© INTERNE"Je vais doubler le nombre des ouvriers et faire venir du matériel afin que les travaux aillent plus vite." Ali Wehbé dirige le chantier de détournement des eaux du Ouazzani. Ce petit affluent du Hasbani prend sa source au Liban et se jette dans le Jourdain, puis dans le lac de Tibériade, à une quarantaine de kilomètres au sud, en plein territoire d'Israël. Ce projet d'adduction d'eau est censé alimenter une vingtaine de villages libanais situés dans la zone frontalière avec Israël. Après avoir reçu des "instructions de mettre les bouchées doubles", Ali Wehbé estimait vendredi que le système de pompage, long de 16 kilomètres et qui se trouve à 700 mètres à vol d'oiseau de la frontière israélienne, serait terminé dans 25 jours.
Cela fait déjà un mois que sa petite entreprise, sous contrat avec l'Etat libanais, a commencé les travaux qui pourraient précipiter Israël et le Liban dans un conflit pour l'eau que de nombreux experts redoutent depuis plusieurs années. Car Israël voit dans ce chantier un prétexte pour une guerre. Mardi dernier, le Premier ministre israélien avait clairement fait savoir que l'Etat d'Israël considérerait comme un "casus belli" que 20 à 25% de l'eau s'écoulant dans le lac de Tibériade, la principale source d'eau de l'Etat hébreu, soit détourné par le Liban. Et qui plus est dans un secteur notoirement tenu par les milices du Hezbollah, à portée de fusil de la petite ville israélienne de Métula.
Casus belli
Et l'Etat hébreu a automatiquement fait monter la tension, dans cette zone extrêmement sensible du Proche-Orient, où aux obus de mortier libanais répondent les coups de semonce de l'artillerie israélienne depuis le retrait précipité de Tsahal, en mai 2000. Ainsi, lors d'un meeting mardi, cheikh Hachem Safieddine, chef du comité exécutif du Hezbollah, a-t-il lancé à "Sharon et à tous les sionistes que s'ils pensent une seule fois à utiliser la force pour empêcher les Libanais d'exploiter les eaux du Ouazzani, la résistance islamique coupera la main israélienne." Une attaque israélienne ne resterait donc pas sans réplique.
Israël s'est donc très vite tourné vers son allié américain, chargé de s'enquérir auprès de Beyrouth des réelles intentions libanaises et de porter une mise en garde. En retour, le Premier ministre libanais Rafic Hariri a convoqué l'ambassadeur américain pour lui signifier une protestation officielle. Entre-temps, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères libanais a pressé les représentants locaux de l'ONU de saisir le Conseil de sécurité, afin d'empêcher Ariel Sharon de lancer une attaque.
En 1964, déjà, des travaux de détournement de la rivière, financés par la Ligue arabe, avaient été détruits par l'aviation israélienne. Alors que la tension internationale est à son comble autour de la crise irakienne, il se peut que les trois acteurs principaux de la région — Israël, la Syrie et son "protégé" le Liban — aient trouvé un motif de s'affronter directement.
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