© INTERNETous les éléments d'un crime de guerre sont en place, autour du charnier de Dasht-e-Leili, dans le nord-est de l'Afghanistan. Le scandale serait retentissant si les faits publiés par Newsweek se confirmaient. L'hebdomadaire américain affirme dans son édition de lundi que des centaines de taliban seraient morts asphyxiés dans des conditions épouvantables après la libération de Kunduz et qu'ils auraient été discrètement enterrés dans la province de Jowzjan, à Dasht-e-Leili.
Très vite, depuis lundi, l'administration Bush a fait pression sur son allié afghan pour qu'une enquête soit ouverte. Et, de fait, même si le ministre afghan de la Défense, Mohammad Qassim Fahim, ne "croit pas qu'il y ait un charnier à Dasht-e-Leili", il a affirmé mercredi avoir pris "des contacts avec les sources concernées dans la zone et dans la province pour mener l'enquête avec certitude".
Des conteneurs pour mourir
Les témoignages recueillis par Newsweek font le récit d'un épisode d'une rare brutalité. Lorsque la ville de Kunduz tombe aux mains de l'armée du général Abdul Rachid Dostom, le 24 novembre 2001, des milliers de taliban et de combattants d'al-Qaïda se sont rendus aux nouveaux maîtres du pays. La réputation du chef de guerre ouzbek, ancien supplétif du régime communiste avant de rejoindre la résistance du commandant Massoud, l'avait précédé dans son fief du nord, où il avançait inéluctablement. Des négociations, menées en présence d'Américains, ont fixé les termes de la reddition : les taliban pourraient rentrer chez eux et les hommes de ben Laden pourraient quitter l'Afghanistan et rentrer dans leur pays.
Quelques jours auparavant, Kaboul était tombé aux mains des hommes de Bismullah Khan, Hérat aux mains des hommes d'Ismaïl Khan. La grande ville du nord de Mazar-e-Charif était tenue par Dostom depuis le début du mois. Les diverses armées de la coalition politico-militaire du Front uni — ou Alliance du nord — avançaient partout, y compris en pays pachtoune. Dans ces conditions, les redditions étaient nombreuses et faciles à obtenir.
Mais, à Kunduz, lorsque les nouveaux prisonniers découvrent que les véhicules de transport sont des conteneurs hermétiques en métal, ils comprennent que Dostom n'a pas nécessairement l'intention de respecter les termes de la reddition. On les emmène à la prison de Shebergan. Les chauffeurs des camions ont raconté que, durant le trajet, certains prisonniers avaient frappé contre les parois, hurlant, suffoquant, devenant à moitié fou pour une goutte d'eau ou un filet d'air. Selon l'enquête de Newsweek, les témoignages des survivants laissent entendre qu'un millier d'hommes seraient morts ainsi.
Une ONG s'inquiète du charnier
Au mois de janvier dernier, deux médecins de l'ONG américaine Médecins pour les droits de l'homme avaient enquêté sur place et recueillis des témoignages laissant penser qu'un charnier existait, non loin de la prison de Sheberghan. Ils avaient fait venir un spécialiste des charniers, Bill Haglund, qui avait déjà travaillé sur des scènes de crime similaires en Bosnie et au Rwanda. Des restes humains avaient été retrouvés sous un sol labouré. Tout laissait penser que les hommes enterrés là étaient morts par suffocation, aucune trace de blessure n'étant visible.
Que savaient les Américains et les premiers envoyés de l'ONU, présents dans la prison de Sheberghan ? Rien a priori, affirme Newsweek. Pour quelles raisons précises un memorandum confidentiel de l'ONU, consulté par Newsweek, n'a-t-il donné lieu à rien, même si les premières investigations onusiennes "suffisent à justifier une enquête criminelle officielle" ? Pour des raisons de sécurité et de politique, affirme Newsweek. Quoi qu'il en soit, l'enquête de l'ONU s'est arrêtée. Et l'on s'interroge sur l'attitude des uns et des autres dans un conflit qu'il fallait gagner. Et au prix qu'il a fallu payer pour cela.
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