Dick Cheney s'en va-t-en-guerre

Par Léonard VINCENT, le 28 août 2002 à 16h04 , mis à jour le 27 août 2002 à 16h06

Dans un discours martial prononcé lundi soir, le vice-président américain a clairement appelé de ses vœux une opération militaire pour renverser le régime de Saddam Hussein. Malgré tout, l'administration Bush est encore divisée sur la question.

Dick cheney vice président USA Etats-Unis © INTERNE

Pour Dick Cheney, Saddam Hussein est un vieil ennemi, aussi nuisible que méprisable. Ministre de la Défense de George Bush père durant la guerre du Golfe et tenant d'une ligne dure à la Maison Blanche, le vice-président américain a, de fait, appelé de ses vœux une intervention armée contre le régime irakien, estimant que "les risques de l'inaction sont plus grands que celui de l'action". Le président Bush avait certes fait savoir plus tôt dans le mois que le régime du raïs irakien devait être renversé "préventivement", sans rien affirmer quant aux moyens qu'il comptait utiliser. Mais même si l'entourage immédiat du président adopte encore une ligne plus souple, le discours de Dick Cheney, prononcé lundi lors d'une réunion de vétérans à Nashville, a sonné comme un plaidoyer pour une intervention armée rapide.

Haro sur "les régimes de terreur"

"Parmi ceux qui disent que nous ne devons agir que s'il [Saddam Hussein] obtient l'arme nucléaire, a-t-il expliqué à l'adresse des nombreuses voix critiques dans le monde et jusqu'au sein du Parti républicain, beaucoup seraient ensuite amenés à dire que nous ne pouvons pas agir" contre une puissance nucléaire hostile. "Notre pays, a-t-il conclu, ne vivra pas à la merci de terroristes ou de régimes de terreur." Lui faisant écho dans la même journée, le porte-parole de la Maison Blanche Ari Fleischer a toutefois évoqué, une fois de plus, la mission d'inspection de l'ONU, dont le mandat et la composition sont réfutés par l'Irak, comme un "moyen" viable pour apaiser les "inquiétudes" autour de la puissance de feu nucléaire de Bagdad. Et quoi qu'il en soit, la Maison Blanche respecte encore le mot d'ordre de George W. Bush : la "patience".

On sait l'administration Bush divisée sur l'opportunité d'attaquer ou non l'Irak. D'un côté, le secrétaire d'Etat Colin Powell et son équipe de diplomates s'attachent à faire plier Saddam Hussein par la ruse, l'isolement et les pressions indirectes. De l'autre côté, le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, son adjoint Paul Wolfowitz et la conseillère pour la Sécurité nationale Condoleeza Rice sont connus pour proner l'éradication militaire d'un régime jugé dangereux pour la sécurité internationale et toxique pour le monde arabe.

Les inspecteurs sont "des espions"

De son côté, le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan a répété qu'il considérait les inspecteurs de l'ONU comme "des espions" à la solde de Washington et Londres et que l'Irak ne détenait "pas d'armes de destruction massive". Saddam Hussein, enfin, a affirmé que son pays avait appliqué "tous ses engagements" auprès du Conseil de sécurité, sans que la réciproque soit vraie.

L'administration Bush se retrouve donc tiraillée entre ses propres divisions et la grande méfiance que son attitude inspire de par le monde. Le président égyptien Hosni Moubarak n'a-t-il pas clos tout débat entre les Etats-Unis et le monde arabe mardi, affirmant que tous les pays arabes étaient opposés à ce que l'armée américaine frappe l'Irak ? Dans le cas contraire, a-t-il affirmé lors d'un discours télévisé, la conséquence serait "le chaos dans toute la région" et une insurrection des masses arabes. L'Union européenne — Allemagne en tête — ayant pris ses distances, la Grande-Bretagne étant peu encline à engager ses soldats dans une nouvelle guerre très politique, Washington doit pourtant faire un choix : renoncer à la guerre ou la faire, à moins que les discours musclés des faucons de la Maison Blanche ne soient des signaux envoyés envers le monde arabe, afin de le persuader d'être plus coopératif avec Washington.

Par Léonard VINCENT le 28 août 2002 à 16:04
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