© INTERNEL'Amérique attaquée ? Cette interrogation effarée a traversé l'esprit de tous, le 11 septembre 2001. Pourtant, l'essentiel de la planète prend des poses de midinette ou de rival jaloux devant le modèle américain. C'est le privilège des grands pays. Chacun, du nord au sud et de l'ouest à l'est, a son idée sur l'Amérique. Et les 365 jours qui viennent de passer permettent de mieux percevoir
cette onde de choc qui a traversé le monde, et qui a connu sa première déflagration, à la stupéfaction des médias et de l'Internet, dans un ciel clair, à 8H46 du matin, heure de New York City.Mais comment n'a-t-on pas senti, dans le combat inégal que menait le commandant Massoud dans ses canyons rocailleux d'Afghanistan, la menace d'un ennemi plus halluciné encore que ne l'étaient les clowns-miliciens du mollah Omar ? En réalité, pour faire court, disons que
tout a commencé le 9 septembre.De fait, al-Qaïda n'est pas un vulgaire Hamas ou un autre Hezbollah. Cette PME insurrectionnelle, devenue multinationale lobbyiste, est si puissante qu'on a cru un instant qu'elle s'était
enrichie en Bourse sur l'horreur qu'elle avait commanditée.Il reste que, au-delà des enjeux politiques, cette immense mise-en-scène morbide et télévisée est le fait d'une petite poignée d'hommes prêts à mourir en chahid et que le monde a très vite découvert
ces 19 visages qui ont stupéfié l'Amérique. Derrière eux s'agitait la nébuleuse guerrière d'Oussama ben Laden, qui, avec le néonazi mystique qu'est mollah Omar, est toujours introuvable, malgré une longue traque des forces spéciales américaines, rien de moins.L'histoire du terrorisme islamique est certes ponctué d'horreur. Mais jamais le crime ne fut commis sans revendications, sans l'exigence d'une contrepartie : un Etat, la libération de prisonniers, le retrait de troupes d'occupation, peu importe. Même si, en décembre 1994, le détournement d'un Airbus d'Air France est considéré
comme la répétition générale d'une nouvelle forme de terrorisme, des revendications avaient à l'époque été formulées. Le 11 septembre 2001 est un crime de pure haine.Pure haine qui a médusé un George W. Bush certain que son pays était un sanctuaire. Pure haine qui a enfoncé profondément
les traumatismes d'un Occident qui se sait vulnérable et ambigu. Car c'est parfois à l'intérieur même de ses sociétés, comme le FBI le suppose aujourd'hui, que se développe la pieuvre noire du terrorisme, ne serait-ce qu'en tuant des retraités avec une poudre infectée par des bactéries qui écartèlent la peau sous des cratères noirs, l'anthrax.Le quadruple uppercut du 11 septembre a sonné un monde "fort et discipliné dans la liberté, comme l'écrivait Albert Camus, mais ignorant beaucoup de choses et d'abord l'Europe". L'Amérique attaquée ? Qui n'a pas compris pourquoi, mais qui n'a pas frémi d'effroi ?
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