© INTERNEUne petite vingtaine de pages rédigées dans la langue simple et pointilleuse de la diplomatie internationale, plus des annexes. Tel apparaît le "Rapport du Secrétaire général établi en application de la résolution ES-10/10 de l'Assemblée générale" publiée ce jeudi par l'ONU. Fait rare, face à l'actualité violente et nébuleuse du Proche-Orient : Kofi Annan prend soin, avant tout récit, de délimiter le contexte légal et politique dans lequel se sont déroulés les combats dans le camps de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie, du 3 au 11 avril 2002. Un tableau qui lui permet, non pas d'être excessivement prudent, mais de rappeler que la situation n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Ni aussi manichéenne que certains voudraient le dire. Au-delà du récit des faits
(voir ci-dessous), il rassemble quelques points importants pour qui veut comprendre la situation.Sous l'autorité des accords d'Oslo
Rappelant que la Cisjordanie était administrée selon les dispositions des accords d'Oslo, Kofi Annan en rappelle un point crucial, trop souvent négligé. Si l'Autorité palestinienne détient "la responsabilité absolue de la sécurité civile" dans les zones A, correspondant aux "principales agglomérations palestiniennes", Israël conserve "les principales responsabilités en matière de sécurité" dans les zones B (autres agglomérations) et la responsabilité "unique" de la sécurité dans les zones C (10% de la Cisjordanie). En outre, rappelle Kofi Annan, l'Accord intérimaire prévoit "qu'Israël assumera la responsabilité absolue de la sécurité pour ce qui est de protéger les Israéliens et de faire face aux menaces terroristes". Enfin, toujours selon le texte signé par les deux parties, celles-ci "prennent toutes les mesures nécessaires pour prévenir les actes de terrorisme, les délits et les hostilités visant l'autre partie et les particuliers placés sous son autorité et leurs biens et prennent des mesures judiciaires à l'endroit des coupables".
Or, c'est précisement devant l'attitude attentiste, voire parfois complice, de l'Autorité palestinienne face aux factions terroristes que le gouvernement Sharon a décidé de lancer Tsahal à l'attaque du "nid de terroristes" qu'était notoirement Jénine. L'Etat d'Israël considérait alors que le silence palestinien mettait la loi de son côté.
Dans son rapport, Kofi Annan reprend les informations du Shin Beth, estimant que 28 attentats-suicide avaient été lancées depuis la ville à partir d'octobre 2000. Il rappelle qu'au milieu de la population civile se trouvaient "200 hommes armés des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, de Tanzim, du Jihad islamique palestinien et du Hamas [qui] opéraient à partir du camp", dans lequel pulullaient "les affiches glorifiant ceux qui commettent des attentats suicide" et des "documents décrivant Jénine comme 'capitale des martyrs'". Et que les villes d'Israël venaient de connaître une vague de "d'attaques ignobles", faisant basculer le Proche-Orient dans une situation qui "n'avait pas été aussi grave depuis 10 ans."
Prudence ou impartialité ?
On a souvent dit qu'à vouloir ménager tout le monde, l'ONU versait dans un angélisme stérile. Mais pour le cas du rapport sur Jénine, si Kofi Annan prend soin de situer méticuleusement le contexte légal et politique entourant son récit, il ne ménage personne. A ses yeux, ni l'Etat d'Israël, ni l'Autorité palestinienne, ni les groupes armés palestiniens ne sont exempts de violations du droit international ou humanitaire. Il stigmatise toutefois particulièrement l'armée israélienne pour avoir gravement entravé les services de secours, y compris ceux de l'ONU, au prix de la vie de blessés, et avoir utilisé des armes lourdes dans une zone à forte densité de population.
Il n'est toutefois nulle part question du "massacre" dénoncé par les Palestiniens, au lendemain des féroces combats où 23 soldats israéliens et 38 Palestiniens armés et 14 civils ont trouvé la mort. Et non les 500 avancées par un haut responsable de l'Autorité palestinienne. "Un chiffre non confirmé, écrit Kofi Annan, à la lueur des faits dont on a eu connaissance par la suite."
Le récit des événements, selon Kofi Annan |
La presse israélienne et internationale, ainsi que les ONG, ont, depuis le retrait des Forces de défense israéliennes, rassemblé des informations permettant de connaître plus précisement la vie d'une ville soumise à de féroces combats. On sait que certaines unités israéliennes ont commis de graves violations du droit, que le climat était à la panique, à l'arrogance et à la brutalité, que les civils ont "énormément souffert", on sait aussi que les combattants palestiniens ont commis, sinon les mêmes violations, du moins des crimes aussi graves, en piégeant les rues et les maisons, par exemple. Dans le rapport, le récit des événements de Jénine, basé sur des documents publics, des témoignages et des recoupements, décrit une bataille de guérilla urbaine ravageuse et terrifiante dont chacun pourra se rendre compte, dans la version française mise à disposition sur le site de l'ONU. Cliquez ici pour accéder au document. |
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