Cette onde de choc qui a traversé le monde

Par Léonard VINCENT, le 11 septembre 2002 à 00h00 , mis à jour le 09 septembre 2002 à 12h29

En un an, les attaques terroristes du 11 septembre ont provoqué des bouleversements inimaginables. Les acteurs de la politique internationale ont changé de visage, d'étranges alliances se sont nouées et l'Amérique est prête à tout pour écraser la menace terroriste.

WTC en feu © INTERNE

Lorsque la poussière retombe sur Manhattan, le 11 septembre 2001 au soir, chacun sait que l'Amérique va se venger. On connaît aujourd'hui la face de colère et de stupeur que George W. Bush ne peut s'empêcher d'afficher, dans cette école de Floride, sur cette chaise de collégien, lorsque son conseiller lui glisse à l'oreille que le pays est attaqué. Du premier impact sur la Tour sud du World Trade Center du Boeing 767 assurant le vol numéro 11 Boston-Los Angeles à l'effondrement de la Tour nord sur les secouristes et les survivants, 102 minutes passent. Le soir-même, depuis le sanctuaire jusque-là inviolé de Washington DC, le président de la superpuissance parlementaire américaine prononce les mots "actes de guerre". Sans étonner personne.

De par le monde, les chefs d'Etat regagnent le siège de leur présidence. Jacques Chirac rentre précipitamment à Paris, Tony Blair s'enferme 10, Downing Street, Vladimir Poutine ne quitte pas sa tour de contrôle du Kremlin, d'où il téléphone par deux fois au président américain. Les chefs d'Etat arabes réagissent vite, se désolant officiellement de l'agression de New York et Washington. Mais ils savent qu'une partie de la rue a le cœur réjoui, puisque l'arrogante Amérique vacille sous le coup de poing. Paralèllement, l'état de guerre étant une option, le chef de la Maison Blanche est escamoté par la CIA sur une base militaire anonyme, puis à bord d'Air Force One, encadré par des F-16 en alerte. Un deuil mondial commence. Mais l'on ignore encore comment cette onde de choc va balayer le monde.

Echo violent au Proche-Orient

C'est au Proche-Orient qu'un homme perçoit le trou noir dans lequel les légionnaires d'Oussama ben Laden, ancien directeur financier d'un géant saoudien du BTP, et les porteurs du sabre du Pentagone, jamais lassés par l'idée d'une confrontation, peuvent l'engloutir. Au soir du 11 septembre, le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat condamne puissamment les attaques, ordonne une minute de silence dans l'administration sous son contrôle. Il sait trop bien quelle douleur le terrorisme peut provoquer, lui qui en a fait usage et qui, aux yeux du monde, y a officiellement renoncé. Le lendemain, dans un hôpital pouilleux de Gaza, face à une caméra de télévision, il donne même son sang aux blessés de New York.

Mais l'effort d'Arafat est trop chétif. Dans un quartier arabe de Jérusalem, une poignée de Palestiniens joyeux lancent au ciel des youyous et des rafales de Kalachnikov. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon, vieil habitué des luttes pour la survie d'Israël, est certain que désormais Washington, Paris, Londres, Berlin, Moscou et Pékin entendront son grondement ininterrompu, lui qui pense qu'Arafat et ben Laden participent à une seule et même puissance malfaisante : celle de la haine du Juif et de l'Islam guerrier qui ravage les routes, les cafés et les restaurants de son pays. Les terroristes du Hamas, du Hezbollah et du Jihad islamique lui donneront raison, contre les timides exhortations de l'exécutif palestinien. Sharon ne veut plus rien entendre qui vienne des Arabes. Quelque chose s'est brisé qui, malgré l'acharnement d'un Shimon Peres, n'a pour l'heure jamais été retissé.

Une aubaine pour Moscou

Dans les grandes capitales du monde, arrive de Washington une exigence claire et ferme. La guerre au terrorisme musulman est déclarée. Pour certains, les propos martiaux et les décisions rusées, tenaces et inexpugnables de George W. Bush sont une aubaine. A Moscou, Vladimir Poutine s'engouffre dans la brêche ouverte par une Amérique dont la plaie saigne encore, lui qui ne sait que faire d'un conflit en Tchétchénie oscillant depuis deux ans entre entreprise génocidaire et sale guerre anti-intégriste.

Le Pentagone envoie des bataillons de conseillers militaires aux quatre points cardinaux, des Philippines en Ouzbékistan, du Qatar à la Somalie. Il s'agit de traquer toute complicité, tout complot et tout projet. Entre-temps, sur tout l'immense territoire afghan, les forces spéciales américaines appuyent les moujahidin du défunt commandant Massoud et des chefs militaire qui l'ont rallié pour balayer le régime ubuesque des taliban, qui n'est plus utile à rien et qui protège ben Laden. Sous les coups de boutoir des B-52, les guerriers perdus d'al-Qaïda fuient dans les montagnes et vers le Pakistan, bouillon de culture des pires milices islamo-ethnicistes, d'où ils sèment encore la terreur afin de mettre définitivement à bas l'Amérique satanique et les Juifs promis à un deuxième holocauste.

Un an après, l'obscur régime irakien, en franc-tireur complice de tout ce qui blesse l'Amérique, se prépare à jouer sa survie. Si l'Europe s'interroge encore sur sa solidarité avec des Etats-Unis sûrs de leur bon droit, la guerre semble pourtant inéluctable. Qui aurait pu prédire une telle précipitation, le 10 septembre 2001 ? A Washington DC, il s'agit de montrer qu'on n'attaque pas les Etats-Unis d'Amérique impunément.

Par Léonard VINCENT le 11 septembre 2002 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience