A la recherche du processus d'apaisement

Par Léonard VINCENT, le 25 juillet 2002 à 16h10 , mis à jour le 25 juillet 2002 à 16h18

Le tollé provoqué par le raid aérien sur Gaza de l'aviation israélienne a forcé l'Etat hébreu à donner des gages de bonne volonté et à reconnaître sa faute. Mais les Palestiniens ne sont pas disposés à négocier leur vengeance.

vignette proche orient proche-orient israel palestine © INTERNE

Sérieusement chahuté depuis la bavure de Gaza, l'Etat d'Israël s'efforce de donner des gages de bonne volonté aux Palestiniens et à la communauté internationale. Les Forces de défense israéliennes ont ainsi diligenté une "enquête interne", afin d'examiner les circonstances précises du raid aérien qui a tué non seulement l'un des chefs terroristes palestiniens les plus violents, mais également onze enfants, une femme et quatre hommes.

Selon les premières conclusions, il semble que l'aviation ait mal jugé l'impact de la bombe téléguidée lancée sur l'immeuble où résidait Salah Chéhadé, chef militaire du Hamas. La plupart des victimes civiles se trouvaient en effet dans des habitations voisines, détruites par l'ampleur de l'explosion, alors que l'armée avait estimé que seul l'immeuble de Chéhadé serait touché. Cela dit, le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer a tout de même expliqué jeudi que Chéhadé préparait un "méga attentat" sur le territoire d'Israël, au moyen d'un camion chargé d'une tonne d'explosif.

Un assassinat comme vengeance

La plupart des partis politiques et des organisations terroristes palestiniennes ont juré de venger ce que l'Autorité palestinienne elle-même a qualifié de "crime de guerre". Dans la bande de Gaza, la rue espère clairement voir couler le sang israélien, alors même que des discussions ministérielles avaient récemment repris, sous l'impulsion de l'infatigable Shimon Peres. De fait, en guise de réplique, les "Brigades des martyrs d'al-Aqsa", groupe terroriste issu du Fatah de Yasser Arafat, ont tué un rabbin de 43 ans et blessé le passager de sa voiture, jeudi matin sur la route de la colonie de Peduel, dans le nord de la Cisjordanie.

Mais la bavure de Gaza a également été condamnée à travers le monde, dont aux Etats-Unis. L'administration Bush, déjà ulcérée d'avoir à gérer un dossier aussi fragile et complexe, a pressé Israël d'alléger le blocus imposé à la population palestinienne, notamment dans les villes de Cisjordanie réoccupées et sous couvre-feu. Et dans la matinée, Shimon Peres a réaffirmé que les Forces de défense israéliennes pourraient se retirer prochainement de Hébron et Bethléem, et lever le siège de Jéricho. L'armée avait en effet réinstallé des places fortes dans ces localités autonomes palestiniennes, après qu'une épouvantable vague d'attentats eut plongé Israël dans un climat de terreur et de deuil, début juin.

Des millions de dollars débloqués

Autre gage de bonne volonté de la part d'Israël : l'Etat hébreu a renoncé à conditionner le déblocage de 42 millions de dollars de TVA et de droits de douane dus à l'Autorité palestinienne à la mise en place d'un mécanisme de contrôle israélo-américano-palestinien. L'objectif officiel était d'empêcher le détournement des fonds publics palestiniens par les potentats de l'exécutif et les organisations terroristes, comme cela a été si courant par le passé.

Le déblocage d'une première tranche de 14 millions de dollars sera effectué en début de semaine prochaine, tandis que Shimon Peres doit informer dans l'après-midi des experts d'institutions internationales comme la Banque mondiale des mesures d'allègement des conditions de vie de la population palestinienne. En outre, le même Shimon Peres, sur tous les fronts depuis quelques semaines, a également rencontré au cours d'un "premier contact" une équipe de diplomates du quartette international (USA, Russie, ONU, Union européenne), afin d'examiner "ce qu'Israël pourrait faire pour aider les choses", selon un diplomate israélien. "C'est de la propagande !", a réagi un haut responsable palestinien, sous couvert d'anonymat.

Prise de parole à l'ONU

Jeudi, le conseiller du président palestinien Yasser Arafat, Nabil Abou Roudeina, en a de nouveau appelé au Conseil de sécurité de l'ONU, lui demandant "de prendre une décision ferme et de demander à Israël de se retirer de tous les territoires palestiniens et de cesser ses crimes contre le peuple palestinien." Paralèllement, le représentant palestinien à l'ONU Nasser al-Kidwa a déclaré devant le Conseil de sécurité que le bombardement de Gaza constituait un "crime de guerre" dont les auteurs devaient être traduits devant la nouvelle Cour pénale internationale (CPI). Aaron Jacob, le représentant d'Israël, a déclaré immédiatement après que les forces israéliennes "n'avaient pas anticipé l'étendue des dégâts collatéraux" que la frappe aérienne allait provoquer. "Si nous l'avions su à l'avance, nous n'aurions jamais mené une telle opération", a ajouté le diplomate israélien. M. Jacob a aussi souligné que c'était "l'échec de l'Autorité palestinienne à respecter son obligation de base qui est d'empécher que son territoire soit utilisé comme base pour des opérations terroristes" qui "rendaient nécessaires" des actions comme celle du bombardement de lundi dernier. Si le droit à l'auto-défense d'Israël a été réaffirmé par de nombreux orateurs parmi la quarantaine qui se sont succédés pendant un peu plus de quatre heures, aucun n'a justifié le raid aérien contre le quartier surpeuplé de Gaza.

Par Léonard VINCENT le 25 juillet 2002 à 16:10
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