partenariat bizarre
Le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer, également président du Parti travailliste, a clairement fait savoir que son mouvement allait s'opposer à ce budget, lorsqu'il sera présenté au parlement pour ratification. "Nous sommes un parti socialiste, s'est emporté le député Effie Ushaya sur Radio Israël. (…) Nous avons exprimé notre refus catégorique de porter atteinte aux classes les plus faibles." En outre, à la gauche de Ben Eliezer, les ténors qui rêvent de le voir perdre son fauteuil de dirigeant du parti au profit du plus pacifique Haïm Ramon, se sont empressés d'appeler les travaillistes à quitter ce "partenariat bizarre, avec un coalition dirigée par la droite qui élabore des mesures d'austérité économique au lieu de faire la paix." Déjà, la semaine dernière, le vice-ministre de la Défense et fille du défunt Yitzhak Rabin, Dalia Rabin-Philosof, avait démissionné pour protester contre la politique du Likoud.
Face à la Knesset, Ariel Sharon jouera donc gros. Ne pouvant faire tomber le gouvernement en mettant simplement la droite en minorité en cabinet, avec 25 députés les travaillistes savent que le budget ne pourra pas être voté sans leur concours. Et qu'un échec au parlement peut pousser Ariel Sharon à anticiper d'un an les élections générales, prévues initialement en novembre 2003.
Esprit d'unité
Cela dit, à droite, une attitude solennelle est de rigueur. Commentant le vote de mardi soir, le secrétaire général du gouvernement Gideon Saar a expliqué que "le gouvernement avait affiché un haut niveau de responsabilité durant cette heure difficile pour notre pays." L'idée d'Ariel Sharon est que tous les ministres, même ceux qui sont hostiles au projet, doivent manifester un esprit d'unité en soutenant le budget publiquement. Mais l'occasion sera sans doute trop belle pour toute la gauche israélienne, et tous les petits et grands ennemis d'Ariel Sharon, de secouer son indéboulonnable popularité.
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