© INTERNELe président américain George W. Bush a décidé de renverser le raïs irakien Saddam Hussein. Cela, au moins, est une certitude, contrairement aux moyens que les Etats-Unis comptent employer pour mettre fin au régime d'un "homme très dangereux et cruel", selon les mots de la conseillère pour la sécurité nationale Condoleeza Rice. Mais alors que les bruits de bottes se font plus insistants autour de l'Irak, les alliés traditionnels de Washington expriment désormais leurs réticences au grand jour, tandis que Washington a fait savoir qu'aucune décision n'avait encore été prise. "Le statu quo est inadmissible, a laconiquement fait valoir Condoleeza Rice au nom du président Bush. Un changement de régime en Irak est nécessaire."
Surveillés et mis en garde par l'essentiel des chancelleries et des institutions internationales, les chefs d'état-major des armées américaines seraient quoi qu'il en soit favorables à une intervention militaire contre l'Irak, selon le Washington Times. Partagé entre les pragmatistes à la Colin Powell et les va-t-en-guerre du Pentagone, le premier cercle du président Bush serait parvenu à un consensus. Le Wall Street Journal révélait mardi que le commandant des troupes américaines en opération dans le Golfe avait présenté lundi dernier un nouveau projet d'intervention, plus économique en hommes. Appuyé par plusieurs responsables de la Maison Blanche, ce plan ferait intervenir de 50.000 à 80.000 hommes au sol et un important dispositif dans les airs.
Objection générale
"Inacceptable, du point de vue du droit international", a objecté le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov. Au nom de l'Allemagne, le chancelier Gerhard Schröder a exprimé ses réserves, estimant qu'une nouvelle guerre contre l'Irak pourait "détruire l'alliance internationale contre le terrorisme". "Le Proche-Orient a besoin d'une nouvelle paix et non d'une nouvelle guerre", a-t-il répondu à un lecteur du quotidien populaire Bild. Timides mais catégoriques, Jacques Chirac et Gerhard Schröder, lors du sommet de Schwerin le 30 juillet, avaient réaffirmé qu'il ne saurait y avoir d'intervention en Irak sans mandat de l'ONU. Madrid et Rome leur ont d'ailleurs emboité le pas en reprenant l'argument à leur compte. De leur côté, la Turquie et la Jordanie, tous deux voisins de l'Irak et affidés fréquents de Washington, ont déclaré leur hostilité à toute intervention "sans consensus international".
Et, en Grande-Bretagne, c'est bien au-delà des milieux pacifistes que se recrutent les opposants à une nouvelle guerre contre l'Irak. Un conflit avec l'Irak où seraient engagés des soldats de Sa Majesté ? 52% des Britanniques sont contre, affirme un sondage de Channel Four. "Pas imminent" et "pas inévitable", a souligné le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, en visite exceptionnelle mercredi en Libye. "La balle est maintenant dans le camp de Saddam Hussein, a encore souligné Mike O'Brien. Il doit faire en sorte que les inspecteurs puissent retourner en Irak et que le droit international puisse être respecté."
Paroles martiales
Le principal point d'achoppement est en effet l'inspection par l'ONU de l'industrie militaire irakienne, notamment sa capacité à assembler des armes de destruction massive. Une semi-invitation à Bagdad des inspecteurs de l'UNMOVIC, formulée la semaine dernière par son ministre des Affaires étrangères, avait été rejetée par Londres et Washington, tandis que l'ONU rappelait Saddam Hussein aux procédures prévues. "Le peuple irakien a prouvé sous la direction du président Saddam Hussein que la force des méchants, leurs complots et leurs menaces vaines ne nous font pas peur", a paradé mercredi le vice-président Taha Yassine Ramadan. "Ce serait une grave erreur, claironnait de son côté Condoleeza Rice, que de le laisser poursuivre sa politique jusqu'à ce qu'il utilise contre un pays l'arme nucléaire ou toute autre arme de destruction massive."
"Je vous promets que je serai patient et réfléchi et que nous continuerons à consulter le Congrès et bien sûr nos amis et alliés, a toutefois tempéré le président Bush mercredi soir. (...) Et j'examinerai toutes les options et tous les moyens à ma disposition : la diplomatie, les pressions internationales et peut-être aussi la force militaire."
Saddam a parlé |
"Tous les empires et les porteurs du cercueil du mal ont été enterrés avec leurs rêves malades quand ils ont voulu faire du mal aux pays arabes ou musulmans", a déclaré le président irakien dans un discours à l'occasion du 14ème anniversaire de la fin de la guerre irako-iranienne. "Ce résultat inévitable attend tous ceux qui tentent d'agresser les Arabes et les musulmans", a-t-il ajouté. Dans une allusion claire aux Etats-Unis qui veulent le chasser du pouvoir, Saddam Hussein a estimé que "quand la cupidité et l'arrogance se réunissent, elles conduisent l'oppresseur à faire injustice non seulement aux autres mais à lui-même également (...) en empruntant la voie du faux et de l'agression qui le conduira à sa perte". "Celui chez qui se réunissent la cupidité et l'arrogance, doit retenir les leçons de l'histoire sinon il finira dans la poubelle de l'histoire", a ajouté le président irakien, qui portait un costume noir et une cravate grise. Se référant implicitement aux menaces américaines de frapper l'Irak pour le renverser, il a affirmé que "le peuple irakien ne fera pas face à une agression seulement grâce à la force de ses armes ou ses muscles mais grâce à sa foi en Dieu". Il a par ailleurs appelé l'ONU à respecter ses "engagements" envers l'Irak prévus par les résolutions du Conseil de sécurité qui a imposé en 1990 un sévère embargo multiforme à l'Irak après son invasion du Koweit. "Celui qui emploie la menace et l'agression échouera inévitablement, même s'il parvient à porter atteinte à sa cible", a-t-il ajouté. |
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