© INTERNEDans un discours très attendu adressé au parlement palestinien réuni dans son QG de Ramallah, Yasser Arafat a explicitement formulé plusieurs décisions spectaculaires mais sans portée réelle, après deux ans d'Intifada. Mais si les annonces faites par le raïs palestinien augurent une nouvelle attitude, il n'est pas certain qu'Israël en soit satisfait. Ni détails sur la réforme engagée de l'Autorité palestinienne, ni plan de paix, ni agenda : les Palestiniens comme les Israéliens risquent en effet d'être déçus par un discours d'un ton nouveau, mais sans réelle révolution.
Tout en condamnant le terrorisme sous "toutes ses formes", le président de l'Autorité palestinienne a réaffirmé le "droit légitime" à résister à "l'occupation". Et tout en se disant prêt à participer à la lutte contre le terrorisme international, il s'est dit prêt à céder le "pouvoir exécutif". A l'occasion d'une des rares réunions du Conseil législatif palestinien depuis le lancement de la deuxième Intifada, Yasser Arafat a surtout voulu établir un bilan des affrontements. "Le peuple palestinien est très fermement opposé à toutes les formes de terrorisme, qu'elles soient le fait d'Etats, de groupes ou d'individus", a-t-il ainsi déclaré. "Nous devons réitérer notre condamnation des attaques contre les civils israéliens ainsi que des attaques visant les civils palestiniens", a-t-il précisé. Mais cette condamnation formelle, qui n'est pas la première, n'est pas un appel à l'arrêt des campagnes terroristes, comme l'attend Israël.
"Choisir quelqu'un pour lui confier le pouvoir exécutif"
Cela dit, à l'approche du premier anniversaire des attentats contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, "je voudrais exprimer de nouveau notre ferme condamnation de ce terrorisme (...) et notre solidarité avec le peuple américain qui a été l'objet de ce crime sans précédent", a-t-il déclaré. "Je voudrais dire au monde entier, et en particulier aux Etats-Unis d'Amérique, que nous sommes prêts à participer à tout effort international pour éradiquer ce terrorisme international, dans le cadre des Nations unies et du droit international." Le président de l'Autorité palestinienne a en outre préconisé pour l'Irak "une solution politique internationale sans recours à la violence militaire pour aider à ce que la stabilité et la paix règnent dans la région".
Mais la réelle surprise est venue de l'annonce, un rien ironique, de sa possible retraite. "Si vous voulez, a-t-il expliqué aux députés palestiniens, vous pouvez choisir quelqu'un pour lui confier le pouvoir exécutif à ma place. J'aimerais que vous le fassiez et me permettiez de me reposer", a-t-il ajouté. Lâché de toutes parts, et de plus en plus stigmatisé de l'intérieur soit pour son inefficacité ou pour sa duplicité, Yasser Arafat pourrait obtempérer aux injonctions israéliennes et américaines, si les représentants du peuple le lui demandaient. Suivant l'exemple du Premier ministre israélien Ariel Sharon, le président américain George W. Bush avait en effet demandé, le 24 juin dernier, que M. Arafat soit remplacé à la tête du peuple palestinien. "Nous sommes déterminés à tenir des élections démocratiques au début de l'année prochaine, en janvier, comme base à l'établissement de notre Etat indépendant, avec pour capitale Jérusalem", a toutefois rappelé le leader palestinien, malgré le scepticisme de la communauté internationale.
"Assez de sang versé"
Il a enfin estimé que le recours à la paix n'était toujours pas irréaliste. "La paix des braves est encore devant nous, pas derrière, a-t-il lancé. Après 50 ans de lutte et de souffrances sanglantes, c'est assez. Assez de lutte, assez de sang versé !"
Pour conclure, Yasser Arafat a lancé : "Je m'adresse au gouvernement, au peuple et aux partis israéliens et leur dis, en réponse à ceux qui prétendent que la paix n'existe pas, que nous voulons la paix, la sécurité et la stabilité pour nous, pour vous et pour la région sur la base des accords conclus."Réunion extraordinaire |
Cette session du CLP, la septième, se tenait au quartier général de M. Arafat à Ramallah, l'une des six villes autonomes de Cisjordanie réoccupées depuis juin par l'armée israélienne. Sa tenue avait été vivement critiqué par la droite israélienne, qui y voit une "plate-forme" légitimant M. Arafat. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait toutefois donné son feu vert, estimant qu'Israël avait plus à perdre en interdisant la réunion qu'en l'autorisant. Le dernier discours de M. Arafat remontait au 15 mai, lorsqu'il avait pris la parole devant le Parlement pour présenter — sous la pression de la communauté internationale et de ses concitoyens — un vaste programme de réforme de l'Autorité palestinienne, qui est en grande partie resté lettre morte pour l'instant. |
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